‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 65 sur 314 · PREMIÈIIK PARTIE, CHAPITRE XI C · texte numérisé non relu

PREMIÈIIK PARTIE, CHAPITRE XI C

(Fran(;ais); Perron, Jules Gay, H. Perret, Ad. Catalan, Marc Héridier (Genevois). Les autres noms sont en général ceux d'ouvriers dq Genève qui n'ont joué aucun rôle actif dans le développement de l'Internationale, mais parmi lesquels on peut citer quelques hommes dévoués, comme le commissionnaire portefaix Antoine Lindegger '. Cette tentativede réunir, à Genève, dans un groupe spécial les éléments les plus avancés, pour les occuper à des discussions théoriques sur les principes du socialisme, était une œuvre mort-née : le petit cénacle ainsi formé ne réussit pas, malgré ses efforts, à attirer la masse ouvrière à ses séances publiques ; mais il n'en suscita pas moins des jalousies et des défiances ; et il devait fournir quelques mois plus tard, à certains pêcheurs en eau trouble, un prétexte bienvenu pour fomenter la discorde dans l'Internationale à Genève et favoriser les intrigues de ceux qui voulaient détruire ou exploiter l'organisation naissante du parti du travail '\

Une fois fondé, le groupe genevois de l'Alliance demanda au Comité central des Sections de Genève son admission dans la fédération locale des Sections de l'Internationale. « Le jour où cette demande fut présentée, le Comité central n'était pas en nombre, les deux tiers au moins de ses membres étaient absents. On ne décida rien, ou plutôt on décida qu'il lallait remettre cette décision jusqu'après le Congrès des Sections romandes qui devait se réunir à Genève dans les premiers jours de janvier 18O9 pour constituer délinitiveraent la Fédération romande. » (Extrait du Rapport sur l'Alliance rédigé en 1871 par Bakounine, — extrait inséré dans le ]\[émoire de la Fédération Jurassienne, Pièces justificatives, p. 46).

Les élections pour le renouvellement du Grand-Conseil du canton de Genève devaient avoir lieu le dimanche i5 novembre. Le groupe qui avait publié le Manifeste au peuple de Genève décida de présenter dans les trois collèges électoraux des listes de candidats : dans le collège de la ville, qui nommait quarante-quatre députés, tous les candidats furent des socialistes, qui avaient adhéré au programme du parti ; dans les deux collèges de la campagne, qui nommaient, l'un (rive gauche), quarante et un députés, l'autre (rive droite) dix-neuf, on avait fait une place, à côté des socialistes, à un certain nombre de radicaux, comme Antoine Carteret, le D''DuchosaI, Alexandre Gavard, etc. ^ Mais le résultat fut piteux. La Liberté du 21 novembre l'annonça à ses lecteurs en ces termes :

Aux socialistes.

Ainsi que nous lavions prévu, les listes socialisles n'ont réuni, dans les trois collèges, qu'un très i)otit nombre de voix. A Genève, ce chillre a été de cent trente à cent quarante bulletins ; à Carouge (Rive gauche), où un certain nombre de nos amis ont voté, pour celte fois encore, avec les radicaux dans la crainte d'un succès d(>s ultramontains, ce cliitlre n"a été que de vingt bulletins ; à la Rive droite, même résultat.

Nous ne sommes donc que cent, — pour ne [)as disputer sur les chidres, — cent socialistes dans le canton tic Genève, c'est-à-dire

rite. Après le Con^Tcs, il passa (juclques jours à Clarens chez .loukovsky. Son adhésion à l'Alliance de la démocratie socialiste ne fut que momentanée ; il s en éloigna bientôt.

1. Les noms de Brosset, de Duval et de liuétat, qui étaient pourtant membres du Bureau central, ne (ij^urent pas dans cette liste, je ne m cxplitiue pas pourquoi.

2. C'est la mon a|ipréciation personnelle. L'équité exige que jo fasse connaître celle de Hakounine, qui n'est pas la même; on la trouvera plus loin, au chapitre X de la Deuxième Partie.

