Grosselin, monteur de boîtes [Hoie ûeV Egalité
importantes, — qu'ils sauront bien accomplir eux-mêmes et directement quand le jour sera venu, — mais simplement dans le but de renverser un pouvoir détesté.
« Non, il n'y a pas, il ne peut pas y avoir d'alliance entre l'Internationale et les partis politiques, qui tous, au fond, ne veulent que la possession du pouvoir, tandis que l'Internationale veut Vabolition de tout POUVOIR... L'Internationale veut... la révolution sociale rendant en un jour à l'ouvrier ce qui lui appartient légitimement, ce qu'on lui vole depuis des siècles ; la révolution sociale qui contraindra les exploiteurs de tous genres à travailler pour vivre, en leur ôtant la possibilité de vivre du travail des autres...
« Peut-être, en attendant mieux, — et c'est notre opinion, — aurait-il été préférable que les ouvriers, n'intervenant dans la politique que dans le but de sauvegarder, autant que faire se peut, les intérêts du travail, eussent constitué un groupe à part, et évité ainsi une situation qui n'est pas sans danger ; mais puisqu'ils ont en quelque sorte été forcés de la prendre, et, il faut le reconnaître, puisque le besoin de se mêler aux luttes des partis politiques est encore si vivace et si unanime parmi les ouvriers genevois, félicitons-nous au moins de ne plus les voir, appartenant à des fractions différentes, en hostilité les uns contre les autres ; espérons que, formant la très grande majorité du parti radical actuel, ils sauront faire disparaître les tendances bourgeoises qui s'y font encore jour, et lui imprimer un caractère vraiment populaire, une marche plus radicalement progressive que celle suivie par lui dans ces dernières^années.
« Sans l'intervention déplacée du nom de l'Internationale dans les affaires de la politique genevoise, nous n'aurions pas abordé ce terrain, que, du reste, nous avons toujours soigneusement évité ; mais puisque, malgré nous, nous avons dû toucher à ce sujet, qu'il nous soit permis, en terminant, de faire une recommandation que nous suggèrent les conditions nouvelles où se trouve la classe ouvrière à Genève : c'est qu'elle veuille avec résolution les réformes qui sont un acheminement à un autre ordre social et pour l'accomplissement desquelles il n'est pas nécessaire d'attendre de grands événements. Ce sera toujours cela de fait pour le moment où la révolution sociale débarrassera une fois pour toutes le travail de ses exploiteurs, les bourgeois, comme la révolution du siècle passé a débarrassé la bourgeoisie de la noblesse. »
Gel article affirmait nettement la doctrine révolutionnaire ; mais en même temps il engageait les ouvriers à travailler « aux réformes qui sont un acheminement à un autre ordre social » ; son auteur avait même poussé l'esprit de conciliation jusqu'à déclarer que c'avait été chose naturelle et louable de la part des ouvriers genevois d'avoir donné leurs suffrages au'x candidats radicaux dans le désir d'éloigner des affaires publiques les conservateurs, qui s'étaient montrés haineux et violents, et à exprimer l'espoir que, pour complaire aux travailleurs qui formaient la très grande majorité du parti radical, celui-ci suivrait une marche « plus radicalement progressive ». Grosselin et ses amis auraient dû trouver tout cela très bien : ils le trouvèrent en eff'et ; mais il n'eu restait pas moins dans l'article, comme note dominante, la formidable menace d'expropriation révolutionnaire : et ces mots-là, ils n'en voulaient pas, il fallait arriver à faire qu'on cessât de les prononcer.
Le jour même où paraissait ce numéro de V Egalité avait lieu au Gercle international une de ces réunions qu'on appelle à Genève un change />a/iaZ, réunion organisée par les sociétés ouvrières de la fabrique. Grosselin, le candidat malheureux, monta à la tribune, et y fut accueilli a par les marques de la plus grande sympathie ». 11 ne parla pas de politi([ue ; il se borna à reconmiander la solidarité, l'union, l'étude, et termina par un éloge de V Egalité, à laquelle il décerna un témoignage de complète satisfaction. « \J Egalité, dit-il, a actuellement une rédaction qui lui semble être la bonne ; c'est le journal socialiste le mieux renseigné sur la marche du
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mouvement ouvrier en Europe et en Amérique. Chacun doit y être abonné '. » Perron remercia, cl exprima l'csjjoir que l'appel de Grosselin serait entendu, et que les ouvriers de la labrique, en s'abonnant en masse, voudraient contribuer à taire prospérer l'organe fédéral, dont l'existentée était dés mainlenanl assurée par l'abonnement rendu obligatoire dans les autres Sections <le l'Internationale de (îenève, dans une partie <le celles du canton de Vaud, et dans celles du canton de NeuclijYtel.
