‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 197 sur 314 · TROISIEME PARTIE, CHzVPITRE IV IIQ · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE, CHzVPITRE IV IIQ

transférer son siège à Lyon ; je crains qu'elle ne tombe de Charybde en Scylla.

J'ai proposé, dans une réunion publique, qu'on votât pour ce fait un blâme à Gent. Eh bien, ma motion n'a eu qu'un demi-succès : on a transforme le blâme en vœu que ces dépêches soient expédiées. La garde civique, transformée en corps de francs-chasseurs, a été immédiatement envoyée « au-devant de l'ennemi », à Lyon, c'est-à-dire éloignée de Marseille . C'était un bon appoint pour nos élections ; nous en serons privés.

En revanche, on nous a envoyé ici la garde mobile d'Avignon, pays natal de Gent, — en d'autres termes la garde prétorienne de Gent. Somme toute, nous sommes vaincus, battus de toutes les manières.

Notre démocratie, cependant, forme ici une armée assez nombreuse. Ce qui manque, c'est l'état-major ; de là. désorganisation complète. La Commune révolutionnaire avait bien commencé ; mais dès les premiers coups de feu, c'a été fini. C'était à qui aurait disparu le premier : Bastelica s'est retiré, Combe s'est retiré. Personne ne veut accepter de responsabilité, et la réaction, ne trouvant pas de résistance, a vaincu toute seule.

Telle est la situation. Nous sommes dominés maintenant. Cette éclipse subito des hommes qui ont disparu au moment où ils auraient dû montrer de l'énergie ', les a privés de l'autorité morale qu'ils auraient pu exercer, et quand même la liste révolutionnaire passerait dimanche aux élections, ce ne sera jamais cotte liste nuancée comme nous l'aurions désiré, car les noms qu'on nous propose, et qui sont acceptés, sont mitigés de bourgeoisisme. On n'ose pas ; on n'a plus l'espoir, vu les fautes commises, de faire passer des candidats révolutionnaires. Ou pactise à demi avec les adversaires, et on accouchera de quelque chose d'hybride qui ne sera ni chair ni poisson. Le nom d'Esquiros, cependant, qui est im drapeau, signiliera au moins : Opposition à Tours.

12 novembre . — Voici de nouveaux détails sur la situation. Esquiros a refusé toute candidature. Le Comité révolutionnaire et \ Egalité ^ devaient se concerter pour présenter une liste commune. Avant-hier, après plusieurs atermoiements, on devait s'entendre à onze heures du soir. Mais l'houi'e venue, V Egalité annonce qu'elle refuse l'action commune et qu'elle présente sa liste à elle seule, liste boui'geoise connue tu pons(>s bien. Il était trop tard pour élaborer une nouvelle liste. HicM- donc, dans une assemblée populaire, on s'est l)ron<nicé poui- l'abstention, et innnédiatement une collecte a ])r()(luit |)rès de mille francs pour prêcher l'abstention. Le citoyen américain Train ' a pris l'initiative! on versant deux cents fi-ancs. et un auli'o citoyen également. Dimanche, c'est-à-dire demain, grand meeting à la Plaine contre les élections.

Il n'y avait plus rien à faire à Marseille : Sentinon retourna à Rarcelone,

1. Ce reproche, qui visait surtout nasiolicn, était mérite. Xéanuioins. quand Hasiclica et Alerini se trouvèieut tous deux en exil, l'année suivanti', l'un k Londres, l'autre à Harcelone, Alenni ne tint pas rigueur a celui qui avait été son camarade, et il entra en correspomlancc avec lui.

2. .tournai républicain bourgeois dirige par Gilly I.ia l'alud.

;5. Train était un riche Anjéricain qui s'était enthousiasmé pour la cause de la République française.

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et Joiikovsky reprit le cheiuin de Genève, marchant dans les rangs d'un bataillon de francs-tir(;urs qui se dirigeait vers Lyon; Mroczkowski se fixa en décembre à Menton, pour y exercer la profession (le piiotographe. Bastelica put rester à Marseille sans <itre incpiiété ; Alerini <lul partir avec un bataillon de mobiles, et (it trois mois de service, j)assant la plus grande partie de ce temps en prison, (connue prévenu de « relus loruiel d'obéissance » et de « complot » : mais son aU'aire se terniina par un non-lieu.

