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TROISIÈME PARTIE. CHAPITRE III

listes, et qui avaient une tendance très prononcée à revenir à leur point de départ, au simple radicalisme, comme la prouvé le rôle qu'ils ont consenti à jouer dans les dernières élections au profit des radicaux. Nous ne leur en faisons point un crime, quoique à notre point de vue ils aient commis une faute ; nous nous bornons pour le moment à constater des faits. Aux Genevois radicaux s'était joint, chose assez étrange, l'ancien parti couUeryste de la Chaux-de-Fonds, parti anti-radical, fondé en 1868 dans le canton de Neuchâtel pour combattre le régime radical. Comment expliquer cette alliance ? Par le fait que ni les Genevois ni les coullerystes n'étaient révolutionnaires, du moins dans le sens que nous attachons à ce mot : les uns et les autres étaient simplement coopératwistes , et. de plus, ils étaient jort^Wo /es, nationaux. Nous devons dire toutefois qu'il peut se trouver quelques exceptions individuelles à ce jugement général ; nous en connaissons deux ou trois ; mais, pour l'immense majorité du groupe dont nous parlons, le jugement est exact.

Cependant, si ce second groupe ne s'était trouvé composé que des Genevois et des coullerystes, la position ne serait pas devenue ce qu'elle est ; tout le monde aurait vu clairement qu'il y avait en présence d'un côté, chez nous, les révolutionnaires, et de l'autre côté, chez eux, les modérés, les coopérateurs, les patriotes. Mais d'autres éléments sont venus compliquer une situation qui sans cela eût été très simple.

Il s'est trouvé dans le second groupe, à côté de la grande majorité des modérés, une petite fraction d'hommes réellement révolutionnaires. Seulement, ils conçoivent la révolution autrement que nous : autant notre socialisme est an-archiste et q^jopulaire, autantJe leur est autoritaire et iioc.triilâii:Ê->-^ife~dii'oiit encore que nous les calomnions : il doit cependant nous être permis d'apprécier leurs opinions, puisqu'ils les publient dans des journaux, et il nous est impossible de ne pas dire franchement ce qu'il nous semble de leurs principes, et de ne pas appeler un chat un chat.

Nous allons faire toucher au doigt la didérence entre eux et nous. Parmi ces révolutionnaires-là, il y a des Français, des Allemands et des Russes ; ils sont tous, ou presque tous, communistes : les Français sont des communistes de l'école de Blanqui, — ou, s'ils ne se réclament pas directement de lui, ils professent des principes analogues à ceux qu'on appelle généralement blanquiamc ; les Allemands sont des communistes de l'école de Marx (et Marx siège au Conseil général, ce qui explique bien des choses) ; et les Russes sont des communistes de lécole de Tchernychevsky.

On comprendra maintenant pour(]uoi Y Eg'alité a pu faire illusion à quelques-uns de nos amis, en allectant. depuis le Congrès romand, certaines allures révolutionnaires. C'est «{u'il y avait en réalité ([uelques révolutionnaires dans le second grou[)e, nuiis révolutionnaires avec des tendances opposées aux nôtres, et que ce sont ces hommes qui ont l'édigé Y Egalité. Mais, malgiv la confusion qu'a fait naître cette circonstance, un examen sérieux montre les choses comme nous venons de les exposer : d un côté la tendance an-aichiste, le socialisme populaire, le collectivisme ; de l'autre côté, d'abord une granule majorité qui ne dépasse {)as les idées coojjératives, puis une minorité qui se trouve en opposition directe avec nous et qui repi'éseiite

la tendance autoritaire, le socialisme doctrinaire, le communisme ^

Tels étaient les deux groupes qui. après le Congrès de la Cliauxdc-Fonds, se disputaient le droit de s'a[)peler la Fédération romande.

Il y avait, à ce groupement par opinions, un inconvénient qui pouvait devenir très grave : en i>ar([uant les ojiinions dill'éi-entes dans deux fédérations distinctes et même hostiles, on s'interdisait toute propagande pour ses principes au sein du groupe opposé, on se condanmait réciproquement à lisolement, à rinqtuissance. Pour nous surtout, qui avons la ferme conviction que tous les travailleurs doivent devenir révolutionnaires collectivistes, et que le salut de la société est à ce prix, nous sentions vivement cet inconvénient. Le remède au mal nous a paru d'abord être la reconstitution de la Fédération romande dans son intégrité - primitive ; mais cette reconstitution s'étant montrée impossible, il a fallu chercher autre chose ; et cette autre chose, c'est le principe dont la Section de Vevey vient de commencer l'aj^plication.

Il faut renoncer à ce groupement par opinions, qui avait créé deux fédérations ennemies, et adopter le groupement géographique. Que toutes les Sections qui se trouvent placées dans une même région se fédèrent, sans qu'on exige, pour [l'entrée dans ^] cette fédération, l'adhésion à telle ou telle profession de foi spéciale ; que chaque Section garde ses principes à elle, et quelle cherche à les faire prévaloir par la propagande ; que les Sections vraiment révolutionnaires se donnent pour mission de faire pénétrer leurs idées dans les Sections dont les principes ne sont pas encore les nôtres, et qu'elles s'efforcent de les gagner à la grande cause du socialisme populaire et an-archiste.

A ce point de vue, nous nous félicitons de voir la Section de Vevey se joindre aux Sections genevoises. Nous savons que les principes de la Section de Vevey sont entièrement conformes aux nôtres, et nous espérons qu'elle exercera, tant à Lausanne qu'à Genève, une heureuse influence dans le sens révolutionnaire.

Que ceux de nos amis de Genève qui pensent comme nous imitent la Section de Vevey ; et si l'intolérance de certains hommes veut encore essayer de les tenir à l'écart *, qu'ils en appellent à l'Intei'nationale tout entière.

D'un autre côté, que dans le Jura ceux qui ont marché un moment avec Genève fassent de même ; leur position géographique les engage à se fédérer avec nous : qu'ils viennent donc à nous, et constituons une fédération jurassienne dans laquelle il y aura place pour toutes les opinions. On y discutera nos principes et les principes des opposants ; et nous nous réjouii'ons de cette discussion, parce qu'elle servira à faire éclater la vérité et à propager nos idées.

1. Le mot « communisme » est pris ici dans le sens spécial que nous lui donnions depuis le Congrès de Bàle : il signifie « communisme d'Etat ». Nou»^ appelions, par abréviation, ce communisme d'Etat « communisme » tout court, par opposition à notre communisme antiétatiste et fédéraliste, que nous avions baptisé du nom de « collectivisme ».

2. Dans la Solidarité on a imprimé « unité », mot que j'ai corrigé par« intégrité » sur mon exemplaire.

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