Nettlau, note
4. Dans la brochure Le?, prétendues scissions, etc. (p. 15), on lit : « La Solidarité ayant cessé d'exisler, les nouveaux adhérents de lAlliance fondèrent la Révolution sociale, sous la direction supérieure de M"" André Léo, qui venait de déclarer au Congrès de la paix, à Lausanne, que a Haoul Rigault et Ferré étaient les deux flgures sinistres de la Commune». Ces mots, donnés comme textuellement extraits du discours de M"" André Léo, puisqu'ils ont été placés entre guillemets, ne s'y trouvent pas : on les y chercherait en vain. Nouvel exemple de la façon dont Karl Marx respecte le texte des écrivains qu'il prétend citer.
5. Le discours de M""^ André Léo (publié sous le titre de La guerre sociale) et celui de Clémence furent imprimés à l'imprimerie G. Guillaume fils.
la Commune outragée et calomniée. J'ai déjà dit que Malon s'était mis à écrire, dès son arrivée à Genève, les chapitres d'un livre qu'il intitula La Troisième défaite du prolétariat franrai'^, et qui s'imprima à Neuchâtel, dans notre atelier; mais il ne put paraître qu'au milieu denove'ubre. La première en date des publications de la proscription en Suisse fut le Livre rousse de la justice rurale, de Jules Guesde, qui parut en livraisons à l'imprimerie Blanchard, à Genève, depuis le mois d'octobre. Vint ensuite, au commencement de novembre, Hommes et Choses de la Comm,nne, de Maxime Vuillaume, paraissant aussi en livraisons à l'imprimerie Blanchard. Enfin fut annoncée, pour paraître le i5 décembre, une Etude sur le mouvement communaliste, par G. Lefrançais, qui s'imprima, comme le volume de Malon, à l'atelier G. Guillaume fils, à Neuchâtel. Lefrançais vint à Neuchâtel en octobre pour s'entendre avec moi ; Charles Beslay, qui habitait alors une maison de campagne dans le quartier de Trois-Portes, et que j'avais eu l'occasion de voir déjcà plusieurs fois, nous fit déjeuner ensemble chez lui : c'est ainsi que je fis la connaissance de ce brave homme qui, ancien instituteur, puis ancien comptable d'une compagnie de vidanges (comme il aimait à l'apprendre à ses nouveaux amis, en y mettant une coquetterie sui g-eneris), s'était fait dans les dernières années de l'Empire une réputation d'orateur en exposant la thèse communiste dans les réunions publiques, où son émule et contradicteur Briosne défendait la doctrine proudhonienne. Je l'emmenai le jour même dîner à la maison, et il devint pour nous, dès ce moment, un ami que nous revoyions toujours avec plaisir ; sa conversation enjouée, abondante en anecdotes, en souvenirs qu'il se plaisait à conter, était des plus intéressantes ; la droiture de son caractère commandait l'estime ; s'il y avait, dans son langage, de l'âpreté à l'égard de ceux que, pour une raison ou une autre, il n'aimait pas, et même, parfois, des sévérités brusques envers ceux qu'il aimait, les sursauts d'une susceptibilité ombrageuse et les saillies d'un esprit caustique n'enlevaient rien à la réelle bonté de son cœur.
La proscription voulait avoir aussi ses journaux. Jules Guesde projetait de fonder un grand quotidien qui se serait appelé le Réveil international : il m'avait écrit pour me proposer de me charger, dans ce journal, de la rubrique « Confédération suisse ». Mais il fallait des capitaux pour faire vivre un périodique de ce genre, et Guosdc ne put réussir à les trouver : le Réveil international n'eut que quelques numéros, et je n'ai point eu à y collaborer.
Un autre proscrit, Edmond Claris, d'ambition plus modeste, créa un journal hebdomadaire (pi'il appela la Révolution sociale, et qui s'imprima, comme les livraisons de Guesde et de Vuillaume, chez la veuve Blanchard à Genève ; il eut pour collaborateurs M"" André Léo, Arthur Arnould, E. Razoua, L. Marchand. Le premier numéro parut le -jô octobre 1871.
