A LA ROTONDE
« Il a été décidé à runaaimité, dans la réunion tenue à la Rotonde, le 24 septembre 1870, les résolutions suivantes :
c Considérant :
c 1** Qu'il n*y a rien de plus contraire au droit démocratique et de plus dangereux pour la souveraineté du peuple que Torganisation hiérarchique et autoritaire de Tarmée.
« 2** Que tous les officiers actuels, nommés sous le régime bonapai»tiste et attachés à ce régime par leui* intérêt et par leur caractère, ne peuvent être de sincères défenseurs de la Répubhque : le peuple reconnaît que les citoyens militaires ont le droit et le devoir de nonmier eux-mêmes leurs officiers, déclare, en conséquence, les officiers actuels déchus de leurs fonctions, et invite, au nom du salut de la France et de Tavenir de la Révolution, les citoyens soldats à procéder immédiatement aux nouvelles élections*
« Pour le barotu :
c Le président : SAIGNE. »
Voilà ce que Ton osait dire, écrire, imprimer et afficher pendant que les Prussiens assiégeaient Paris ! Voilà le langage que les coryphées de ï Internationale ei de la démagogie tenaient à Tarmée !
Réunion du 26 septembre. C'est dans cette réunion, plus nombreuse que celle du 24 et où assistaient les ouvriers des chantiers nationaux, convoqués spécialement à cet effet par des délégués de la rue Madame *, que fm'ent dévoilés les projets séditieux auxquels avait fait allusion Gaspard Blanc lorsqu'il parlait d'une bataille imminente, La question fut nettement
1 Ces délégués étaient Favre et Bourron pour les chantiers de Bron; Charvet, pour la Croix-Rousse et les chantiers dépendants; Guillermbt, pour le chantier de la gare de Genève.
ET LE JACOBINISME. m
posée : il s'agiesail de constituer un gionverfiement nouveau sous le titi'e de Fédération révolutionnaire des communes, de supprimer toutes les lois, toutes les institutions et de concentrer le pouvoir entre les mains d'une invention révolutionnaire I réunie à Lyon et d'un Comité de salut public établi dans chaque I commune de France.
Cette organisation était l'oeuvre de Bakounine, de Ricliard et l'de Saignes; ils avaient eu soin d'en formuler par écrit les prin- I cipes, aUn que le peuple pût se prononcer en parfaite connais- I sance de cause sur les mesurer radicales dont l'adoption lui [■ était proposée.
Au déliut de la séance, le citoyen Clieval, qui faisait alors ses premières armes, rendait compte de la mission dont il avait été chargé auprt-s du Comité do la guerre dans le but d'obtenir l'élargissement de tous les militaires détenus poui' délits politi- ■^es. • Le Comité, s'écriaitril, est impuissant ; il est enchaîné I par des volontés ennemies. C'est au peuple à briser ces I obstacles. • 11 était ensuite donné lecture du procès-verbal de la réunion pâu 24. Le président Saignes, qui se piqufùt d'être conséffuent Kavec ses principes, exphquait à l'assemblée que la mesure idoptée à- l'égard des richards n'était nullement en conlradiclion FÎBvec le grand principe républicain de l'abolition do la peine demort : il en donnait pour motif ipi'il devait exister une oxccplion îû faveur des IraUrfs.
