DÉCISIONS ARRÊTÉES
t 1» Format du journal (comme le Républicain^), ayant 'avantage de pouvoir servir d^affiche ^.
« Titre : le Salât de la France.
« 2<> Formation d'un bataillon de volontaires appelés à devenir les gardes du comité susdit.
€ 3° Voies et moyens. — Organisateurs présentant des hommes sûrs et ai'més : Rozet, Benière, Cellier 3. Néanmoins les volontaires seront soumis àVexamen des membres du comité, qui euxmêmes feront immédiatement des inscriptions chacun de leur côté.
« 4° Ber tranche * étant en guerre, communiquera régulière -
1 Le Républicain, orgaDo radical, avait paru au lendemain du 4 septembre. Il n'a eu que trois numéros.
* Le lendemain de cette séance, Gaspard Blanc se préoccupait d'annoncer la publication de cet organe. Voici le projet d'afûcbe dont la rédaction lui avait été confiée :
Pour paraître le samedi 24 septembre, à 4 heures du soir : LE SALUT DE LA FRANCE,
ORGANE DE LA FÉBÉRATIOTC RÉVOLUTIONNAIRE DES COMMaifES.
Journal quotidien à 10 centimes.
ADXiifisTmàTiON PBOYisoiRE : ruc Madame, 8 et 10. BoRBAU cB:rraAL de ventb : rue d'Algérie, 15 (au domicile de Beauvoir).
A la même époque un appel en faveur de ce journal était adressé aux ouvriers des chantiers nationaux {Documents justificatifs, pièce X).
* RozBT et Bemière, tous deux repris de justice et membres de V internaiionale, ont été plus tard jugés dignes par la municipalité lyonnaise de faire partie de la garde urbaine, corps iVélite chargé de la police des rues et qui, an mois de décembre 1870, sur 104 membres comptait plus de 50 repris de justice. L'un d'eux avait même subi six condamnations pour escroqueries et roi, dont la moindre était d'une année d'emprisonnement. Rozet et Beniirê ont pris part au mouvement insurrectionnel du 23 mars 1871. et ont été condamnés, ,à raison de cette participation, l'on i une année d'emprisonBcmeot •t Tautre à un mois.
Voilà à quels hommes sûrs le Comité du salut de la France confiait le soin de recruter le bataillon app^ à l'honneur de lui servir de garde.
« Bertranche, ouvrier tisseur, ancien déporté politique, s'était signalé, anx mois d'avril et mai 1870, par la violence de ses discours dans les léumoBs
ment avec le comité, [donnera des renseignements sur les faits qui seront vus par lui).
« 5° Organisation d'urgence dans chaque quartier de comités pai'tiels ou districs destinés à jouer le rôle de clubs et chargés de faire des rapports au comité central. (A Paris, à la même date, étaient organisés dans chaque arrondissement des comités de vigilance.)
Le travail d'organisation était, comme on le voit, poussé avec la plus grande activité. Quelques jours plus tard, à la veille du 28 septembre, le Comité central du salut delà France, qui savait pouvoir compter sur la connivence du commissaire central Ghol, l'un des coryphées de V Internationale, lui adressait cette réquisition, qui prouve jusqu'à la dernière évidence que les aventuriers de la rue Madame étaient prêts à ne reculer devant aucune exti^émité. Une seule chose peut nous étonner : c'est qu'avec les éléments dont ils disposaient, avec le concours aveugle que devait leur prêter une police organisée par leurs soins et imposée par eux à l'autorité, ils n'aient pu se maintenir à l'hôtel de ville que quelques heures. N'est-ce pas une amère dérision que de voir une réquisition d'armes formulée au nom du Comité du salut de la France, par son prétendu secrétaire Gaspard Blanc, lorsqu'on songe que ce dernier était alors à la tête du Comité de sûreté générale et que le président de ce comité, Chol, ne faisait que suivre ses ordres? Dès lors, pounjuoi ce luxe de précautions? A-t^n voulu dégager la responsabilité de Chol et lui fournir les moyens de se justifier plus tard, en alléguant que s'il avait fait délivrer des armes, il n'avait agi que sur le vu d'une pièce dont il ne lui appartenait pas de discuter la régularité ? Cela n'est pas admissible, et nous ne savons comment expliquer l'existence d'un pa* reil document *. Voici cette pièce • :
plébiscitaires. Traduit devant lo tribunal correctioiiiiel de Lyon, il ftit condamné à un mois d'emprisonnement, malgré Thabile plaidoirie de M«Andrieux, qui avait lui aussi, à la même audience, i répondre d'un délit de môme nature.
i On pouvait, à cette époque, se procurer des armes et revolvers à discrétion ; aucune formalité n'était nécessaire, et ceux que la viUe avait préposés à la garde des armes dans les divers quartiers, se faisaient un jeu de les délivrer au premier venu. Que de purs au domicile desquels on a trouvé plus tard plusieurs fusUs, des sabres, des pistolets de eavalerie, etc., etc.
s Elle a été écrite par Gaspard Blanc ; elle est revêtue du timbre du Comité €Ênlr4U du salui de la France.