3. bans le Mémoire de la Fédération jurassienne, j'ai écrit par erreur (page 40) que l'Inlernalionale à Genève était entrée en lice avec une liste de candidats « exclusivement ouvriees ».

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cent citoyens résolus à ne plus rien demander <ît à ne plus rien accordw aux ancicms jjartis, à ne rechercher le pro<^rès de la démocratie que par nos pro[)rcs ressources et par notre loi dans les principes de la révolution.

Ce furent les candidats conservateurs qui furent élus dans le collège <lc la ville et celui de la Uive droite;, les candidats radicaux dans celui de la Rive gauche.

Comtucnt élait-il possible que l'Internationale, qui comptait à Genève ses membres par milliers, n'eût pu grouper sur le nom de ses candidats qu'une centaine de voix? « C'est que les ouvriers du bâtiment, presque tous étraugers, n'avaient pu voter ; et que les ouvriers de la « fabrique », enrôlés dès longtemps dans l'un ou l'autre des partis politiques bourgeois, votèrent pour des candidats bourgeois. Cet échec apprit aux internationaux sérieux que la lutte sur le terrain électoral et parlementaire n'avait aucune chance de produire un résultat utile, et ils y renoncèrent pour rentrer sur le terrain révolutionnaire ; tandis que les ambitieux ' tiraient de cette leçon la conclusion que, si on voulait obtenir une place olïicielle, il fallait absolument s'allier à un parti bourgeois .» (Mémoire de la Fédcratioii jurassienne, page 4o.)

La Section du Locle en novembre et décembre iSdS. Les achats coopératifs. Essai d'intervention dans les affaires municipales. Le mouvement du « protestantisme libéral » : première conférence de F. Buisson au Locle, id décembre. Création du Journal le l'rogres : son premier numéro, iS décembre.

Le wagon de pommes de terre que nous avions décidé de faire venir (p. 90) fut acheté dans le canton de Berne, par l'intermédiaire du chef de gare du Locle, le digne citoyen Perrelet, membre très dévoué de la Section de l'Internationale. Nous fûmes avisés de son arrivée le 9 novembre, et le soir même les principaux militants se réunirent au Caveau pour décider de quelle manière aurait lieu la vente. Un comité d'exécution et de surveillance fut nommé, dont je lis partie ; et il fut convenu que la vente se ferait le lendemain. Mais quand on eut expliqué ce qu'on attendait des membres de ce comité, tout le monde se récusa : il fallait aller à la gare, s'installer sur le wagon, mettre les pommes de terre dans des sacs, les peser, les distribuer aux acheteurs, en toucher le prix, inscrire les sommes reçues et les noms des payeurs, etc. ; or, personne n'avait le temps de quitter ses occupations pour aller à la gare perdre sa journée en totalité ou en partie ; sans compter que le genre de besogne auquel il fallait se livrer n'était pas des plus récréatifs. Heureusement qu'à côté des membres désisrnés pour former le comité il se trouva quelques volontaires qui offrirent leurs services et annoncèrent qu'ils iraient donner un coup de main. Néanmoins je n'étais pas sans inquiétude sur la façon dont les choses se passeraient. Le lendemain, retenu par mes leçons pendant la plus grande partie de la journée, je ne pus me rendre à la gare qu'à trois heures pour faire mon tour de surveillance. Le temps était beau ; il y avait de la neige, mais les chemins étaient secs. Je trouvai là trois ou quatre citoyens dévoués, appartenant à la catégorie de ceux qui, ne travaillant pas dans un atelier, pouvaient quitter leur établi sans avoir de permission à demander à un patron, et sacrifier une journée à la bonne cause. Il y avait entre autres le pierriste Ducret, caissier de notre Crédit mutuel ; le

1. Ce n'est pas seulement Catalan qui est visé par ce mot, mais les meneurs de la «fabrique », Jacques Grosselin, Henri Perret, etc.

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