A Lyon, au moment même où le mouvement de Marseille avortait, une nouvelle tentative était laite : le 4 novembre, l'iiôlel de police était envahi, et une manitestation en armes était décidée pour remplacer le Conseil municipal par une ('ommune révolutionnaire ; mais la manifestation se borna à un rassemblcnjcnt {)acilique d'ouvriers sur la place des Terreaux. A la suite de cette journée, Parraton fut arrêté, et Chol dut se réfugier à Genève. Quant à Richard, il se tenait coi.

L'hiver de iHyo-iSyi .

Je reviens à nos Montagnes. Après le Congrès de Saint-Imier, il y eut suspension, pendant quelque temps, des réunions régulières de nos Sections et de l'action du Comité fédéral : tout i)araissait désorganisé, « les esprits étaient plus préoccupés des échos des champs de bataille que des questions sociales ». Toutefois, a l'action individuelle reprenait bientôt IVeuvre suspendue ; et, tandis que nos ennemis nous croyaient écrasés, un travail tranquille — mille fois plus sérieux que tout autre — s'opérait. Quelques membres dévoués des Sections montagnardes discutaient sans cesse des moyens de donner une nouvelle vie à notre Fédération romande. On se mit d'accord sur la publication de brochures socialistes, et une commission centrale de vente fut constituée dans le sein de la Section du district de Courtelary '. » Par les soins de cette commission furent éditées deux brochures, que j'imprimai : i» U Association internationale des travailleurs, reproduction (i'une série d'articles publiés par Albert Richard dans le Progrès de Lyon pendant l'été de 1870, et dont quelques-uns avaient déjà été reproduits par la Solidarité : « l'auteur y a i-ésumé l'histoire du développement de Tlnternationale, et surtout le progrès des idées au sein de cette association » ; 2" La Guerre et la Paix, par Adhémar Schwitzguébel : « cette brochure fait ressortir les véritables causes de la guerre, qu'on doit voir non pas tant dans l'ambition de tel ou tel monarque, mais avant tout dans le désordre économique dont souffre la société ». Nous publiâmes en outre un Almanach du Peuple pour i8yi, contenant les articles suivants (les articles n'étant pas signés, j'indique le nom de leurs auteurs) : Les caisses de résistance (Adhémar Schwilzguébel), dialogue destiné à réfuter le raisonnement d'un ouvrier qui essaie de persuader à im camarade que « la pièce de un franc qu'il donne chaque mois pour la caisse de résistance serait plus avantageusement placée à la caisse d'épargne»; Les partag-eux (Adhémar Schwitzguébel), article démontrant que les véritables « partageux » sont les exploiteurs ; L' Association internationale des travailleurs (Adhémar Schwilzguébel), court exposé des principes de l'Internationale et de la théorie collectiviste ; La réforme de l'éducation (James Guillaume), montrant que la transformation de l'éducation publique ne peut s'accomplir que dans une société dont les bases

1. Extrait d'un article d'Adhémar Schwitzguél)ol dans le n° 1 de la nouvelle série de la Solidarité (28 mars 1871).

seront radicalement transformées ; Une Commune sociale (James Guillaume), essai dans lequel j'exposais, avec nos idées d'alors, ce que serait, « non pas une commune telle qu'on en pourra voir dans un siècle, alors que, la réforme sociale ayant été radicalement accomplie partout, il se sera formé une génération nouvelle qui n'aura gardé de nos préjugés, de notre ignorance et de nos misères qu'un lointain souvenir historique », mais « une commune immédiatement après la révolution sociale, pendant cette époque de transition dans laquelle il faudra taire du socialisme avec les hommes et les choses d'aujourd'hui d. Notre petit Alm.anach trouva de nombreux lecteurs, et l'édition en fut rapidement écoulée.

Je puis donner quelques indications sur cette activité silencieuse qui fut la nôtre pendant l'hiver 1870-1871^ au moyen de lettres écrites par moi à Joukovsky, dont quelques-unes se sont retrouvées : ce sont les seules épaves restant de la correspondance très étendue que j'entretenais à cette époque avec de nombreux camarades, tant en Suisse que dans d'autres pays. Mais il convient, je crois, de mettre en garde le lecteur contre une illusion d'optique presque inévitable, dont il devra se défendre : en voyant ma documentation réduite presque exclusivement — pendant près d'une année — à des extraits de mes lettres à Joukovsky, il sera naturellement tenté de se figurer que celui-ci a joué à ce moment un rôle très important dans notre organisation et notre propagande, ce qui serait commettre une grosse erreur ; c'est le hasard qui a voulu que mes lettres à Joukovsky se soient seules conservées, tandis que celles, beaucoup plus sérieuses, que j'échangeais avec des amis plus intimes et des militants plus actifs, sont perdues.