Mais dès le numéro suivant, VKgalité, reprenant la question de la participation aux élections, la traitait à un autre point de vue, et disait (cette fois c'était Robin qui avait tenu la plume): «Nous constatons avec un bien grand regret une tendance funeste qui se manifeste chez les travailleurs de tous les pays à introduire quelques-uns des leurs dans les gouvernements actuels, afin d'y obtenir quelques avantages immédiats pour la classe ouvrière ». Elle citait un article de la Liberté, de Bruxelles, sur la représentation du travail, c'est-à-dire sur la création de « Chambres du travail », constituées par les ouvriers en dehors de l'organisme gouvernemental et en opposition aux Chambres politiques ; dans cet article, on lisait des choses comme celles-ci : « Le jour où elle tomberait dans le parlementarisme, c'en serait fait de l'avenir de la classe ouvrière; elle serait prise dans l'engrenage de la politique dite progressiste. . . Siun seul ouvrier participait au gouvernement de la Belgique, quel opprobre pèserait sur la classe ouvrière après une fusillade comme celle de l'Epine, ou en présence d'une loi comme celle de la milice !... Les républicains socialistes n'acceptent aucun rôle, aucune fonction dans un gouvernement basé sur l'exploitation. » L'Egalité approuvait ce langage, et disait aux travailleurs qu'ils ne devaient réclamer des gouvernements que «la liberté indispensable à leur organisation séparée. Et quand les travailleurs, à qui l'on ne peut refuser ce droit, en auront complètement usé, leur nouvelle organisation n'aura pas besoin de s'arranger avec le vieil Etat autoritaire, elle le remplacera. »
11 y avait là un désaveu bien net des candidatures ouvrières, — et par conséquent de la candidature de Grosselin ; les ouvriers de la fabrique ne furent pas contents, — ni Grosselin non plus, comme bien on pense.
A propos de la politique genevoise, je dois mentionner l'exécution sommaire que fit VÈgalité d'un homme qui pendant quelques mois, en 1868, avait marché dans les rangs de l'Internationale, le politicien journaliste Adolphe Catalan. Depuis longtemps son journal, la Liberté de Genève, n'était plus que l'organe de son ambition personnelle et de ses mesquines intrigues. Dans son numéro du 18 décembre 1869, ce journal osa imprimer que VEgalité « pactisait avec les moines et les couvents ». \J Egalité (n° 49> 25 décembre) répHqua en ces termes (la réplique est de Perron) : « A quel propos Monsieur le rédacteur de la Liberté nous calomnie-t-il ?, . . Il n'est pas honnête, pour un homme sachant ce qu'il fait, d'être avant-hier radical, hier collectiviste, demain autre chose... VEgalité ne s'est jamais occupée de lui ni de ses ambitions, ni de ses volte-face... ; mais elle ne veut pas lui permettre de venir aujourd'hui, pour la troisième fois, chercher à exciter les ouvriers contre leur propre journal. , . Les ouvriers, soyez en
V 1. Cinq mois plus tard, après la scission, la Solidarité rappela ce satisfecit délivré par Grosselin à la rédaction de VEgalité d'alors. Outine répondit {Egalité du 7 mai 1870) que, <( lorsque le citoyen Grosselin disait que la rédaction de l'Egalité lui semblait être la bonne, il précisait bien ce qu'il entendait sous cette expression : « (.'est le journal socialiste le mieux renseigné sur la marche du mouvement « ouvrier en Europe et en Amérique. » Je n'en persiste pas moins à croire que, le 27 novembre, l'éloge de Grosselin s'adressait, non pas tant à Becker et Outine, qui rédigeaient (sauf pour la France et la Belgique) les renseignements sur le mouvement ouvrier éttanger, qu'à Perron, qui avait approuvé les ouvriers genevois votant pour la liste radicale. Mais je dois reconnaître qu'il ne sadres?ait pas — comme semble l'indiquer l'article de la Solidarité — à l'esprit socialiste révolutionnaire de l'ancienne rédaction.
