CHAPITRE XVI
ATTITUDE DE l'iNTERNATIONALE AU LENDEMAIN DU 23 MARS. — ARRI- VÉE A LYON d'un NOUVEAU DÉLÉGVÉ DE LA COMMUNE DE PARIS. — APPARITION DU JOURNAL, LE CRI DU PEUPLE LIPDNNAIS, ORGAIfB DS l'internationale. — AGISSEMENTS DE LEBLANC,* DUMONT, BLANC KT AUTRES. — ORGANISATION d'UNE COMMISSION PROVISOIRE DE LA COM- MUNE ET DE GROUPES RÉVOLUTIONNAIRES. — CARTES ET MANDATS REMIS AUX DÉLÉGUÉS DE LA COMMUNE PROVISOIRE. — FORMATION d'une COMMISSION MILITAIRE. — SON PLAN d' ATTAQUE ET SES MOYENS d'action.
L'insuccès du mouvement insurrectionnel du 23 mars ne découragea pas les coryphées de Tlnternationale : ils se persuadèrent que s'ils n'avaient pu se maintenir plus longtemps au faîte de leur victoire, c'était par suite du manque d'organisation. Ils se disaient qu'il leur serait facile, un jour ou l'autre, d'envahir l'hôtel de ville, mais qu'ils devaient, comme première condition du succès de leur cause, se concerter à l'avance sur les mesures révolutionnaires dont l'exécution devait coïncider avec leur arrivée au pouvoir. Il follait également recruter des hommes sûrs et leur désigner les fonctions qu'ils seraient appelés à remplir, afin qu'ils pussent a«:ir utilement au moment opportun. Ils se mirent donc à l'œuvre avec plus d'activité (|ue jamais : ils avaient compris que, pour être sérieusement établie, la Commune devait avoir son organisation préparée de longue main, son comité directeur, ses agents attitrés, ses listes de proscription toutes prêtes, ses commissions militaires en état de prendre la direction de la force armée, sa police, etc, etc.
A la faveur de la prolongation de la résistance de Paris et des excitations incessantes dont les masses populaires étaient
l'objet, il dârait leur être facile de préparer une autre émeute.
D'ailleurs la Commune de Paris et l'Intaniâtioiiale, dont elle était l'œuvre, espéraient que la cité lyonnaise, dont les sentiments socialistes leur étaient connus, lèverait bientôt de nouveau l'étendard de la révolte; elles comptaient puissamment sur le concours de la province pour tenir en échec les forces • des cboaBus = de \'crsailles. Leur premier soin avait été d'inonder la ^{KirL (ie8 villes de délégués, afin de créer partout des royers (Pagitslion et de gagner les classes ouvriôres à la cause de U révolution sociale. Lyon avait déjà reçu la visite des intetnâtiooaux .Albert Leblanc et Amouroux; mais ce dernier avait di> rentre!- à Paris pour rendre compte de sa mission au comité central. Albert Leblanc ne pouvait plus suffire à une tâche au.ssi laborieuse : il avait beau se multiplier, il lui était impossible de veiller ù tout, et il succombait à la peine. Aitiouroux avait dû faire connaître cette situation aux membres de la Commune, indiquer tout le parti que l'on pouvait lircr des éléments révolutionnaires qui existaient à Lyon et insister sirr la nécessité d'envoyer de nouveaux délégués dans les grandes villes.
Dans les derniers jours du mois de mars, un nouveau délégué de la Commune de Paris arrivait à Lyon : c'était le citoyen Charles-Pascal Dumont, âgé do vingt-sept ans, ouvrier typographe, compositeur î\ Y Avenir National, membre de l'Internationale, (section du 18' arrondissement) et de la délégation révolutionnaire des vingt arrondissements.
