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TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER

servons contre cette même bourgeoisie, qui nous a aiTranchis du joug féodal, mais qui veut aujourd'hui nous tenir sous le joug de la

finance.

Et s'il arrivait un jour que les libertés nécessaires pour continuer notre propagande vinssent à nous manquer ; si le gouvernement voulait essayer de supprimer nos journaux, d'empêcher nos meetings, de dissoudre nos Sections, — alors ce serait le moment d'agir et de défendre les droits menacés. Et les gouvernements verraient alors qu'il faut compter avec nous.

Mais, d'ici là, pourquoi dépenser notre activité dans les luttes électorales ? pourquoi prendre au sérieux les comédies gouvernementales de la bourgeoisie ? pourquoi donner, à tous ces intrigants politiques qui se disputent le pouvoir, l'appui de notre force et de notre honnêteté ? — Non, non, ouvriers : notre place n'est pas autour de l'urne du scrutin ; elle est dans les Sections de l'Internationale, où nous avons à discuter des intérêts qui nous touchent de bien plus près que toutes les combinaisons politiques des partis bourgeois.

Voyez ce qui se passe en France, et l'exemple que nous donnent les ouvriers de ce pays. Un moment ils se sont laissé prendre à cette illusion, qu'en envoyant des représentants au Corps législatif ils serviraient la cause du travail. Aussi, il y a un an, ils avaient donné leurs voix aux députés de la gauche. Aujourd'hui quelle est l'attitude des ouvriers français ? Convaincus [)ar l'expérience qu'il n'y a rien à attendre ni du gouvernement, ni de la gauche, ni d'aucun parti politique, ils ont ado[)té une tactique nouvelle ; et en face du plébiscite, à l'empire qui leui* crie : Votez oui, — à la gauche qui leur crie : Votez non, ils répondent ce seul mot : Abstention.

Est-ce à dire que les ouvriers français soient disposés à supporter patiemment l'empire à perpétuité ? C'est tout le contraire. Ils neveulent ni de cet empire qui les a fusillés en décembre i85i, ni de cette république bourgeoise qui les a fusillés en juin 1848 : ils ne veulent plus d'aucun gouvernement quel qu'il soit ; ils veulent la destruction de l'Etat, l'avènement de l'égalité sociale. Et dans leur bouche comme dans la nôtre. Abstention signifie Révolution.

La loi sur les fabriques â, Zurich.

{Solidarité du 7 mai 1870.)

Le dimanche 2/4 avril, le peuple zuricois devait voter sur une loi qui réglait les conditions du travail dans les fabriques, et qui mettait en particulier un frein à l'odieuse exploitation des femmes et des enfants.

La loi a été rejetée par 20.981 voix contre i8.*.>89. grilce aux manœuvres ignobles du [)ai"ti bourgeois.

La ToiTwacht, qui nous ap[)rend ce résultat, constate en même temps « qu(^ c'est dans les districts iiulustriels que la majorité contre la loi a été la plus forte », c'est-à-tlii'c que la loi a été rcjotée par les ouvriers eux-mêmes .

36 l'intkrnationai.k

Voilà une expérience qui devrait laire ouviir les yeux aux [)artisans (le la Irgislalion directe.

On croit avoir fait merveille parce qu'on a obtenu (|ue le [)euple voterait dii-ectenient sur toutes les lois, — et voilà (jue le peuple repousse les bonnes lois.

C'est que, — suivant l'expression énergique d'un orateur dans un de nos meetings, — avec nos institutions sociales actuelles, le sullrage universel, le vote populaire, n'est et ne; peut être qu'une blague.

Aussi longtemps qu'il y aura d'un cote des (ra})italistes ayant entre les mains tous les moyens de corruption et d'intimidation, et de l'autre côté une quantité de pauvres diables qui craignent de manquer de pain et qui sont habitués à la soumission au [)lus i'ort, le vote populaire — sauf dans des circonstances exceptionnelles et extraordinaires — ne sera pas un instrument de révolution et de progrès, ce sera un instrument de gouvernement et de réaction.

Voilà ce que nos amis de Zurich et d'Allemagne relusent de comprendre.

Pourquoi une partie des ouvriers zuricois ont-ils voté contre la loi sur les fabriques ? Pour deux raisons : d'abord, parce que les patrons le voulaient ; ensuite, parce que la loi. en diminuant les heures de travail de la femme et de l'enfant, diminuait du même coup les maigres ressources du ménage ouvrier, et qu'alors ceux qui avaient déjà à peine de quoi manger auraient décidément souilert de la faim.

N'est-ce pas bien peu connaître le cœur humain que d'exiger de la majorité des électeurs un degré d'héroïsme qui leur permette de braver à la fois et les menaces des chefs de fabrique et les soulfrances de la misère, — et cela dans quel but ? Pour voter une loi qui contient sans doute des l'éformes utiles, mais qui laisse subsister la base même des abus, qui laisse le prolétaire à la merci du propriétaire, et qui momentanément aggrave même la situation déjà si pénible de 1 ouvrier.

Si vous voulez des électeurs indépendants, mettez-les en possession de leurs instruments de travail : une fois qu'ils seront soustraits à la domination du capital, une fois qu'ils seront réellement libres. les manœuvres de la réaction resteront sans efïet sur eux ; alors le cote du peuple sera l'expression réelle de la volonté du peuple. Alors seulement, mais pas avant.

Voilà pourquoi, tant que la révolution n'aura pas établi légalité et la liberté complètes, nous refuserons de prendre au sérieux le suffrage universel, nous refuserons d'aller voter.

Le triste résultat du vote du 24 avril a-t-il diminué un peu la confiance sans bornes que nos amis de Ziirich donnaient à la législation directe ? Nous l'espérons. Du moins, voici ce que dit la Tagwacht à ce sujet :

« Samedi soir, quelques ouvriers sont venus nous trouver, des hommes ordinairement paisibles et modérés. Une sombre indignation éclatait dans leurs yeux. Ils nous dirent : Nous avons acquis la conviction que, contre cette bande, ce ne sont plus les arômes du raisonnement qu il faut eniploj'er. »

Voilà qui est bien dit. "Maintenant, amis de Zurich, agissez en conséquence.

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