Le citoyen Beauvoir ' monte ensuite à la tribune : il est Lporteur du document sur uk féubhatiom tiivOLUTiûNNAinE des tOHHUNEs rédigé pai- le trium\irat Flichard, Saignes et Bakouniuo. B foule applaudit à la lecture de ce factum incendiaire, dont la ^Uneur est adoptée â l'unaiiimité. On annonce que des adlches Hit été faites et qu'elles seront placardées le lendemain sur tous
< Beauvoir, cx-meinlire dn Comité de mIdI publie, ex-eapi laine iitjadstiw r iB*iot ia dortli àet éclajr«urs rèpablicuDS dn RhAne, devenu plus Inrd s»cr£ttire lie l'pn dci conumsiairei da police de Lyon. It > revctiiliqué, ilans pla- «ieD» leUrvB livrées à la publirilé. l'honDeni d'avoir, le 6 JQiu I83Î. joa£ Mt UW dans la rnndu Fanboorg-Sainl-Anloine. i Pari*, «t expliqué qui' la maidtMtalion du S8 septembre n'avait d'aaire liai qne de briser l'aninponisme dei pouvoirs eiïil! ei mîlilain-s «l de faire haiiîcr la l*le à la réaclion. (lonrnal , la Commune, naoïéro du T ocloi)» 1870, Docamenti juiUlicalift, Vidra XI.
les murs de la ville. Où trouver un appel aux armes plus formel et plus significatif ? Qu'on en juge par la lecture de ce manifeste :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
FÉDÉRATION RÉVOLUTIONNAmE DES COMMUNES.
« La situation désastreuse dans laquelle se trouve le pays : l'impuissance des pouvoirs officiels et l'indifférence des classes privilégiées ont mis la Nation française sur le bord de Tabîme.
« Si le peuple organisé révolutionnairement ne se hâte d*agir, son avenir est perdu, la Révolution est perdue, tout est perdu. S'inspirant de l'immensité du danger, et considérant que l'action désespérée du peuple ne saurait être retardée d'un seul instant, les délégués des comités fédérés du salut de la France, réunis au comité central, proposent d'adopter les résolutions suivantes:
« Art. 1". — La machine administrative et gouvernementale de l'Etat, étant devenue impuissante, est abolie.
« Le peuple de France rentre en pleine possession de lui"* môme.
t Art. 2. — Tous les tribunaux criminels et civils sont suspendus et remplacés par la justice du peuple.
t Art. 3. — Le payement de l'impôt et des hypothèques est suspendu. L'impôt est remplacé par les contributions des communes fédérées, prélevées sur les classes riches, proportionnellement au salut de la France.
c Art. 4. — L'État, étant déchu, ne pourra plus intervenir dans le payement des dettes privées.
« Art. 5. — Toutes les organisations municipales existantes sont cassées et remplacées dans toutes les communes fédérées, par des comités du salut de la France, qui exerceront tous les pouvoirs sous le contrôle immédiat du peuple.
« Art. 6. — Chaque comité de chef-lieu de dépai*tement enverra deux délégués pour former la convention révolutionnaire du salut de la France.
Art. 7, — Cette convention se réunira immédiatement à l'hôtel de ville de Lyon, comme étant la seconde ville de France et la
plus à portée de pourvoir énei'giqiiemenl à la dérease du pajs, < Cette convention, appuyée par le peuple entier, sauvera la France.
• Aux armes!!!
. E.-a SAIGNES ; RIVIÈRE; DE VILLE; RAJON (de Tarare) ; François FA VRE ; Louis PALIX ; B. PLACET:G. BLANC ; CH. BEAUVOIR ; Albert RICHARD ; J. BIS- CHOPF; DOUBLÉ; H. BOURRON; M. BAKOUNINE; PARRATON, A. HUILLERHET; COIGNET aîn«; P.-J.
PULLUT; LATOUR; GUILLOT; SA VIGNY; J. C.MH- MAIN; F. CHARVET; A. BASTELICA (de Marseilli.') ; DUPIN (de Saint-Etienne); Narcisse BARRET '. . {Tous mcnibrns do l'Internationale.)