sûr, monsieur, ne sont plus tout à fail des imbéciles ;. .. ils savent fort bien que vous n'avez d'autre mobile qu'une ambition dévorante, d'autres convictions que celles qui peuvent la servir, . . A bas le masque, monsieur Adolphe Catalan. »
Les questions locales n'absorbaient pas toute notre attention et toute notre activité. Nous avions les yeux (ixés sur ce qui se passait à ce moment autour de nous dans les pays voisins : en France, où une agitation grandissante semblait annoncer la fin prochaine de l'empire ; en Belgique, pays où l'internationale était devenue une puissance ; en Espagne, où nous avions maintenant des amis personnels, et où les soulèvements des carlistes et des républicains fédéralistes faisaient croire à l'impossibilité de rétablir une monarchie nouvelle ; en Allemagne même, où nous suivions la querelle des lassalliens et du parti d'Eisenach, sans réussir à la comprendre. Pour mon compte, ces questions internationales m'intéressaient beaucoup plus que les querelles de ménage des Genevois, les «potins» du Temple-Unique, — choses que d'ailleurs je ne connaissais que très imparfaitement, et sur lesquelles je n'ai été mieux renseigné que plus tard : Genève, je dois l'ajouter, a toujours été pour moi terre étrangère, et ce n'est que dans les montagnes jurassiennes (jue je me sentais à l'aise, dans un milieu sympathique et véritablement socialiste.
En France, un nouveau massacre d'ouvriers, à Aubin, dans l'Aveyroa (8 octobre), à l'occasion d'une grève de mineurs, avait provoqué l'indignation générale ; et « après la tragédie vint, selon l'usage, la farce judiciaire» : un certain nombre de grévistes, traduits devant le tribunal correctionnel, furent condamnés le i5 novembre à la prison. D'autres grèves, celle des mégissiers de Paris, des lileurs de laine d'Elbeuf et de Darnétal, etc. , remplissaient les colonnes des journaux. Dans un vaillant journal hebdomadaire, le Travail, organe des sociétés ouvrières de Paris ', Varlin avait traité la question de la grève : il avait montré que si, au point de vue des améliorations matérielles, la grève « n'était qu'un cercle vicieux dans lequel les efforts des ouvriers semblaient tourner indéfiniment», à un autre point de vue, «l'organisation des forces révolutionnaires du travail», elle était le moyen par excellence. « Bientôt, ajoutait-il, quand nous serons tous unis, comme nous sommes les plus nombreux et comme la production tout entière est le résultat de notre labeur, nous pourrons exiger la jouissance de la totalité du produit de notre travail. » UEg-alité reproduisit l'article de Varlin dans son numéro du 20 novembre. En même temps, des élections complémentaires à Paris (aï novembre, puis 5 décembre) fournissaient une nouvelle occasion d'agitation. Les socialistes français n'eurent pas de candidats à eux : mais ils profilèrent des circonstances pour éclairer les masses populaires ; leur tactique fut expliquée en ces termes par Varlin dans une correspondance adressée à l'Egalité (n° 4^, 4 décembre) : « Nous
1. Lft Travail, qui s'appela d'abord le Commerce, avait été créé par un employé de commerce nommé Douvet. Après avoir duré quelques mois, il dut cesser sa publication en décembre 18G9. Llne lettre de Varlin à Aubry, de Rouen, du 25 décembre 1869, donne les détails suivants à ce sujet : « Le Travail est bien mort ; il ne reparaîtra plus. . . Ce journal avait été créé par linitialive de Douvet et avec ses propres ressourscs ; le cautionnement avait été emprunté par lui ; enfin, c'était sa propriété : or, le journal ne faisant pas ses frais, il a fallu s'arrêter. Douvet a eu le