« Considérant qu'il est dangereux au suprême degré que les révolutionnaires convaincus se trouvent sans armes; considérant que la réaction cherche à se relever et à s'emparer de tous les pouvoirs, et qxïune bataille est imminente^ le Comité central du salut de la France demande au commissaire central de Lyon des armes en aussi grand nombre que possible et réclame de lui, à défaut d'armes, des bons pour s'en procurer, soit des revolvers, des pistolets ou des fusils.
« Pour le Comité (la salut de la France,
Le sec rétaire f Gaspard BLANC. »
Examinons maintenant quels moyens Blanc et ses amis avaient mis en œuvre pour rendre c une bataille imminente ».
En même temps que se tenaient les conciliabules de la rue Madame et que le plan d'une insurrection était arrêté au domicile du tailleur Palix, où logeait Bakounine et où prenaient leurs repas tous les jours Valence, Blanc, Ozeroff et Parraton, on se mettait en rapport avec tous les hommes d'action. Les réunions publiques étaient multipliées et prenaient un caractère de violence inouïe. Les motions les plus sanguinaii'es s'y pro duisaient et étaient accueillies avec enthousiasma. On y provoquait ouvertement à la révolte, au renversement des lois et de Tordre de choses établi.
Celles tenues à la Rotonde les 24, 26 et 27 septembre, méritent une mention spéciale ; il nous paraît indispensable de donner ici un aperçu des déclamations furieuses à l'aide desquelles les orateurs s'efforcèrent de passionner la foule qui se pressait dans la salle de la Rotonde. Les résolutions qui y furent adoptées permettront d'apprécier à quels excès devaient se livrer les coryphées de V Internationale le jour où l'émeute victorieuse les porterait au pouvoir.
Réunion du 2à septembre, — Cette réunion convoquée au nom
du club RÉVOLUTIONNAmE DE LA PATmE EN DANGER par l'cx-ré-
dacteur de Y Excommunié^ Denis Brack, était présidée par le farouche Saignes, * qui fut avec Gluseret le héros de la journée
1 Saignes (Eugène), peintre-plâtrier à la Guillotière, l'un des adeptes les plus fervents do l'Internationalo, organisateur des banqaets-saaeissonniers da
du 28 septembre. Le conseiller municipal Brialou remplissait les fonctions d'assesseur. Après plusieurs discours débités par Albert Richard, Beauvoir, Osmonville *, discours qui respiraient une haine profonde et féroce pour tout ce qui possède et tout ce qui est honnête, il était décidé.:
1* Qu'on lèverait un impôt progressif et forcé de 200 milions ;
2** Que tous les richards Lyonnais qui s'étaient enfuis seraient tenus de rentrer dans la ville dans les quarante-huit heures, sous peine de mort ;
8® Qu'il serait interdit à tout citoyen de porter un autre costume que le costume civil et qu'il serait interdit de faire figurer dans la rue des mascarades religieuses,
4® Que tous les officiers de l'armée nommés par l'empire sô-
r aient destitués;
5** Que les forts seraient occupés en entier par la garde nationale;
6» Que la hste de tous les mouchards et agents de police qui avaient servi l'empire serait immédiatement publiée * ;
7<» Que l'on mettrait en liberté tous les soldats détenus pour crime de républicanisme.
Voici un extrait du procès-verbal de cette réunion, placardé sur les murs de Lyon, dans la journée du 27 septembre : c'est un appel à l'armée, à qui on prêche l'insubordination et la révolte et que l'on invite, au nom du salut de la France et de la Révolution^ à se donner de nouveaux chefs:
Vendredi-Saint, s'était signalé longtemps avanl le i septembre par la violence de son langage ; il comptait parmi les notabilités les plus cramoi$ie$ de la démagogie. Il est jasle de reconnaître qu'il s'est toujours montré à la hautenr de sa réputation.
4 Osmonville (Albert) rédigeait à cette époque le journal la Commune, Plus tard, il a publié à Grenoble le Républicain des Alpes, (Voir au\ Documents juslificalifs, pièce X 6û, le manifeste dont il donna lecture dans cette séance.)
s Lors de la discussion de cette question, le plâtrier Saignes déclarait que, si jamais il venait à découvrir les mouchards salariés par Napoléon I/I, il ne pourrait se retenir d'en tuer deux ou trois.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
EXTRAIT DU PROCÈS-VEIIBAL DE Là RÉUNION DU 24 SEPTEMBRE, TENUE