Le public ne pouvait se méprendre sur le sens de celte affi- S»e, surtoutcn pi-ésence de cette déclaration par laquelle Snignes ait cru devoir en caractériser la portée :
■ Nous jouons, disait-il, notre va-tout; nos ennemis sont puissants, il no faut pas nous le dissimuler. Mais nous engageons la lutte et nous verrons quel sera le plus fort C'est nolix- tiHc fae nous Jouons en signant celle afOcbe si nous ne réussissons , mais le moment est venu ! Vaincre ou mourir!*
Richard et Bastelica tenaient le même lun^age. Le peuple >
L 1 Saignks (Eagfii«), peinlre-pUlrier, rue ilo Cliurlrcs, 76, iclaalleuienl rii- Mâ ft fienève, roole de Fi^rney. H, 4 Bonthrillsiil ; F*ïhb (FraEsois), breur, ne Béclieveliii, 61 ; Palii (Loois), 43 ans, tailleur, Coors Villon, 41 ; iDiR (Chartes-Franc oit). 59 aaa, reprùsenlant ile cummercF, me d'Al- 13; DoiSLË (JeaD-Baplisle), 48 ani, ofllder d'AluMnajor ils la ^ards ionale ; Biscuorr (Frédéric), 33 ans, employa do commerce, rue Rabelais, 9S ; E (Micbel). b^ ans, sans aulre protea!ioa connue que celle de conspiralfur; Kitiëre |Pii'rre-BonoUt), S8 ans, carlunnier, me Saint^orget, 19; Deville |F^an^'oi^}, paasemanlier, roa d'ivrjr, 34; Latoud (Jean-Uariel, lisaenr, place Saini-Panl,5: CaAiiVET(Frani;i>U), tisseur, rne du Ban-Pssiaar, 31 ; ItAtH-LEtiHET, raenaisioT en fautanila, rne de Man^nan, IS; Puluat, lisseor, W d'AailerliU, 13 cl 14; Gdillot, rue de S«zo, liB : Savicsv, boulevard da JT-Ronsse, l13;Com:fET (Joan^dil Joannj, lisieur, rue Nejret, 31*133; 9tx. Taloutier, rue de la Loire, 31, à SaiDl-ËtioDiia. aecrélaire corresponla sedion slépbanoîM, eli;., etc.
s preoou ici le prnple daue le sens rcslreinl que lui attribue Parl'iiD (les lignstaires du placard la Fédération rieolitlîiin»airf. Jm te*. — Pour lui. te peuple, ce tout lu ciloyeni rêvait à tu liotondf mblci sur la place art Terreaux. Quand ce peuple-là a parle, il n'a m plut gu'ù l'incliner. •
avait manifesté sa volonté parla voix de la bande Saignes: îl ne restait donc plus qu'à s'entendre sur les moyens pratiques de réaliser le programme Bakounine.
La journée du 27 fut entièrement consacrée aux derniers préparatifs de la lutte : tous les comités fureni prévenus qu'une levée de boucliers serait tentée le lendemain et on se mit à l'œuvre pour s'assurer le concours des chantiers nationaux. L'occasion était favorable : le prix de lajouméeavait été diminué la veille.
Les meneurs se promirent d'exploiter leur mécontentement et les convoquèrent, pour le soir même, à une réunion qui se tint à la Rotonde. On leur fit entrevoir que le seul moyen d'obliger le conseil municipal à revenir sur sa décision et d'obtenir que le prix de la journée fût de nouveau porté à 3 francs, était de faire une imposante manifestation sur la place des Terreaux : les ouvriers donnèrent dans le piège. Rien d'ailleurs n'avait été négligé pour triompher de leur résistance ; la mise en scène était complète. Le Comité central du salut de la France et le Comité central fédératif y étaient représentés par des délégués. Richard et Saignes y prenaient la parole et suppliaient lesA^res et amis de ne plus patienter.
Il faut Aom ! de l'audace I de l'audace ! s'écriait Richard^ aux applaudissements de tout l'auditoire.
A son tour Bastelica s'élançait à la tribune et terminait son discours par un appel aux armes.
La séance était levée à onze heures et rendez-vous était pris pour le lendemain mercredi à midi sur la place des Terreaux.