Quel(iues jours plus tard la Commune de Paris iléléguait le citoyen Louis Marchand, à Bordeaux, Jules Montels, à Béziors, CoLLOT, ù Montarj^ts et Sens, les citoyens l^dmoiid Méoy, Dupont, Caui,et de Tavac ' et Landeck à Marseillf , etc., etc. Tous ces délégués, qui appartenaient à l'Inlernatiuiialc, avaient
I Gallon Cualet de Tajac, nÉ i, Paris, le S juin 1840, homme de lGllre.i, a été serrétairo du l'Enoyvlupédia du xix'' sii-rlo. Il ik ég^ouient collaboré an joarnal U Ttmpt ol au Courrier fraiifaii »,vec Vunnorel. Il n fondé, an 1870, le journal VAtkit. En février Itubs, en uiù cl un juin 1670, il a tmbi plniieara coadimnationa ponr discours prononcés dans les réiinioDS publiques de Paru. An 18 mars, il (ut adjainl i Kaoul Rigaull pour réurfuUser les dlTors serricc-< de la prùroclure de policu; quelques jours apiùs, U devenui commissaira civil de la tJommaiie, ei, le 11 avril, il était dâlégaé par rila et envojo i Haneille,
lOe L'INTERNATIONALE
reçu la mission d'AcitvxR dans la province le houvehent
COUHUNAL, d'aSsAiEB LA FÉDÉRATION DES GARDES NATIONALES ET l'ÉTABLISSEIIENT de la RÉPUBLIQUE DÉUOCRATIQLV ET SOCIALE *. Voïci
d'ailleurs un aperçu des instructions dont ils étaient porteurs; " elles révèlent les secrètes pensées et les menées odieuses des conspirateurs de l'hôtel de ville de Paris :
REPUDLIQUB FRANÇAISE. — LIBERTE, EGALITE, ynATEIHilTB.
Commime de Paris.
I^oinmissioa des relations extérieures. — InstnictiûasT^
> l" Ne faire connaître sa qualité et l'esprit de sa mission qu'à des amis politiques sûrs et pouvant être utiles.
« â" Se met^ eq relation avec les journaux ; dans le cas où il n'en paraîtrait pas dans certaines contrées, les remplacer par des ccrits, des circulaires ou copies imprimées reli'açant exaclemenl le fond et la forme du mouvement communal,
«3" Agir par et avec les ouvriers lorsqu'ils ont un commencement (l'organisation.
e i* Éclairer le commerce, l'engager par des raisons solides â continuer ses affaires avec Paris, et s'appliquer à favoriser le ravitaillement.
■ u" Se mettre en rapport avec la bourgeoisie et avec l'élément républicain modéré pour, à l'instar de Lille, pousser les conseils municipaux à envoyer des adresses ou des délégués au citoyen Thiers pour le nommer de mettre fin à la guerre civile.
' « 6" Empêcher le recrutement pour l'armée de Versailles, faire écrire aux soldats pour les détourner de la guerre contre Paris.
• En résumé, s'appliquer à ftirc jelcr des bâtons, de tous d'ilés de la France, dans les roues du char gouvernen;ental de Versailles, »
Dès son arrivée à lîjon, le délégué Charles Dumont se signalaît'par la violence de 'ses déclamations et étonnait même pu*
1 Voir VAffrattchi [numéro da t3 avril 1871).
son audace les vétérans de la cause révolutionnaire;- ses débuts au cercle de la rue Grolée, le 5 avril, avaient permis d'apprécier ce dont il était capable *.
Les deux délégués Leblanc et Dumont avaient senti la nécessité d'avoir un organe spécial destiné par la videnoe de ses articles à surexciter les passions populaires, et dont chaque numéro contiendi*ait Tapologie la plus enthousiaste, de Tinsurrection parisienne. C'jest '{)our atteindre ce résultat que fut créé « lefiri du Peuple lyonnais^ » petite feuille à cinq centimes, paraissant les dimanche, mercredi et vendredi. Il suffit de connaître les noms de ses rédateurs pour être édifié sur la valeur des principes dont ce journal cherchait à assurer Uî triomphe.
Cette feuille socialiste réwlutionnaire, rédigée d*abord par Charles Dumont et Leblanc, compta plus tard parmi ses collaborateurs Gaspard Blanc, Albert Richard et Caulet de Tayac; elle n'eut que quatre numéros, sous les dates des 5, 23, 28 et 28 avril. On y trouve les attaques les plus furieuses contre l'Assemblée nationale et le gouvernement de Versailles, les appels les plus ardents à la guerre civile et à rinsuirection. Les extraits suivants donneront une idée du langage tenu ])ar ces notabilités de l'Internationale * :
€ De quel côté est Tordre, s'écrie Albert Leblanc dans le numéro du 5 avril? De quel côté sont les insurgés? Je vous rappellerai les belles paroles du maire du Creuzot ^, qui vient lui-môme de proclamer la Commune dans sa localité : — Je suis
i Dumont, qui avait été admis à prendre part aux réunions de ce cerclo en M qualité de délégué de la Commune de Paris, y prêcha ouvertement, dans la séance du 5 avril, la guerre civile et Vimurrectionf et demanda que le peuple de Lyon se levAt en armes pour aider au renversement de TAsscmblée nationale et déclarât s'il voulait oui ou non marcher contre Versailles, et tout de suite. « Mais que mettions-nous à la plate de cette Assemblée, s'écria ingénnement l'.un des auditeurs. ~ Nous y mettrons, reprit aussitôt Ihimont avec emportement, la guillotine pour vous et les RÉACTiON?fAiRCS
QCl vous RESSEMBLENT. >
S Le Cri du Peuple lyoitnai$ a publié en feuilleton le fameux dossier Jules Favre avec tous les actes de l'état civil Irgués de faux, tel qu'il avait paru dans le Vengeur, sous la signature de IHIHère.
