Cet alinéa est de Bakouniuc
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naître « les mesures législatives (jui leur paraissaient nécessaires et suflisantes j)Our accomplir ce qu'ils appellent la révolution sociale » ; trois sténographes, choisis d'un comnmn accord, seraient chargés de publier in-ext(mso les discours des socialistes et ceux des députés, « et la France, attentive à ce grand débat, serait juge ». C'était ensuite, en réponse à ce docunicnt, une « Déclaration de socialistes de toutes doctrines » (publiée dans l'Opinion nationale du lo avril), datée du « i() germinal » et portant cent quarante-neuf signatures : les signataires protestaient contre « l'outrecuidante nianiléstation de (pielques individualités qui s'arrogent indûment le <]roit de rei)résenter le socialisme », et déclaraient que « les vaincus de juin ne discutent pas avec leurs meurtriers : ils attendent ». Ecrivant à Bakounine, le i8 ou le 19, pour lui réclamer l'article qu'il devait envoyer au Proi>Tès, je témoignai, paraît-il (j'ai oublié le contenu de ma lettre), quelque étonnement que les communistes parisiens eussent parlé avec tant de dédain des mutuellistes, membres comme eux de rinternationale '. Voici la réponse de Bakounine :
Ce 21 avril 18G9.
Ami, voici Tarticle, et encore un abonnement : M. F. Baragué, comptable, ai, quai des Bei'gues.
Je vous attends, toi et Papa Meuron, avec impatience.
Je m'étonne de ton étonnement devant la protestation des communistes parisiens contre Tolain, Chemalé et autres. Ils sont des socialistes, dis-tu. Mais il y a socialisme et socialisme. Ils sont des proudhoniens de la seconde, de la mauvaise manière de Proudhon. Ils ont le double tort de vouloir la propriété individuelle, et de vouloir vaniteusement parader et pérorer avec les bourgeois, ce qui est du temps perdu et ne peut être agréable que pour leur gloriole de demigrands esprits, — et ne peut amener qu'une sorte d'entente pourrie avec les socialistes bourgeois, tandis que nous devons nous séparer et nous compter.
Nous parlerons de tout cela à Genève.
Je vous attends avec impatience, toi et le Papa Meuron.
Ton dévoué M.
Pendant les vacances du printemps (du 24 avril au 3 mai) je me rendis à Morges, et delà j'allai passer un jour à Genève ; mais Constant Meuron, malgré son désir et malgré les invitations pressantes de Bakounine, ne put y venir avec moi. Dans cette visite à Genève, je rencontrai chez Bakounine l'instituteur Netchaïef, pour la personne duquel j'éprouvai, dès le premier instant, un instinctif éloignement : mais, comme Bakounine voyait en lui, à ce moment, le plus admirable représentant de la jeunesse révolutionnaire russe, je ne demandais pas mieux (jue de l'en croire sur parole ; d'ailleurs, Nelchaief sachant à peine quelques mots de français, il ne me lut guère possible de m'entretenir avec lui. — Perron, durant ma visite, me fit part d'un projet pour lequel il cherchait des associés et des capitaux ; il s'agissait d'acquérir l'imprimerie Blanchard à Genève (qui était à vendre), pour la transformer en une sorte d'atelier coopératif; ce projet, dans lequel il fut un moment question de me faire entrer, ne devait pas se réaliser.
Le n° 9 du Progrès, qui parut le i" mai, contenait un article intitulé L' Association internationale, dans lequel j'invitais « ceux qui doutent encore de la stupidité de la bourgeoisie » à lire V Union libérale, de Neuchâtel : ce journal avait écrit que « les meneurs de l'Internationale étaient,
i. Comme on le voit par les pièces lues au troisième procès de l'Internationale à Paris, Murât était le correspondant attitré du Conseil ;iénéral à Paris.
par rapport aux ouvriers, quelque chose comme les surveillants nègres dans les plantations du Sud de l'Amérique aux beaux temps de l'esclavage »; que «le despotisme que l'Internationale taisait peser sur ses adhérents ressemblait au fouet du surveillant d'esclaves »; je lui opposai un éloge de l'Internationale publié par le général Cluseret dans la Démocratie de Chassin. La quatrième lettre de Bakounine abordait l'étude de la «religion de l'Etat », le patriotisme, religion que l'utilitarisme bourgeois a tuée; l'auteur analysait l'idée de l'Etat, et concluait que « l'Etat a toujoui's été le patrimoine d'une classe privilégiée quelconque, et que c'est l'intérêt solidaire de cette classe privilégiée qui s'appelle le patriotisme ». Une lettre d'Espagne, signée Rafaël Farga-Fellicer, envoyait par l'intermédiaire du Progrès le salut fraternel du Centre fédéral des sociétés ouvrières de Barcelone aux classes ouvrières de la Suisse, et se terminait par les mots : « Vive la République démocratique fédérale ! » Un groupe d'ouvriers horlogers du Locle adressait un appel à ses camarades, les engageant à s'associer pour défendre leurs intérêts. Enlin un article intitulé Les massacres de Belgique donnait des détails sur les sanglants événements de Seraing (9 avril) et de Frameries (i5 avril), et annonçait l'arrestation d'Eugène Hins, membre du Conseil général belge.
