‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 148 sur 314 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER

reçurent de toutes les Sections, consultées immédiatement par le télégraphe, l'ordre de se retirer du Congrès ^ Les intei'nationaux de la Chaux-de-Fonds soutenant les Genevois, les alliancistes - durent abandonner le local du Congres qui appartenait aux Sections de l'endroit. Bien que, au dire de leurs propres organes, ils ne représentassent que quinze Sections, tandis que Genève seule en avait trente, ils usurpèrent le titre de Congrès romand, nommèrent un nouveau Comité fédéral romand, où brillaient Chevalley et Cagnon \ et promurent la Solidarité de Guillaume au rang d'organe de la Fédération romande*. Ce jeune maître d'école avait pour mission spéciale de décrier les « ouvriers de fabrique ' » de Genève, ces «bourgeois» odieux, de faire la guerre à l'JS'oa/iïé ", journal de la Fédération romande, et de prêcher l'abstention absolue en matière politique \ Les articles les plus marquants sur ce dernier sujet eurent pour auteurs, à Marseille Bastelica', et à Lyon les deux colonnes de l'Alliance, Albert Richard et Gaspard Blanc \

nullement contestée par la minorité. 11 n'y eut de réclamations que de notre côté : nous fîmes observer qu'on eût dû compter en réalité 22 oui contre 17 non, puisque le déléi^ué Baumann, qui s'était joint à la minorité, avait reçu le mandat impératif de voter oui. Marx savait très bien cela : pourquoi parle-t-il de « majorité contestée d'une ou deux voix » ?

t. Les délégués de Genève ne consultèrent nullement leurs Sections par le télégraphe avant de se retirer. Ce fut seulement après leur retraite qu'ils télégraphièrent a Genève ce qu'ils venaient de faire : et, comme on l'a vu (p. 7). ils se firent envoyer par le Comité cantonal, réuni au nombre de quatre membres sur soixante, et non par les Sections, une dépêche qui approuvait leur conduite. Marx dénature audacieusement les faits.

2. Par l'emploi de ce terme, Marx cherche évidemment à faire croire au lecteur que les délésrués qui avaient voté pour l'admission de la Section de l'Alliance dans la fédération romande étaient des « membres de l'.Mliance ». Désormais, alliaiiciste va devenir l'épithète dont il affublera tous ceux en qui il verra des adversaires de sa dictature, l'argument péremptoire, le tarte à la crème qui répond à tout.

3. Cagnon n'a jamais fait partie du Comité fédéral ; mais Marx l'y place à dessein, à côté de Chevalley, parce que, comme j'aurai à le raconter plus loin. l'Association coopérative des tailleurs de la Chaux-de-Fonds fut victime, en juin 1870, d'un vol commis par ces doux faux socialistes.

4. La phrase est construite de façon à faire croire que la Solidarité existait antérieurement au Congres, qu'elle était ma propriété, et que je réussis à lui faire accorder le titre d'organe de la Fédération. Toujours le même système.

5. Marx sait très bien ce qu'on appelle à Genève les « ouvriers de la fabrique » (et non les « ouvriers de fabrique »), les explications les i>lus claires ayant été données à réitérées fois sur cette appellation ; d'ailleurs il a parlé en détail dans son Kapital (pages 325 et 326, édition de 18()7) de la fabrication de l'horlogerie ù Genève et dans les Montagnes neuchûteloises : néanmoins il feint de croire qu'il s'agit d' » ouvriers de fabrique », espérant probablement que par ce procédé il induira en erreur les lecteurs non avertis.

6. On verra, |)ar les citations qui seront données plus loin, si la Solidarité a « fait la guerre o à VF.qalité, ou si elle n'a pas plutôt péché par excès de mansuétude et d'esprit de conciliation.

7. La Solidarité n'a nullement « prêché l'abstention absolue en matière politique» : on le verra en lisant ses articles des 7 mai et 4 juin, qui seront reproduits plus loin.

8. La 'Solidarité ne contient d'autre artiile de liasteliea (ju'une correspondance (numéro du 7 mai) où il raconte une tournée de propagande dans le Var, et où il n'est pas parlé de polili(|ue ni d'abstenlion.

9. Il est facile de deviner pourquoi Marx met ici en vedette les noms do Richard et de Blanc, di^ même que celui de Bastelica : c'est parce (pien 1S72 Richard et Blanc passèrent au bonapartisme, et (|ue Bastelica fut accuse (ri'trt^ leur i'(Hn|)li('e. Miiis en 1870 et 1871, ils jouissaient tous les trois de l'entière conliance de touti^ rinlernatinnale: il la date du 8 mars 187(1, le Conseil général de Londres avait maintenu .Mlierl Itichard dans ses fonctions de secrétaire correspondant pour Lyon, et en 1871, ilu plein consentement de Marx. Bastelica devint membre de ce même Conseil général.