tort, dans cette alTaire, de ne pas nous prévenir quelque temps à l'avance, car nous aurions peut-être trouvé moyen d'assurer son existeiu-e. Il a agi seul, et ce n'est (ju'au dernier jour qu'il nous a annoncé qu'il ne pouvait plus aller et qu'il cessait, de paraître. La lin désastreuse de la grève des employés do commerce a été le dernier coup porté au Travail, qui avait été fondé avec le concours de la Chambre syndicale des (employés de commerce, sous le titre le Com merci'. Un grand nombre d'abonnés parmi les employés île commerce avait assuré son existence pendant les premiers temps ; après leur déroute, ils n'ont pas renouvelé leurs abonnements. Prévenus à temps, nous aurions pu parer à cette dilliculté. Maintenant, tout est fini de ce côté, il faut nous retourner ailleurs, n
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jouissons depuis quelques mois d'une liberté relativement assez large ; ce
n'est pas un droit reconnu, il est vrai, ce n'est que de la tolérance
Quant il nous, socialistes, nous profitons hardiment de la latitude qui nous est laissée ])our accroître nos l'orccs par une ac-tive profta^'ande et détruire le presli^^e de toutes ces j)crsoniialités l)ourgeoih(!s, plus ou moins rarlicales, qui étaient un danger sérieux pour la révolution sociale. l>ei)uis les élections générales (mai), un i)rogrès innnens(! a été accompli. Le parti socialiste n'a pas posé de candi<lats aux élections générales ni aux élections complémentaires qui viennent d'avoir lieu, mais les orateurs socialistes ont lait prendre aux candidats radicaux que le peuple acclamait, et ({u'il était impossible de ne pas nommer, des engagements qu'ils ne devaient pas tenir, et leurs défaillances successives nous ont permis de montrer leur incurie et de désillusionner le peuple sur leur compte. » Rochei'ort fut élu à Belleville le 21 novembre ; le 9 décembre paraissait le premier numéro de la Marseillaise, dans laquelle Kochelort fut chargé de la partie politique, tandis que la partie sociale du journal et la direction étaient confiées à Millière, qui bientôt s'associa des membres de l'Internationale, anciens collaborateurs du Travail.
Après le Congrès de Bâle, un des délégués espagnols, Sentfnon, avait fait un voyage en Allemagne et en Belgique pour y prendre des renseignements sur diverses questions techniques, en vue d'une prise d'armes éventuelle des ouvriers de la Catalogne. A son retour, en novembre, il s'arrêta chez moi, à Neuchâlel. C'était un homme d'un caractère doux et affable, très instruit, à la contenance calme et presque timide ; il avait fait ses études de médecine à l'université de Vienne, en Autriche, et parlait l'allemand comme un Allemand . 11 y avait un mystère dans sa vie, mystère que j'ignore et n'ai pas cherché à savoir : il l'avait confié à Bakounine, qui, en passant à Neuchâtel à la fin d'octobre, m'avait parlé de lui avec beaucoup de sympathie. Sentiiîon désirait voir chez eux nos camarades des Montagnes, et, le 23 novembre, sur son désir, je le conduisis au Locle, où, à l'occasion de son passage, avait été convoquée une assemblée générale des trois Sections locales, assemblée à laquelle assistèrent également des délégués de la Chaux-du-Milieu, de la Chaux de-Fonds, du Val de Saint- Imier et de Neuchâtel. Le Progrès (n° 24, 27 novembre) rendit compte de cette réunion; voici quelques extraits de son compte-rendu:
La séance a été ouverte à huit heures du soir par Aug. Spichiger, président du comité local, qui a annoncé qu'il y aurait le dimanche 5 décembre un meeting aux Ponts, et le dimanche 12 décembre un autre meeting à Bienne.