Après son retour à Genève, vers le milieu de novembre, Joukovsky était rentré en rapports avec moi ; je l'avais vivement engagé à nous aider à ressusciter la Solidarité, en trouvant un imprimeur à Genève, et en assumant les fonctions de rédacteur en chef que j'avais dû abandonner en septembre. Il avait répondu qu'il accepterait la tâche si on la lui imposait, et qu'il chercherait un imprimeur.

Le 28 décembre, je lui écrivais à ce sujet :

Voici ce que les amis des Montagnes proposent : la Solidarité paraîtrait dans les circonstances importantes seulement, comme teuille irrégulière ; le prix de rabonncment serait de deux francs pour vingt numéros. Maintenant, es-tu toujours disposé à te charger de celte lourde tâche? as-tu trouvé un imprimeur ?. . . Ici les alFaires vont mal, il n'y a plus d'Internationale du tout à Neuchàtel ; je suis le seul qui soit resté en correspondance avec les amis. J'espère ^iOurtant que dans quelques semaines cette lassitude produite i)ar les cvénenienls cessera. Cependant il ne faut pas se le cacher, les événements de France nous onl [)orlé un coup fatal en dissi^iant bien des illusions, et il n'y a j)lus que les honnnes tout à l'ait sûrs qui soient restés siir la brèche. Tu auras sans doute connaissance, par Sclnvilzguébel, du centre de propagande que nous avons l'orme à Saint- Imier : c'est le seul point oîi il y ait encore de la vie. . . Et Perron, nous a-t-il décidément abandonnés juscju'au grand jour ? Il y a bien longtemps que je n'ai eu de ses nouvelles. . .

A Lyon, il avait été question, en novembre et décend)re, de la création d'un journal socialiste qui se serait ajtpelé la /{épiihliqiie universelle ; llichard, (jui se tenait caché, avait été invité, par les (|uel(|ues militants (jui luttaient encore, à y collaborer '. Mais les événements du 20 décembre

t. Il écrivait à (Itiol, lo 27 dèceiubrt' : « Les poiirsniies toujours iiuMiaçantos de la d(^ino(ratie hourf-'i-oisc me forcent à me tiissimiiler liors Lyon. Mon père m'a iiaiic du projet de journal en (luiîstion. Je suis tout disposé à y travaillfir, à la condition

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(manifestation populaire provoquée par la nouvelle de la bataille de Nuits ; meurtre du commandant Arnaud ; arrestation et assassinat de l'international Charvet par un ofïicier) eurent pour conséquence l'établissement d'un régime de terreur bourgeoise qui pesa sur Lyon jusqu'en lévrier 1871, et le projet de journal fui abandonné.

Nous songions, dans notre petit groupe des Montagnes, aux meilleurs moyens de continuer à exposer et à vulgariser les idées londaiiient iles du socialisme. 11 avait été question de publier un volume où aurait été développée la théorie collectiviste. Schwitzguebel proposa d'écrire i)lutùt une série de brochures; et, dans une lettre à Joukovsky du 17 janvier 1871, il indiquait pour cette série les sujets suivants: « i" Le travail et le capital ; 2° Le patronat et le salariat ; 3" Les grèves et les caisses de résistance; 4° De la coopération ; 5° De la propriété , 6° De l'organisation communale et de la fédération des comnmnes ; 7" De l'instruction intégrale ; 8° Du procès historique entre la bourgeoisie et le prolétariat, ou la révolution sociale. )) A mon tour j'émis mes idées à ce sujet dans la lettre suivante, du 22 janvier :

« Mon cher Jouk,... L'idée de Schwitz<jfiiébel, relativement à une série de bi-oehures àfaii'e, me parait excellente. Justenu^ntnous avons parlé dernièrement, avec lui et Ozerol", de la nécessité qu'il y aurait d'exposer, dans un ouvrage qui serait la contre-partie du Kapital de Marx* notre théorie an-archiste et révolutionnaire. Seulement, faire un gros volume demande deux choses : une étude très approfondie de tous les détails de la question sociale, étude qu'il est très difticile à un homme de faire complètement à lui seul ; puis beaucoup de temps. Aussi la réalisation de ce plan me paraissait impossible. Du reste Michel écrit en ce moment un livre qui, parait-il, répondra jusqu'à un certain point au désir exprimé ' .