La majorité momentanée et fictive du Conjures de la Cliaux-de- Fonds avait du rcsl<; affi en violation lla^iantc des statuts de la Fédération romande; qu elle prétendait représenter ; et Ion doit remarque)' que les (;hels de l'Alliance avaient pris une part importante à la rédaction de ces statuts. En vertu des articles 53 et 55. toute décision importante du Congrès, pour obtenir l'orée de loi, devait recevoir la sanction des deux tiers des Sections ledérées ' .

Citer une page pareille, n'est-ce pas le plus sévère châtiment — et le plus mérité — qu'on puisse infliger à celui qui l'a écrite ?

Les votes du Congrès collectiviste de la Chaux-de-Fonds furent accueil lis avec un véritable enthousiasme dans les Sections de la Suisse française, en dehors de Genève et du cénacle coulieryste de la Chaux-de-Fonds. La Solidarité, dans ses premiers numéros, enregistra de chaleureuses adhésions : « Les Sections du Locle, qui font généreusement le sacriflce de leur organe spécial, le Progrès, promettent leur concours en masse à la Solidarité. » — « L'assemblée générale des quatre Sections de Neuchâtel, réunie le i4 avril, approuve à l'unanimité la conduite de ses délégués au Congrès romand. Le président des monteurs de boîtes donne connaissance à l'assemblée de la protestation faite par sa Section contre son second délégué, Baumann. L'assemblée a élu les cinq membres de la Commission administrative du journal. » — « L'assemblée générale des Sections du district de Courtelary, réunie le 17 avril, a décidé à l'unanimité de continuer son concours moral et matériel à la Fédération romande, représentée par la majorité du Congrès, et d'appuyer énergiquement le nouveau Comité fédéral siégeant à la Chaux-de-Fonds. » — Le Comité de la Section centrale de Vevey écrit : « La Section centrale de Vevey a, dans son assemblée générale du 3o avril, témoigné par un vote unanime ses remerciements à ses deux délégués Rossier et Coigny pour leur conduite ferme au Congrès de la Chaux-de-Fonds. La Section centrale a témoigné son indignation contre la manière grossière dont les délégués ont été expulsés de la salle du Congrès par quelques membres de la Section centrale de la Chaux-de-Fonds, et a voté en particulier un blâme sévère contre la conduite anti-internationale de son président Ulysse Dubois, qui devra être inscrite aux procès-verbaux de la Section, pour avoir favorisé le guet-apens susmentionné. . . Vive l'Internationale ! vive le collectivisme ! » — La Section de Moutier « adresse des remerciements sincères à son ancien président [qui fut son délégué au Congrès], le citoyen Alcide Gorgé, habitant actuellement la Chaux-de-Fonds, pour le dévouement et le zèle qu'il a témoignés à l'association pendant l'exercice de ses fonctions. » — De Lausanne, où l'Internationale était trop faiblement organisée pour avoir pu envoyer un délégué au Congrès, on écrit à la Solidarité « une lettre très conciliante et remplie des meilleurs sentiments inter-

1. Qui ne croirait, en voyant Marx indiquer des articles des statuts de la Fédération romande, que ces articles contiennent en elîel ce qu'il leur fait dire ? Et cependant il n'en est rien. L'art. 53 des statuts dit : d Toute décision du Congrès qui imposera une charge extraordinaire aux Sections ne deviendra obligatoire el exécutoire que lorsqu'elle aura été adoptée par les deux tiers des Sections » ; or. comme il ne s'agissait pas, dans la question de l'admission de la Section de l'Alliance, d'une décision devant imposer une charge financière, cet article 53 n'était pas applicable. L'art. D.î dit : « Les présents statuts, pour obtenir force de loi, doivent être votés par la simple majorité du Congrès, adoptés par les deux tiers des Sections romandes et sanctionnés par le Conseil général. Ils ne pourront être modifiés qu'aux mêmes conditions » ; or 11 ne s'agissait pas non plus d'une modification des statuts, donc l'article 55 n'était pas applicable. Par contre, Marx oublie — quoique la Snhdanlé. dans son numéro du 23 juillet 1870 (voir plus loin, p. 57), et le Mémoire de la Fédération jurassienne (p. 121), paru en avril 1873, eussent eu soin de l'en prévenir — qu'il existait un article 47 disant que « la Section qui n'enverrait aucun délégué au Congrès perdrait le droit de protester contre les décisions de la majorité ».

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