La parole a été donnée ensuite à Sentifion, qui s'est exprimé à peu près en ces termes :
« En Espagne, comme vous savez, le parti républicain avait pris les armes le mois passé pour empêcher l'élection d'un roi. Cette insurrection a échoué, parce que les républicains n'avaient pas su gagner l'appui des ouvriers. En eflet leur but était purement politique. . . Malgré la défaite des républicains, la situation en Espagne est loin d'être défavorable ; ... et lorsque l'état de siège sera levé, on réussira très promptement à faire adhérer de toutes parts les ouvriers à l'Internationale. L'Espagne a un avantage sur d'autres pays catholiques : le clergé n'y a aucune influence, sur les hommes du moins. Dabord, chose fort réjouissante, il n'y a j)lus de moines en Espagne ; et la haine contre cette espèce-là est si vive, que, si un moine osait se montrer dans les rues d'une ville, il serait infailliblement lapidé. Quant au clergé séculier, il est méprisé Une autre
chose de bon augure pour le socialisme en Espagne, c'est que l'anta-
gonisme entre les paysans et les ouvriers n'y existe pas. Les paysans désirent une révolution encore plus que les ouvriers des villes. En Catalogne, c'est un t'ait connu que les paysans sont communistes. . . . Vous le voyez, les nouvelles que j'ai à vous donner sont bonnes, et je serai heureux d'avoir à en rapporter de vous de bonnes aussi à mon retour à Barcelone. »
Guillaume, de Neuchâtel, remercie Sentinon. . . « L'exemple des ouvriers espagnols, dit-il, est digne d'être imité ; ... ils ont refusé de se laisser entraîner sur le terrain de la politique telle que l'entend le parti républicain. Malheureusement, dans plusieurs pays, les ouvriers ne comprennent pas encore clairement la question sociale, et se montrent moins sages que les Espagnols : ainsi en Hollande, dans le meeting tenu dernièrement à Rotterdam, les ouvriers ont décidé que la chose la plus importante pour eux était d'obtenir le suflrage universel ! Que ne font-ils comme leurs voisins les Belges, qui ne perdent pas leur temps à réclamer une souveraineté populaire illusoire et qui consacrent toute leur énergie à organiser foi'tement l'Internationale. Ici, en Suisse, nous devrions savoir que le suffrage universel est absolument impuissant contre les abus sociaux, et que l'ouvrier, lorsqu'il croit exercer un droit en allant voter, ne fait que donner son assentiment à un régime organisé pour maintenir les privilèges de la classe bourgeoise ...»
Heng, de la Chaux-de-Fonds, parle de la crise que traverse en ce moment la Section de cette localité. Cette crise est venue des alliances politiques contractées par certains soi-disant socialistes, dont nous nous séparons hautement. . . On trouve encore à la Chaux-de-Fonds trop d'esprit de clocher ; on n'a pas ce sentiment véritablement international, qui doit faire prendre intérêt aux luttes et aux souffrances de nos frères travailleurs du monde entier. . . Cependant il faut espérer qu'avant peu la Chaux-de-Fonds verra se former une fédération ouvrière qui travaillera d'une manière convenable à réaliser le but de notre Association.
Schwitzguébel, de Sonvillier, raconte ce qui se passe au Vallon de Saint-Imicr. Là, les Sections internationales avaient été fondées, il y a trois ans, dans un but d'agitation politique, par des ambitieux qui voulaient s'en faire des marchepieds. Il a fallu du temps et des efforts pour ramener les ouvriers du V^allon, égarés parées messieurs, au véritable socialisme. Aujourd'hui le mal est réparé, tout marche dans un excellent esprit. . . Il parle aussi des résultats du meeting de Sonceboz : plusieurs ouvriers énergiques, habitant des localités qui n'ont pas encore de Sections, avaient promis au meeting de travailler à en créer ; mais, devant les menaces et les vengeances de certains patrons, ils ont dû renoncer pour le moment à leur œuvre. . .
Des remerciements sont votés à deux délégués de la (^ihaux-du- Milieu qui assistent à l'assemblée, et qui sont venus ilans l'intention de chercher à implanter l'Internationale dans la vallée de laBrévine*.
En tête de ce numéro du Prog-rôs se trouvait un avis annont^-anl que désormais le journal paraîtrait tous les imit jours, au prix de ô IVaiics par an. En moins d'une année, la petite feuille volante, à périodicité incertaine
1. Le compte-rendu de cette assemblée fut reproduit in-extenso pur l'Egalilé, numéros des 4 et il décembre.
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au fic'but, puis se risquant, au bout de trois mois, à paraître tous les quinze jours, avait rrussi à consolider délinilivenient son existence et à devenir hebdomadaire. Le comité de rédaction annonçait (ju'il chercherait à l'aire du l'r'Oi^rOs «un organe actif de [)ro[)U}4ande pour l'Association internationale dans le cantoïi de Neuchi\lel et le Jura bernois ».