Mais l'idée de Schwitzguébel lève les difficultés. Au lieu d'un gros livre, œuvre d'un seul, œuvre nécessairement défectueuse et faible sur plusieurs points, — au lieu d'un volume coûtant cher, — on partage la matière: on s'accorde sur un plan, sur une série de chapitres, qui forment une suite de brochures à la fois indépendantes les unes des autres et se complétant mutuellement. Ces brochures seront toutes écrites d'après les mêmes principes, par des personnes qui sont d'accord sur la théorie, et cependant il y aura de la variété ; et elles seront l'œuvre de spécialistes, chacun traitant la question qui lui est plus familière.

Avant d'entreprendre cette œuvre, il faudrait bien examiner encore la division du sujet, et tâcher d'arriver à une classification méthodique des questions ; puis, cela fait, nous diviserions l'ouvrage. Je ne serais pas d'avis de demander la collaboration des Français et des Belges en général ;... je proposerais seulement de parler de la chose à Robin et à De Paepe : ce dernier pourrait traiter de main de maître les rapports enti^e les sciences et le socialisme, montrer la nécessité historique et naturelle de l'égalité ; Robin pourrait ti'aiter de l'instruction intégrale, qui est sa spécialité. Toi, Schwitz et moi, nous

pourtant que je n'y occupe pas une position subalterne. . . Comme je ne puis pas me montror, il est tout naturel que Charnal, auquel nous pouvons d'ailleurs avoir toute confiance, soit ré'Iacteur en chef. » (Lettre publiée par Oscar Testut.) — Dans le courant de décembre, Richard fit paraître une brochure intitulée Aux Français : simples appréciations d'un révolutionnaire , qui passa inaperçue (elle a été reproduite in-exteuso par O. Teslul).

t. Voir ci-après pages 130 et suivantes.

ferions le reste ; je pense que Sentinon est trop occupé pour nous aider. J'écrirai demain à Robin, à qui je dois une lettre ; et je prierai Schwitz, comme secrétaire de la Commission de propagande, d'écrire à De Paepe...

Maintenant, il me semble qu'il y aurait à faire, avant tout, une brochure d'actualité : il faut absolument publier notre opinion sur la situation. J'avais fait là-dessus un article pour l'Almanach, mais il n'a pas pu y entrer faute de place '. Voici ce que je te propose à cet égard : Tu pourrais écrire Ihistoire, à notre point de vue, des mouvements de Lyon et de Marseille ; on y joindrait l'histoire de celui de Brest, racontée par Robin (je l'ai), et de celui de Rouen si nous pouvons trouver des renseignements ; puis aussi des renseignements sur les mouvements de Paris. Tout cela serait suivi d'une appréciation générale sur la situation delà P'rance et de la cause socialiste.

Tu pourrais parfaitement rédiger cette petite brochure. Avant tout, des faits, des faits authentiques ; mettre en lumière les turpitudes de la bourgeoisie et de la Défense nationale, expliquer les causes de linsuccès de nos amis, mais en les ménageant. Tout cela pourrait s'arranger avec ce que tu prépares sur l'Alsace et la Lorraine.

Il n'y aurait pas moyen, je crois, de condenser cela en seize pages. Il faudrait faire deux feuilles, et on vendrait la brochure vingt centimes. . . Tu parles d'articles à faire sur la situation. Je trouve que le premier de tous les articles, ce doit être la brochure que je te demande : elle résumera le passé, elle répondra aux accusations lancées contre nous et nos amis ; tout cela serait impossible à faire dans des articles de journaux . . . Voici le plan improvisé que je propose pour la brochure sur la situation (titre à trouver) :

« Introduction. Nécessité impérieuse où les socialistes sont de s'expliquer, de repousser les calomnies, de faire la lumière sur des faits dénaturés, et de dire ce qu'ils pensent de la situation.

« I. Partie historique.

