FERS DU BRAVE PEUPLE TRAVAILLEUR LYONNAIS
Lorsqu'il eut fmi de pérorer, il se déroba aux applaudissements et rejoignit l'ami Cluseret, déjà descendu sur la place et qm, suivi de quelques autres meneurs i et de plusieurs individus en blouse, se dirigeait vers la Croix-Rousse.
Arrivé sur la place du même nom, Cluseret monta sur le piédestal de la croix qui se trouve au milieu de cette place, et s'adressant à la foule qui l'entourait, il l'invita à faire battre le rappel et à descendre immédiatement en armes à l'hôtel de ville. Il parcourut alors tout le quartier, s'arrêtant au bout de chaque rue pour haranguer les attroupements qui s'étaient formés. Lorsqu'il eut terminé sa tournée, il rejoignit « ses compagnons de combat » qui l'attendaient dans un café, remonta de nouveau sur le piédestal de la croix, adressa un dernier
*■ Parmi ces m6neifi>8, nous pouvons signaler Combes, secrétaire de la chambre fédérale de Marseille ; Gcérin, antre membre de l'Internationale, qtie nous retronverons plus tard à Grenoble, dirigeant la manifestation dite det mitrailleutei ; dk Boisluisa?it, étrange personnalité qui était venne offrir ses services à Cluseret et dont la carte de Yîsite est une véritabi* curiosité (Voir DocumintM juitifUatifi, pièce Xii).
r)2 L'INTERNATIONALE
appel au peuple et redescendit ensuite aux Terreaux escorté par ses acolytes Bastelica, Combes et de Boisluisant.
Pendant que Cluseret s'évertuait ainsi à soulever le quartier (le la Croix-Rousse *, les factieux s'installaient à l'hôtel de ville et prenaient des décisions. Le préfet, Challemel-Lacour, le maire, Hénon, et tous les conseillers municipaux présents étaient gardés à vue. Le commandant, Vincent, voulut essayer d'expulser la bande Saignes ; mal lui en prît : il fut entouré, menacé de mort et contraint de se retirer.
Quant à Saignes, il n'avait pas quitté le balcon de l'hôtel de ville et, de temps à autre, sa voix forte et stridente venait remuer la foule réunie sur la place.
A peine Cluseret était-il de retour de la Croix-Rousse qu'un l^remier incident se produisit : Bakounine, qui se faisait remarquer par sa violence, était arrêté par des gardes nationaux indignés de son attitude. Cluseret allait subir le môme sort lorsqu'il prit le parti de chercher un refuge à l'état-major de la garde nationale, où l'accompagnèrent deux membres de la municipalité. Le bruit se répand aussitôt que Cluseret est prisonnier de la réaction. Saignes bondit à cette nouvelle; il appelle le peuple à son aide.
A sa voix un mouvement brusque se produit sur la place : la foule se rue de plus belle dans le vestibule de l'hôtel de ville; une compagnie de francs-tireurs comtois y pénètre à son tour. Le désordre est à son comble ; c'est un pôle-mele général. Les jj^ardes nationaux de service sont refoulés et désarmés ; quelquesuns lèvent la crosse en l'air. Les factieux se répandent dans les cours, les escaliers et les salles : l'envahissement est complet et rémeute maîtresse de la place. Bakounine et Cluseret sont délivrés.
Cluseret apparaît de nouveau au grand balcon et parle en termes émus de sa captivité : Merci, mes amis, s'écrie-t-il en . .s'adressant aux gardes nationaux et aux ouvriers qui remplissent la cour intérieure de l'hôtel de ville, merci; vous m'avez déuvré ; vous m'avez sauve la vie. Mais ne perdez pas votre temps ; vous
1 Dans une lettre écrite de Genève, il prétend qu'il ne s'est rendu dans ce quartier que pour éviter une collision {DocumcnU jutiificaiift^ pièce Xill).
ÊTES MAÎTRES DE L'hOTEL DE VILLE. Il FAUT NOUS Y MAINTENIR A TOUT
PRIX. Le peuple est désormais son maître : je viens de faire la