M""^ André Léo habitait Genève (11. Tour dArve. Plainpalais, puis 10, rue Pierre Fatio) depuis le milieu d'août. Elle s'était liée avec la famille de Charles Perron, qui avait fraternellement accueilli Malon ainsi que les parents adoptifs de celui-ci. le statuaire Ottin et sa femme. M'"^ Champseix s'était fait raconter le détail des querelles de l'Internationale de Genève, et, avec son impétuosité féminine, elle avait pris fait et cause pour ceux qu'elle jugea victimes de l'injustice et de la calomnie. C'est elle qui allait faire de la Révolution sociale un organe de revendication du princi[)e d'autonomie et de liberté contre les projets de Marx et de sa coterie. Le 21 octobre, elle écrivait à sa jeune amie Mathilde Rœderer, à Bischwiller (Alsace) :
Oui, il y a des désunions dans rinternationale, comme partout en ce inonde. Cv sont les Alleniamls, par Marx, qui y t'ont de la centralisation et (lu des[)otisnie, la fausse unité, celle de Bisinank. L'élément latin proteste et s'oppose. 11 y aui'a peut-être un partage.
C'est fâcheux. Mais les (grands courants (jui travaillent le monde à cette heure doivent se faire sentir là comme ailleurs '.
Le lendemain du jour ovi elle avait écrit celte lettre, elle assistait à une fête de l'Internationale genevoise, oùGrosselin et Lefranr;ais prononcèrent l'un et l'autre un discours, et cette fôte lui fournit le sujet de son premier article.
Après avoir décrit le cortège des internationaux de Genève, avec musique et drapeau rouge, délilant paisiblement <■ sous un doux soleil d'automne », elle plaisantait, d'un ton enjoué, Grosselin, « petit patron et député au Grand-Conseil », et sa longue harangue, « pleine d'excellentes intentions, cl faite pour contenter tout le monde » ; elle expliquait à Grosselin qu'on ne peut pas « contiMiter à la fois les bourgeois et les prolétaires, l'Internationale et le Grand-Conseil », ni « donner à l'ouvrier le bien-ôtre, la justice, l'égalité, sans rien ôter à personne », Elle louait ensuite le discours de Lefrançais, qui avait remis les choses au point et qui « renfermait de bonnes vérités en peu de mots ». Puis elle terminait par une historiette significative, qui allait servir de point de départ à la campagne qu'elle entreprenait contre l'intrigue des hommes du Temple-Unique :
Au milieu des joies de cette fête, un fait étrange nous a frappé. Chaque membre de l'Internationale portait un nœud rouge. — Eh quoi ! vous avez négligé le signe distinctif, disons-nous à l'un des plus sérieux, des plus ardents, des plus vrais démocrates de ce pays % en l'abordant.
— Pas du tout. Je suis expulsé.
— Impossible ! Et pourquoi cela ?
— Pour les mêmes raisons qui font que je viens d'être refusé, nous dit un autre % frère de cœur de celui-là.
— Voulez-vous m'expliquer cette étrangetc ?
— Un autre jour. Ici, quoi qu'on ait fait, nous sommes de la fête, et l'heure est trop belle pour la troubler du récit de mesquines intrigues, de personnalités et de coteries. — Nous y reviendrons.
Dans le numéro suivant (2 novembre), elle y revenait en effet. On lui racontait la fondation de l'Alliance, créée par « des membres de l'Internationale, dont l'un possédait un nom européen, tels autres une réputation locale d'intelligence, de dévouement et de loyauté qui associaient à leur nom le respect et la sympathie » ; on lui disait les querelles qui suivirent le Congrès delà Chaux-de-F'onds * : « Les Sections des Montagnes acceptaient l'Alliance : leur journal fut excommunié par le Conseil général... Quant aux Sections de Genève, elles s'occupèrent — je ne dis pas tous les membres, mais certains, par qui les autres se laissaient conduire — elles s'occupèrent de chasser de leur sein ces athées, ces anarchistes, qui avaient osé déclarer déchu le principe d'autorité. » L'auteur de l'article se récrie : « Vous me dites des choses si énormes !... Fantastique ! Est-ce donc M. de Bismarck qui règne au Conseil de Londres ? » L'interlocuteur ajoute : « Les citoyens expulsés eurent un tort grave, celui de rester passifs et de ne point accepter la lutte; ils devaient à leurs frères, égarés par des intrigues, de les éduquer... Ils cédèrent au dégoût de voir des ambitions personnelles,