s Dumay, membre de l'Internationale, mêlé activement aux deux grèvci de 1870. Nous aurons bientôt l'occasion de dévoiler les turpitudes de ce fonctionnaire municipal, qui dut son élévation au préfet Frédéric Morin. (Arrêté du i4 septembre 1870.)
lA POUR MAINTENIR L^ORDRE, ET JE TROU\'E QUE l'ORDRE, c'eST Là,
Commune révolutionnaire.
c Les insurgés sont pour nous ces soi-disant mandataires de LA frange qui, cliargés, disaient-ils, de faire avec rennemi les conditions les plus favorables pour elle, ont accompli leurmission en lui baisant pieds et mains, et lui accordant plus que celuirci n'avait osé demander. > Et plus loin : « Messieurs de la réaction, ce ne sont plus les injures excrétées <lans ces vomitoires que vous appelez journaux de l'ordre qui vous permettront d'absor-» ber de nouveau le travail du peuple. Que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, Thorizon obscur dans lequel vivait le prolétariat va disparaître pour faire place au monde révolutionnaire, à rintcrnationale,
c Quoi que Ton dise de toi, ô Paris ! le monde entier t'admire, et tôt ou tard, tu seras imité »
Et'encore...
« mon pays ! ô chère république ! dans les mains de quels bandits es-tu tombée ! Seras-tu assez forte pour vaincre tous les réactionnaires, tous les vendus, tous les traîtres, afm qu'ils ne reparaissent plus ?
c J'espère que oui ! mais pour cela il te ftiut un appui; et nous Tespérons, il ne te manquera point.
« Quant au moyen de te sauver?.,.
a JE VAIS RELIRE 93 ! «
Qu'on nous permette de reproduire encore quelques passages de cette feuille incendiaire; nous les empruntons au numéro du 23 avril.
C'est d'abord un appel aux armes sous la signature de Charles Dumont et sous ce UU-e : TUE ! ÏUE 1 TUE EN- CORE !
a Le sang coule donc!... La guerre civile, que Paris voulait
éviter à tout prix, prend des proportions épouvantables Si la
raison ne revient point aux provocateurs de Versailles, l'in*
surrection gagnera bientôt la France entière Allons ! allons !
du courage : en avant la mitrailleuse ! ce sont des «républicains Si nos ennemis s'obstinent, s'ils veulent les massacres
quand même, oh ! alors, citoyens, à notre tour, nous dirons : Il faut en Fiiim.
ET LE JACOBINISME. lH
« Et nous crierons :
c AUX ARMES ! FRAPPONS î FRAPPONS 1 »
L'article suivant : Ou bst Blanqux? écrit par le même individu est eoicore plus significatif :
c Lorsque chaque jour nous entendons les calotins se lamenter sui* les otages retenus par la Commune de Paris, nous ne pouvons nous empêcher de nous récrier, et de nous poser une simple question : Où est Blanqui?,.. ^
' « Et aussitôt ces messieurs de bondii* et fie nous regardée ^
â)ahis. c Blanqui, s'écrient-ilS| ce révolutionna^, ce socialiste : ah ! celui-là, si on le tient, qu'on le fusillo^l »
« Mais alors, si la Commune par. représailles agit de même avec Darboy et Deguerry, que direz-vous, messieurs les jésuites?
« Qu'est devenu Blanqui?
c Profitant de sa condamnation à mort, les bandits l'ojct-ils . ASSASsmé? •
c RsACnON, PH£NDS GARDE !
€ Tais-toi bt disparais, il est peut-être temps encore.
c Ne mets point le uon en fui'ie, tu n'y résisterais point.
c En tout cas, si tu ne dis point ce que tu as fait de Blanrjui, le peuple aura le droit d'ajouter ce nouveau crime a ton actif, et TU sais que dernièrement, a Montmartre, il s'est rappelé les
FUSILLADES DE 4UIN.
« Réaction, n'as-tu point assez des chassepots et mitrailleuses?
« Comme l'inquisition, te servirais-tu encore du poignard et du poison? »
Nous bornons là ces citations !