« Ljyon. La journée du 28 septembre. Ses causes. Comment elle a été préparée. Par qui elle a été faite. Ce que voulaient ses auteurs. Récit des incidents les plus intéressants, surtout du traquenard dans lequel sont tombés les socialistes. Causes de l'insuccès. — Fureurs de la réaction. Emprisonnement de Blanc et de Valence, calomnies odieuses contre eux. — Enlin exposé de ce tpii s'est fait à Lyon jusqu'à ce jour : exécution d'Ai'uaud, rigueurs contre k^s socialistes, interdiction des réunions publi(jues, assassinat de Cliarvet, etc.

« Dire un mot du triste rôle de (^luseret.

« Marseille. Là, je te laisse le soin de tracer loi-iuènu" le cadre. 11 serait bon de i-eproiluire quehpies-uns des documents oUiciels île la Connnune ; les as-tu gardés?

« Brest. Je m'en charge ; j'ai les détails par Robin.

« Rouen. Je làchei'ai (le savoir aussi queUpie chose par Robin.

« Paris. Récit des échaulfourées de Flourens, BUiiupii, Pyat

i. Je n'ai pas conservé le manuscrit de. cfl article.

et Ci' '. Parler du rôle passif de l'Internationale '. As-tu des détails? J'en ai quel([ues-uns.

« Si tu as (les renseignements sur l(;s mouvements des autres villes, il laudrait les a joui» r.

<( II. Partie politique.

« Après avoir indiqué les moyens que les socialistes auraient em])loyés poui- sauver la France, faire la critique de la Défense nationale. — Tableau ra[)ide de la situation actuelle. — Comment cela llnira-l-il ? — Q'i'y u-t-il à espérer pour le socialisme dans l'avenir ? Quelle doit être sa ligne de conduite ? »

Dans cette môme lettre, j'exposais les éléments du budget du journal: 5oo exemplaires en demi-teuille (deux pages) cofileraient 28 fr. (c'était ce (|u'ils coûtaient à Neucliâlel) ; port, trois-quarls de centime par exemplaire pour un journal hebdomadaire, ce qui t'ait dix centimes par trimestre ; le prix serait aussi de dix centimes pour un journal paraissant irrégulièrement. S'il paraissait vingt numéros en six mois, la dépense serait de 620 tr. (impression 56o fr. ; ports, pour 3oo exemplaires seulement, 60 fr.), et 3oo abonnements à deux francs produiraient 600 francs. « Je crois même que le numéro pourrait coûter moins de 28 fr., si au lieu de tirer à 5oo on ne tirait que juste le nombre nécessaire pour servir les abonnés. » Pour un journal de quatre pages, il faudrait 600 abonnés à deux francs, car un numéro coûterait au moins 00 fr. d'impression pour 600 exemplaires; pour vingt numéros la dépense serait de 1,120 fr. (impression i.ooo fr., ports pour six mois, 120 tr.) ; recettes, 600 abonnés à deux francs, 1.200 fr. « Mon opinion est qu'il faut commencer modestement par une demi feuille ; car l'essentiel est de ne pas aller encore faire une mauvaise affaire au point de vue financier : ce serait notre coup de grâce ^ »

datée

nement.

rite )), et commence ainsi : « La Solidarité, après un silence de cinq mois,

va reparaître... »

Dans une lettre du 25, je revenais sur les raisons qui devaient faire renoncer à l'idée d'un volume et accepter de préférence le projet d'une série de brochures :

Ma pensée n'est pas qu'on doive écrire la contre-partie du Kapital de Marx : ce serait nous lancer dans la science abstraite, et non faire de la propagande populaire Nos brochures seront certainement ce qu'on pourra faire de mieux, à la fois comme exposé de nos théories et comme polémique contre le socialisme autoritaire.

Le 27, j'exposai à Joukovsky le plan définitif de la brochure d'actualité. Gaspard Blanc serait chargé d'écrire l'histoire des événements de Lyon, et Ozerof, en sa qualité de témoin ocuîai re, re verrait son récit. Pour Marseille, on utiliserait une lettre détaillée d'Alerini, du 9 novembre 1870, avec quelques modifications et adjonctions ". Joukovsky ferait l'introduction, Joukovsky et Schwitzguébel écriraient la partie politique ; pour la partie

1. On ne savait encore que très imparfaitement ce qu'avait été le mouvement du 31 octobre à Paris.

2. La part prise par l'Internationale aux mouvements populaires pendant le siège ne nous fut connue que plus tard : voir ci-après pages 128 et 136.

3. Le déficit de la Solidarité (de Neuchâtel) n'avait pas été payé, et ne l'a jamais été.

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