Senlinon allait rentrer en Esj)ag'ne en j)assant f)ar Lyon et Marseille. Il l'ut décidé entre nous (luc je me rendrais à Lyon avec lui pour y visiter les socialistes lyonnais.. )erejoi<ïnis Sentinon à (îenève le vendredi :{ décembre ; j'y passai la soirée avec lui, Uobin et l'eiron. Fut-ce à ce moment que je fis une copie, pour l'emporter à Lyon et la remettre à Albert Hichard, d'un vocabulaire chilï'ré élaboré par liakounine — qui avait la manie des dictionnaires secrets et qui en imaginait à chaque instant un nouveau — de concert avec Sentinon et Farga-l*ellicer, ou bien Bakounine m'avait-il remis ce vocabulaire à son passage à Neuchâtel en octobre (ou encore Sentinon me l'avait-il apporté en novembre) et était-ce chez moi, à Neuchâtel, que je l'avait copié ? Je ne sais plus, et d'ailleurs il n'importe. Robin me donna l'hospitalité pour la nuit, dans l'appartement de Serno-Soloviévitch qu'il occupait. Le samedi je partis avec Sentinon pour Lyon, où nous arrivâmes vers le soir. Albert Richard était venu nous attendra à la gare de Perrache, et nous emmena fort loin, le long de la Saône, jusqu'au quai de Serin, où il habitait, au n° 20, chez ses parents. Nous y fûmes rejoints par André Bastelica, un jeune socialiste marseillais, d origine corse, qui arrivait de Marseille sur une convocation qui lui avait été adressée : il avait obtenu un congé d'un jour du négociant grec chez lequel il était commis. Je me souviens que le père d'Albert Richard, le vieil ouvrier tisseur Honoré Richard, avait du travail de nuit, et nous quitta pour se rendre à l'atelier, emportant quelques provisions et un flacon de vin. Pour nous, après avoir soupe frugalement avec du pain et du fromage persillé, nous nous entretînmes de la situation jusqu'à une heure assez avancée. Bastelica devait coucher chez Richard ; quant à Sentinon et à moi, nous dormîmes dans un garni du voisinage.
Pour occuper la matinée du dimanche, nous allâmes rendre visite à la citoyenne Virginie Barbet, correspondante de l'Egalité, qui tenait un cabaret dans les environs d'une caserne*. Je me sentais fort dépaysé, depuis mon arrivée, dans ce milieu si différent de celui où je vivais; j'en recevais une impression défavorable, et cette impression ne lit que s'accroître dans la réunion privée qui eut lieu l'après midi. A cette réunion avaient été convoqués une vingtaine de militants, hommes d'action, m'avait-on annoncé ; les choses que j'entendis dans ce conciliabule me donnèrent l'idée la plus fâcheuse du groupe « révolutionnaire » au sein duquel Albert Richard jouait le rôle de premier ténor. Je gardai mon impression pour moi, jugeant inutile de la communiquer à Sentinon, qui d'ailleurs observait de son côté la plus grande réserve : je n'ai jamais vu d'homme si strictement boutonné. Le soir, nous dînâmes ensemble, Sentinon, Bastelica, Albert Richard et moi, chez Louis Palix, ouvrier tailleur. Cours Vitton, ^1, aux Brotteaux. Palix était un homme d'âge, au visage ascétique qu'encadrait une barbe noire, à la parole grave et lente ; j'avais t'ait sa connaissance deux ans auparavant au Congrès de Lausanne, et je l'avais retrouvé au Congrès de Bâle ; de tous les Lyonnais que j'avais vus dans ces deux journées, c'était le seul jjour qui je me sentisse une sympathie i-éeile et qui m'inspirât de la confiance. A la table de famille s'assirent avec nous M™' Palix, une veuve remariée, qui exerçait la profession de sage-femme, et les deux enfants qu'elle avait eus de son premier mariage, Narcisse Barret, qui prit une part active aux mouvements révolutionnaires des deux années suivantes, et sa sœur dont j'ai oublié le nom. Sentinon et Bastelica devaient prendre ensemble à Perrache le train de Marseille, vers minuit (car Bastelica était tenu de rentrer à