Nous décidons d'en finir m^ec CouUery et la Montagne :en<enfe avec les socialistes du Val de Saini-Iniier (g mai). IV°' 10 et 11 du Progrès (i5 et ag mai). Meeting du Crèt-du-Locle {'io mai). Lettre de Bakounine à Fritz Robert {y juin). N°' 12. i3 et i^ du Progrc's (/a et 26 Juin, 10 Juillet); polémique avec la Montagne. Massacre de la Ricamaric {i - Juin). Attente de graves événements.
Cependant la Montag'ne coniinnaii à faire entendre à la Chaux-de-Fonds une note discordante, et cherchait à entraver notre propagande. Nous pensâmes qu'il fallait en finir avec Coullery, en infligeant à son journal un désaveu public ; et, dans les premiers jours de mai, nous résolûmes de convoquer à cet effet une grande réunion pour le dimanciie 3o. A cette réunion nous désirions voir se rendre non seulement les socialistes du Locle et de la Chaux-de-Fonds, mais aussi ceux du Val de Saint-Imier et quelques-uns de nos amis de Genève. 11 n'existait pas encore de relations personnelles entre les membres de la Section du district de Courlelary et ceux des Sections du Jura neuchâtelois : pour en établir et j)Our décider les ouvriers du « Vallon » à se rendre à la réunion projetée, le Locle et la Chaux-dc-Fonds envoyèrent, un dimanche, à Sonvillior et à Saint-Imier, une délégation, dont je fus. C'est de ce jour, le 9 mai 1869, que date le rapprochement entre Jurassiens bernois et Jurassiens neuclu\telois pour une action commune : rapprochement fécond, qui fut durable, et ([ui donna naissance plus tard, lorsqu'il fallut lutter, non plus contre Coullery, mais contre la domination de Marx, à la Fédération jurassienne.
Cette excursion au Val de Sainl-lmier, qui était pour moi un voyage de découverte, est restée tin de mes plus vivants souvenirs. J'étais parti du Locle pour la Chaux-de-Fonds par le premier train, avec mon ami Auguste Spichiger, ouvrier guiilocheur, (|ui connaissait déjà le district de Courtelary, où il avait travaillé; à la gare de la Chaux-de-Fonds nous attendait un camarade, (^iiarles Collier, horloger, qui devait nous accompagner, et (]ui allait voir son i)ère à Saint-Imier. Nous suivîmes à pied le chemin du col de la Cibourg, chemin charmant par cette matinée printanière, bordé d'arbres et serpentant à travers les |»Alurages et les bois. Tout eu montant, nous causions, et je racontais à mes camarades ce (|ue j'avais appris du mouvement révolutionnaire en Russie, redisant les espérances (|uc la présence de Netchaief avait fait concevoir à Ualvounine. Après avoir atteint le sommet de la montagne, frontière tlu canton de
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Berne, nous descendîmes pesdant une heure environ, et arrivâmes à Renan, premier village fin Val de Saint-Imier. Trois quarts d'heure après, nous atteignions Sonvillicr, et nous surprenions l'ami Adhf'mar Schwitzguébel en train de se faire la barbe. Après nous être reposés un moment, nous continuAmes notre marche, accompagnés d'Adhéinar, ju.s(ju'à Saint- Imior, grand village d'environ six nulle habitants (à cette é[)n(|ue), à trois kilomètres de Sonvillier. A Saint-Imier, quelques amis de Schvvitzguébel nous attendaient, et, comme il était midi, nous dlnAmes tous ensemble pour l'aire connaissance. Dans l'après-midi eut lieu une réunion des membres de l'Internationale, à larjuelle assistèrent entre autres un vieux médecin, brave homme et fervent botaniste, le docteur Simmcn, et un jeune notaire ambitieux. Boy de la Tour, qui ne resta jias longtemps dans nos rangs. Nous exposâmes nos vues et nos désirs, et nous eûmes le plaisir de nous trouver immédiatement en parfait accord avec les camarades du « \'allon » ; ils promirent de se faire représenter au meeting (jue nous convorjuions pour le 3o et qui devait avoir li(;u à l'hôtel delà Croix-Fédérale, sur le OCt-du-Locle, entre le Locle et la Chaux-de-Fonds. A sept heures et demie, nous primes congé de nos amis, et la poste nous conduisit à la gare des Convers, d'où Spiehiger et moi rentrâmes au Locle à onze heures du soir.