A l'issue de cette séance, les membres du Comité central' du salut de la France et du Comité central fédératif se déclaraient en permanence et se réunissaient dans un local voisin de la salle de la Rotonde pour délibérer sur les moyens d'action, et prendre toutes les mesures nécessaires afin d'assurer le succès de la lutte qui allait être engagée. Nous reproduisons le procès-verbal de cette séance tel qu'il a été rédigé par l'un des assistants ; on verra que la question des moyens â employer pour se procurer de l'argent y fut spécialement agitée. ,
Comité de permanenee réTolntionnaire. Séance du 27 tep»
tembre 1879.
(La séance s'oarre à 11 heures du soir.)
«Le citoyen Bakounine «prend la parole pour Tacceptationdu citoyen Olivier. — Le citoyen Ouvier est admis*.
« Le citoyen Albert Richard prend la parole pour donner quelques explications au sujet de la permanence du comité central et du comité fédératif.
« Le citoyen Bastelica propose que les comités se réunissent au palais Saint-Pierre ' pour s'entendre sur les moyens daC' tion.
« Un citoyen prend la parole pour proposer que le travail après la réunion soit fait par les deux comités réunis.
« Le citoyen Bakounine insiste pour que les deux comités se réunissent ensemble.
« Le citoyen Poptcet appuie cette proposition.
« Le citoyen Olivier demande lequel des deux comités sera chargé de Texécution.
€ Le citoyen Schettel répond que pour Faction elle sera donnée aux délégués des deux comités. Le citoyen Tassel partage cette opinion.
« Le citoyen Velay * proteste contre la manifestation sans armes. •
« Le citoj'en Gharvet refuse d'aller dans la salle Saint-Pierre de peur d'être cerné.
« Le citoyen Bakounine appuie la proposition du citoyen Velay et demande une manifestation en armes.
1 Le citoyen Bakounine n*a encore para dans anctine réunion pubUqae ; il se réservait pour le moment de Taction.
* Il s'agit (l'un ouvrier tisseur de la rue Masséna» 9» devenu plus tard officier d'état-major de la garde nationale et capitaine d'artillerie dans une légion d'Alsace et Lorraine.
s Le jialai$ SainUPierre est situé sur la place des Terreaux : c'était, ainsi que nous Tavons dit, dans Tune des salles de ce palais que le Comité centrai fédéraiif avait rhabitode de tenir ses séances.
* Velay, ouvrier tniliste, ex-membre du Comité de Salot publie, était, à cette époque, conseiller municipal ; il a pris une part active à l'insurrection du 90 avril 187t. Il vient, à raison de ce fait, d'être conduané par conlumam à la déportation dans une enceinte fortifiée.
« Tassel est d'un avis contraire.
t Le citoyen Poncet appuie de toutes ses forces le projet de manifestation en armes. Le citoyen Saignes appuie la manifestation en armes.
t Le citoyen Bastelica demande que le peuple soit libre de se réunir comme il Tentendra. •
« Le citoyen Parraton demande la mise aux voix.
c Le citoyen Doublé * se plaint vivement des accusations dirigées contre les signataires de l'affiche du 27. [Affiche de la Fédéralion révolutionnaire des communes.)
« Le citoyen Ouvier demande que Ton distribue des munitions en ayant soin de savoir à qui on les donne.
« Un autre citoyen demande le mot d'ordre pour les allées ot venues des délégués ".
[Suit rénumération des mesures à adopter et à décréter durf/ence.)
<c Toutes les locations au-dessous de 400 francs échéant à la lin d'octobre seront versées dans les caisses publiques.
t L'or et l'argent monnayé seront remplacés, jusqu'à la confection de nouvelles effigies, par des bons dont le cours sera forcé.
• Les cloches seront fondues.
t La levée en masse sera ordonnée.
« Arrestation de tous les généraux d'état-major 3.
« L'élection des chefs de l'armée par les soldats.
