‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 169 sur 314 · TROISIEME PARTIR, CHAPITRE HT JI · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIR, CHAPITRE HT JI

12 août) venaient de poser plus nettement la question. Il s'agissait maintenant de savoir si la France continuerait à obéir au maître qui la conduisait à la ruine, ou si elle se révolterait :

Espérons que le peuple français, le vrai peuple qui n'est pas chauvin, saura enfin prendre en main ses destinées, et nous assurer une paix durable. Nos amis seront-ils assez forts pour réaliser ce vœu ? Nous allons les voir à l'œuvre. (Solidarité du i3 août.)

Le lendemain du jour où paraissaient ces lignes, une poignée de blanquistes faisaient, à la Villette, la tentative que l'on sait (dimanche i4 août). Le mouvement n'eut aucun écho, et l'on crut même généralement, alors, qu'il était l'œuvre de la police ^ La Solidarité dit à ce sujet (20 août) :

Voici ce que nous écrit un correspondant bien placé pour savoir la vérité : « Les événements de la Villette sont une échautlourée de police dans laquelle on a essayé de compromettre les blanquistes et l'Internationale. Il paraît qu'on y serait arrivé dans une certaine mesure, puisqu'on a pu prendre des individus appartenant à la fameuse société secrète de Blanqui et quelques internationaux. Ce qui prouve du reste que l'Internationale était spécialement visée, c'est qu'une réunion privée devait avoir lieu le soir même de l'affaire, à la salle de la Marseillaise, rue de Flandre, à la Villette. A la porte, ceux qui essayèrent d'entrer trouvèrent un commissaire de police, qui, en vertu de l'état de siège, leur fit savoir qu'aucune réunion ne pouvait avoir lieu. C'est quelques minutes après qu'éclatait l'alfaire, où l'on espérait englober tous ceux qui devaient se rendre à la réunion : fort heureusement le plus grand nombre s'en est allé, et quelques écervelés se sont seuls fait prendre. Du reste, Paris est très calme, personne ne bouge. Les nouvelles de la guerre n'arrivent pas ; on parle vaguement dune grande victoire des Français entre Metz et Verdun, et, faut-il l'avouer ? deux victoires sulfiraient à changer l'opinion ici en ce qui concerne la dynastie, et à raffermir Bonaparte. Autrement, le mouvement politique se fera de lui même au profit de je ne sais qui ; une bonne défaite encore, et le gouvernement est chang-é : c'est peut-être ce qui explique le silence et l'inaction des ré[)uhlicains -. »

Avant de continuer, je dois interrompre le récit des événements relatifs à la guerre pour parler de la Fédération romande et des incidents qui s'y produisirent dans le courant d'août. « En présence des éventualités que la guerre pouvait faire naître d'un jour à l'autre, nous sentions plus vivement que jamais le besoin de rétablir l'union entre tous les internationaux de la Suisse romande ; et les différentes combinaisons dont on avait essayé

t'usqu'alors ayant échoué, une nouvelle lentalive l'ut faite sur d'autres lases : on prop()Sa de renoncer au groupement /)ar opiiiiiuis, ([ui avait été la raison d'être des deux fédérations rivales, et de le remplacer par le simple groupement géog-raplnque, sans distinction d'opinions. C'est à la Section de Vevey [, qui déjà, par le meeting du 8 mai, avait tenté de réaliser l'apaisement.] que fut due l'initiative de ce mouvement ; avec l'entière approbation des Sections du Jura, elle décida (7 août) de se

\. D'autre part, les journaux de l'empire prétendaient (|uc le mouvemeut avait été payé par l'or prussien.

2. Celte correspondance nous avait été adressée, si je ne me trompe, par Ed. Uotiiller, qui fut secrétaire do Vermorol.

•ja L INTEHNATIONALE

joindre À la Cédération de Genève, tout en conservant son progranime propre et en continuant à regarder la Solidarité connue l'orj^ane de ses principes. Nous espérions, de la sorte, l'aire sentir clairement aux Genevois que nous ne leur jjardions pas rancune, que nous ne cherchions point à former un « Sonderbund d et à séparer d'eux les autr(îs Sections pour les grouper dans une fédération exclusive ; et en même temi)S, par l'union de Vevey avec Genève, nous pensions trouver une occasion de faire de la propagande au sein même de la fédération genevoise '. »

Je publiai sur ce sujet, dans la Solidarité, l'article suivant (20 août) :

Le groupement géographique.

La Section centrale de Vevey a décidé, dans son assemblée générale du 'j courant, de se joindre à la IVaction de l'ancienne Fédération romande qui a son siège a Genève.

Voilà un pas vers la solution de ce conflit qui semblait devoir se perpétuer indéfiniment. La résolution de la Section de Vevey indique, à notre avis, la véritable marche à suivre pour apaiser l'irritation et ramener le bon accord parmi les internationaux de la Suisse romande.

La marche à suivre, selon nous, la voici :

Au Congrès de la Chaux-de-Fonds, les internationaux s'étaient divisés en deux groupes représentant deux opinions, deux tendances ditïérentes.

Le premier groupe, celui qui avait voté l'admission de la Section de l'Alliance de Genève, représentait la tendance collectiviste révolutionnaire. Il se composait d'hommes ayant pour la plupart passé par l'école de Proudhon, mais qui s'étaient alTranchis de son dogmatisme et ne voulaient plus connaître qu'un socialisme absolument scientifique et expérimental d'un côté, c'est-à-dire rompant avec tout système a priori, et absolument populaire de l'autre, c'est-à-dire pratique, vivant, agissant, et non plus abstrait et doctrinaire. Le trait essentiel de ce groupe, c'était son esprit anti-autoritaire : la destruction de toutes les autorités, et l'avènement d'une société où la liberté de chacun ne serait limitée que par la solidarité de tous, tel était et tel est encore son programme. Ajoutons que la tendance internationale, ou en d'autres termes anti-nationale, n'y était pas moins fortement prononcée, et que les hommes de cette nuance conçoivent l'Europe future non comme une fédération de nations distinctes, constituées chacune en république pour son compte, mais, abstraction faite de tout Etat politique, comme une simple fédération d'associations de travailleurs, sans aucune distinction de nationalité.

Il nous sera plus difficile de caractériser le second groupe, parce que nous nous trouvons cette fois en présence d'hommes dont plusieurs se sont carrément déclarés hostiles à nos tendances et à nos personnes, et qui se plaignent d'être calomniés par nous toutes les fois que nous parlons d'eux. Essayons toutefois d'en parler avec toute l'impartialité et l'objectivité dont un esprit sincère est capable.

La plus grande partie de ce groupe était formée par des ouvriers genevois qui, de simples radicaux politiques, étaient devenus socia-

1. Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 166. — Bien entendu, si ce plan s'était réalisé, il aurait dû être appliqué intégralement : la Section de l'Alliance serait entrée dans la fédération genevoise, au mênae titre que la Section de Vevey, de par sa situation géographique ; et la Section centrale (couUeryste) de la Chauxde-Fonds serait entrée dans notre fédération des Montagnes.

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