Il s'agissait d'obtenir aussi le concours des Genevois. J'écrivis àBakounine quehjuos jours après pour réclamer sa présence, ainsi que celle de Perron et de Heng ; il me répondit par la lettre suivante :
Ce 22 mai 1869.
Cher ami, je ne demande pas mieux que de venir et je viendrai assurément, si tu veux et peux m'aider à emprunter une trentaine de francs pour le terme d'un mois, faute de quoi, malgré toute ma bonne volonté, il me sera impossible de venir prendre part au combat si intéressant que la Révolution et la Réaction masquée en coopération vont se livrer entre la Chaux-de-Fonds et le Locle.
S'il est possible, arrange aussi les choses de manière à ce qu'on envoie vingt et quelques francs, soit du Locle, soit de la Chaux-de- Fonds, à titre d'emprunt, à Heng.
Quant à Perron, selon toutes les probabilités il ne viendra pas.
Je t'embrasse. Réponds-moi.
Ton dévoué, M. B.
L'argent tut trouvé, et la venue de Bakounine et de Heng fut ainsi assurée.
Le n° 10 du Progrès (i5 mai) contenait un article dans lequel je cherchais à montrer combien on se trompait lors(|u'on croyait avoir trouvé, dans la substitution du système des milices à celui des armées permanentes, la panacée qui devait délivrer les peuples de la guerre et de la servitude. En voici les principaux passages :
Milices et armées permanentes.
. . . Nous devons avouer que nous ne partageons point cette admiration sans bornes pour le système militaire de la Confédération suisse ; et même, que, pour nous, la dilférence entre une armée permanente et une armée de milices est si petite, que c'est comme s'il n'y en avait absolument aucune.
... La gloriole militaix^e, cette lèpre destructive de la liberté et de l'égalité, n'existe-t-elle que dans les pays qui sont affligés d'armées permanentes ? De bonne foi, pouvons-nous nier que le peuple suisse en soit aussi profondément atteint ? N'avons-nous pas, tout comme nos voisins, nos traîneurs de sabre, nos petits officiers fringants, nos
monomanes belliqueux?. . . Et des citoyens raisonnables d'ailleurs, et parfaitement inolTensifs tant qu'ils portent la redingote ou la blouse, ne deviennent-ils pas en général, dès qu'ils ont endossé leur tunique, des brutaux et des insolents qui se croient tout permis ?
Ah oui, l'esprit militaire fait autant de ravages chez nous qu'ailleurs ; et ou ne se contente pas de le llalter chez les hommes faits, on cherche encore à le faire naître chez nos enfants, qu'on déguise en petits soldats sous prétexte d'amour de la patrie.
Enfin, pense-t-on que nos milices soient réellement le peuple libre armé seulement pour la défense de ses droits, et qu'elles ne puissent pas devenir entre les mains du gouvernement un instrument passif d'oppression ? Vous vous croyez libres, citoyens-soldats ? Quelle chimère ! Oui, tant que vous êtes dans vos ateliers, vous avez toute liberté de sympathiser avec vos frères travailleurs des autres cantons et des pays voisins, de vous associer à eux, de les soutenir de votre obole s'ils réclament votre aide. Mais supposez à Bàle, à Genève, dans une de ces grèves qui se renouvelleront toujours plus fréquentes et plus terribles jusqu'à ce que la question sociale soit résolue, supposez que la bourgeoisie effrayée réussisse à obtenir une intervention fédérale ' ; que, séduite par l'exemple que vient de lui donner la Belgique, elle veuille essayer à son tour de massacrer des travailleurs : vous voilà, ouvriers suisses, recevant l'ordre de marcher contre vos frères, de tourner vos armes contre la poitrine des amis dont vous êtes habitués à serrer la main ! Oserezvous désobéir à l'ordre de marche ? aurez-vous la liberté de discuter le commandement de vos officiers ? Vous sera-t-il plus facile de déserter, à vous citoyen embrigadé, discipliné, conduit à la baguette, qu'au soldat belge ou français ? Non, et vous savez bien que le jour où la bourgeoisie voudra se servir des ouvriers neuchàtelois pour fusiller les ouvriers genevois, elle naura qu'un mot à dire, et les ouvriers neuchàtelois marchercmt. Voilà la situation, telle que nous l'a faite notre système de milice. Et quelle que soit, en eftet. l'organisation militaire d'une nation, le soldat sera toujours une machine aveugle, un instrument passif, prêt à s'immoler lui-même dans la personne de ses propres frères.