« La mise en liberté des soldats prisonniers pour politique ou insubordination.
« L'occupation des forts par le peuple.
« Installation d'ateliers pour la confection d'armes.
a Distribution de cartouches et d'armes.
€ {Rcseiré.) Qu'il soit versé une somme assez importante af-
1 Doublé, actuellement concierge du cimetière de Loyasse, était» à Tépoquo o& remontent ces événements, capitaine d'état-major de la garde nationale.
* II est important de constater qae tous les individus dont les noms figusent dans ce procès-verbal appartiennent à Vfniernationale. »
' Nous avons vu plus haut qu'à la date du 22 septembre, le Comité de sûreté générale avait déjà demandé l'arrestation de tous les fonctionnaires de Tex-empirc.
fectée aux inventions ayant trait à la défense soit du dehors soit du dedans.
€ Les réclamations devront revêtir la forme impérative; le peuple ne devra se retirer que lorsqu'il lui aura été donné entière satisfaction.
« Que le peuple*ne se retire qu'après que la bourgeoisie aura versé la somme de 100 millions. En cas de refus, procéder à Tarrestation des principaux capitalistes. '^
« Un empiuint forcé et obligatoire sur les immeubles : tous les citoyens dont la propriété sera taxée selon la valeur, qui se soustrairont par un moyen frauduleux, seront passibles do peines corporelles et infamantes; et pour tous ceux qui se rendront A l'étranger, leurs biens seront de droit confisqués et hypothé- (]ués au profit de la nation commune.
« Une réquisition prompte sur les fortunes, au-dessus de 50,000 francs 5 p.0/0, à 100,000, 10 p.0/0, etc., progressivement.
• Que tous les biens du clergé, quels qu'ils soient, sans aucune considération des hypothèques légales et des sommes dues aux entrepreneurs et fournisseurs, soient immédiatement hypothéqués par les banquiers sans être forcé de vendre Icsdites propriétés.
« Que Ton frappe un impôt sur toutes les actions et valeurs qui seront payées à la ?m du mois de septembre et les suivants, à raison de 10 p. 0/0.
« Arrêter Texportation des matières précieuses. »
La lecture de ce document ne peut laisser aucun doute sur le caractère véritable de la manifestation qui allait avoir lieu dans quelques heures : l'augmentation du salaire des ouvriers occupés aux chantiers nationaux . n'en était que le prétexte. Il n'en a pas été dit un seul mot dans la séance de nuit ; il n'en est même pas fait mention dans la pièce suivante écrite de la main de Richard, et où se trouvent formulées les propositions qui devaient être soumises à 7a municipalité de la Commune do Lyon :
c Au nom du peuple français, seul souverain, et suivant ses décisions, le Comité central du salut de la France demande à l'administration municipale de la Commune de Lyon :
1"* La DESTITUTION et Tarrestâtion immëuiate du général
MaZURE * COMME entravant LA DEFENSE DU PAYS ;
2? La réorganisation de Tai^mée par Télection des offlciers par les soldats ;
2^ Que tous les forts soient remis à la garde du peuple, afin que Tarmée puisse être immédiatement lancée contre Tennemi ;
4^ La mise en liberté immédiate de tous les militaires détenus dans les salles de police et prisons pour cause politique et d'indiscipline.