Qu'on ne se laisse donc pas prendre à la rhétorique et aux sophismes de ces démocrates hypocrites qui ne savent promettre au peuple que des cliangements de mots, et qui ne veulent pas ciianger les choses. Qu'on se le persuade bien : 1 armée, qu'elle s'appelle milice nationale ou garde impériale, est incompatible avec la liberté ; tout comme l'Etat, qu'il s'appelle monarchie ou république, est incompatible avec la liberté. Aussi, lorsque l'Europe se décidera enfin à chercher son salut dans la Révolution, elle ne se contentera pas, espérons-le, de troquer la monarchie contre la répul)li([ue bourgeoise, et les armées permanentes contre les milices : elle s alfranchiru pour toujours en détruisant l'Etat et en supprimant l'armée.
Bakounine n'avait pas trouvé le temps, cette fois, d'écrire son arlicle habituel; et, pour le reuipluccr, j'avais pris dans la l'enst^e nouvelle luie étude philosophique d'Emmanuel iiriani, inlilulée « Mérite et valeur », où
1. C'est-à-dire l'inlervintion du f,'ouvorneinent fédt^ral, siégeant à tieriie, dans les allaircs intérieures du canton où a lieu la grève, par l'envoi des milices d'un canton voisin.
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était développée cette idc'e, que la moralité n'est pas attachée à l'efîort, et que les notions de niérile cl de démérite doivent être éliminées de la morale. La suite de mon « l^lxamen du christianisme » terminait le numéro.
A peine le n" lo du Projj^rOs avail-il paru, que l'allitude du ^'ouvernement vaudois dans une j^réve des tailleurs de pierre et maçons (h; Lausanne venait atlcslcr la vérité de ce (lue nous uflirmions au sujet de l'emploi des milices contre les travailleurs : un bataillon d'iulanterie avait été appelé contre les grévistes (26 niai). En même temps, j'apprenais la mort douloureuse de Jeanne IJrismée (2/5 mai), la jeune lemme de Ilins, (ille de Désiré Brismée, l'imprimeur de V Internationale . En France, Paris et Lyon, aux élections des a'j et 24 mai, venaient de donner dans plusieurs circonscriptions la majorité aux candidats « irréconciliables ». Sous le coup de toutes ces nouvelles, j'écrivais la lettre qui suit :
Il m'est impossible ce soir d'être calme : je sufloque d'indignation, et je suis dans une fièvre d'anxiété. Coup sur coup nous arrivent, de Bruxelles, de Paris, de Lausanne, des nouvelles qui me mettent hors de moi .
A Bruxelles, on a lâchement assassiné une pauvre jeune femme, la belle-sœur de mon ami De Paepe ; les journaux belges donnent les détails de cette infamie. Je me possède à peine en t'écrivant. Je voudrais que l'heure fût venue de prendre un fusil et d'écraser enfin ces brigands.
A Lausanne, sept cents ouvriers du bâtiment sont en grève. Ils restent parfaitement calmes. L'Europe les soutient. Et le gouvernement vaudois fait ce que ni Bâle ni Genève n" avaient osé faire : il appelle des troupes, il provoque à la guerre civile. Et c'est votre ami, M. Estoppey *, qui a signé l'odieuse proclamation que je viens de recevoir. Il va être flétri devant le monde entier. Heureusement que les ouvriers sont plus sages que leurs maîtres : de toutes parts nous leur écrivons de rester calmes, et ils le seront.
Enfin, à Paris et à Lyon, le socialisme a triomphé au scrutin ; la république bourgeoise est battue : Raspail, Bancel, Gambetta sont nonnnés ^ Voilà qui pourrait changer la face de l'F^urope. Oh ! pourvu que nos amis soient prudents !
. . . Mais quoiqu'il puisse te paraître que j'ai la fièvre en ce moment, je sais me posséder assez pour calmer les autres. Il faut faire le Progrès, aviser aux afîaires de Lausanne et du meeting \ Je viens d'écrire un article au sujet de Jea'nnc Brismée, la femme de Hins \ Je suis sans nouvelles de Genève '. (Lettre du mercredi 26 mai 1869.)
Le numéro 1 1 du Progrès (29 mai) parlait, à la première page , de la grève de Lausanne. Il disait :
Ce que le gouvernement n'avait osé faire ni à Bàle, ni à Genève, on l'a fait à Lausanne : un bataillon d'infanterie a été appelé immédiatement.