« Ces propositions seront présentées par une manifestation pacifique sans armes, composée de la moitié du peuple et api'uyée
PAR l'autre moitié QUI RESTERA EN PERMANENCE SOUS LES ARMES
jusqu'à LA SOLUTION. Los divors comités en seront avisés immédiatement, afin que cette manifestation se trouve réunie à quatre heures du soir sm* la place des Terreaux. »
Les habiles comprirent l'importance qu'il y avait à dissimuler le caractère véritable de la manifestation sous le couvert de la défense nationale : on s'occupa donc de faire un appel pressant au patriotisme de la population lyonnaise et à son zèle pour la
1 Plus tard» le vigoureux RÉPUBLiCAiif, Ghallemel-Lagoub, donna l'ordre à trois bataillons de la garde nationale d'aller s'assurer de la personne du général Maznrc, déclaré traître et rebelle aux lois de sox pays. Ce général, dont Tarrestation eut lien le 3 octobre, au milieu des huées et des menaces d'une foule surexcitée par les agissements de l'autorité, fut traîné jusqu'à l'hOtel de ville devant le proconsul Gambetlistc, Cuallemel-Lacour, et de là transféré à la maison d'arrêt; il ne fut rendu à la liberté que le 14 du même mois, sur les ordres formels et plusieurs fois réitérés du ministre do la guerre.' Nous reproduisons, à titre de document, le mandat d'arrêt décerné contre ce général : « Ordre est donné d'arrêter et de conduire a la prison Saiiitc Joseph le général Mazure, accusé d'avoir contrevenu, soit a l'article 197 c du Code pénal kn continuaut ses fonctions après connaissance acquise
« DE l'acte régulier QUI IJ^ RÉVOQUAIT, SOIT A l'aRTICLE 226 DU CODE DE H»- « TICE MILITAIRE EN RETENANT UN COMMANDEMENT CONTRE L'ORDRE DE SES CHEFS.
« — Signé : Cuallemel-Lacour, préfet du Rhône, commissaire extraordi- «c NAIRE DE LA RÉPUBLIQUE. » Voilà à l'aide de quels procédés on activait la défense nationale et comment on se jouait de la liberté d'un général dont le seul crime était de n'avoir pas voulu abdiquer ses pouvoirs entre les mains d'an préfet impatient de prouver à la population que c'était de lui seul que relevait désormais l'autorité militaire! Le général Mazure ne faisait, en opposant ce refus, que se conformer à des instructions ministérielles : lo citoyen Challemel-Lacour, qui se préoccupait médiocrement des décisions prises par Tamiral Fourrichon, n'hésita pas à faire incarcérer un chef que ce dernier n'avait pas voulu sacrifier aux hommes de son entourage. Le peuple demandait une victime : c'est dans l'armée qu'elle fut choisie. Cet exemple devait trouver des imitatears quelques jours plus tard à Toulouse et à Grenoble.
dâfense du pays. Avant de se séparer, Gaspard Blanc, au nom des comités réunis, rédigeait une proclamation qui, imprimée pendant la nuit, fut afïïchée dans la matinée du 28 septembre. Voici dans quels termes elle était conçue :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
c Le peuple lyonnais, vu Timmensité du danger et la lenteur apportée par l'autorité à Torganisation de la défense nationale, est convoqué par l'organe de ses comités populaires réunis (le Comité du salut de la France et le Courre central fédératif, siégeant au palais-Saint-Pierre) à une manifestation populaire pour aujourd'hui 28 septembre, à midi, sur la place des Terreaux, à l'effet d'obliger l'autorité à prendre immédiatement les mesures les plus énergiques et les plus efficaces pour la défense nationale.
«t Par délégation des comités réanis,
€ La commission executive^
€ C. TASSEL, F. BISCHOFF, BRUYAT, A. SHETTEL, A. BASTELICA, PARRATON, G: BLANC, G. TORIN. »
n nous reste maintenant à raconter comment fut dirigée cette manifestation, et à indiquer dans quelles circonstances et à l'instigation de qui se produisit l'envahissement de l'hôtel de ville. Nous mentionnerons avec soin les déhbérations prises par les factieux au nom du Comité du salut de la France dans la salle môme du conseil municipal ; nous rapporterons les discours prononcés par Saignes et Cluseret du haut du balcon de l'hôtel de ville ; enfin nous reproduirons tous les ordres de réquisition, les mandats d'arrêt, proclamations et autres actes émanés de ce pouvoir révolutionnaire.