On s'explique sans peine Peffet que devaient produire sur la masse de pareilles récriminations, alors surtout que cette feuille, devenue en quelque sorte le Moniteur officiel de l'insurrection parisienne, reproduisait tous les manifestes et déclarations de la Gomnume en les accompagnant des commentaires les plus en-
tliousiastes. Pour elle, Paris, c'était la cité martyre luttant avec une héroïque résolution pour le triomphe des idées révolutionnaires et rémancipatiou définitive des travailleurs; pour elle, la Commune défendait 7a cause de la justice^ de la raison et du bonheur w/2iVe/'se7*. Tantôt elle expliquait aux ouvriers quels seraient pour le prolétariat les résultats désastreux et les conséquences fijnestes de la victoire « des mouchards de Versailles >. Tantôt, s'adressant aux soldats, elle leur rappelait qu'à Paris le peuple et l'aririée avaient fraternisé, le jour où l'on avait voulu les faire entr'égorger, et les invitait à ne pas tirer sur. leurs frères, les travailleurs *. Elle parlait surtout de la fédération révolutionnaire des Communes dont l'établissement devait être la première étape de la révolution sociale.
Les autres organes de la démagogie lyonnaise, et notamment le Défenseur des droits de F hommes proclamaient également la légitimité de l'insurrection parisienne.
Mais ce n'étaient pas là les seules causes d!agitation : il y en avait plusieurs autres et des plus sérieuses. Pour nous en convaincre, nous n'avons qu'à étudier les menées occultes auxquelles se livraient, à Lyon, les partisans de la Commune, à les suivre dans les nombreuses réunions secrètes tenues à cette époque, à signaler les décisions qui y étaient prises et le travail d'organisation auquel ils se livraient.
Dans les premiers jours du mois d'avril, des groupes révolutionnaires avaient été constitués sur des bases nouvelles. La direction de tous ces groupes avait été confiée à une commission dite Commission provisoire executive de la Commune de Lyon et composée de 27 membres. Cette commission était à son tour subdivisée en quatre sections : l'une, dite section de sûreté j était chargée de surveiller les principales autorités civiles et militaires, dont elle devait connaître les adresses, afin d'être en mesure de les mettre en état d'arrestation, dès que Tordre lui en serait donné ; une autre section, dite section militaire^ avait à se rendre un compte exact du nombre des troupes com-
i Numéro du 26 avril, l^o psi^e, i^ colonno, lignes 56 et suiv.
< Le numéro du 28 avril contient, sur la situation de Paris, une corretpon' danee particulière signée par Comtant Martin, membre de Tlntemational» et secrétaire de la délégation révolutionnaire des vingt arrondissamea^s.
ET Lt: JACOBINISME. ju
Hit la garnison de la ville, à s'occuper exclusivement de la lOtralisation des forces révolutionnaires, de la combinaison des (j-ens d'action et de l'exécution du pian d'attaque qui serait définitivement adopté.
Les deux documents suivants permettront d'apprécier toute
^'importance des dispositions stratégiques et du mouvement in
nrectionnel dont cette commission avait comljiné tous les
ails, mouvement insurrectionnel qui, fixé d'abord au 8 avril,
Itis au 11, au 13, au 15 et enfin au 27, ne put recevoir qu'un
mencement d'exécution dans la,piatinée du 30 avril :
Commune de Lyon.
Plan d'atlaipio.
K Une commission militaire nommée parmi les membres de la mmission executive de\Ta immédiatement entrer en fonctions. I Cette commission devra se rendre un compte exact des roes des troupes régulières formant la garnison, soit dans les mps environnants, soit dans les forts qui ne sont pas en notre Ksession.
. Attacher immédiatement des citoyens de notre parti à la wte des principales autorités civiles et militaii'es afin de contSiro parfaitement leur résidence et les lieux qu'ils fréquentent. ^L'arolievèque sera également l'objet d'une surveillance spéciale, officiers de la garde nationale et conseillers municipaux.)
• S'occuper de la centralisation de nos forces, afin de savoir d'une manière certaine ce dont nous pouvons disposer, placer ces forces sous le commandement d'un homme habile, et dont toutes les sympathies seront acquises à notre parti.
« Le mouvement étudié par la commission miUtaire et approuvé par la commission executive devra se faire jeudi 27 courant, à 3 heures après minuit, et être ainsi conçu :
« Aucun signal pouvant donner l'éveil à nos adversaires ne devra être employé ;
1 Les forces militaires révolutionnaires, qui devront former II. 8
un minimiini de 5^000 hommes, seront convoquées et réunies aux postes qui leur seront assignés par un ordre que leurs cli6& recevront de la commission exécnlive. Ge mouvement devra se faire avec le plus grand calme et un ordre pariait, à seule fia de nous assurer promptement la victoire.
Mouvement.
t Les citoyens délégués devront être revêtus du costume d'officiers supérieurs de la tfoupe régulière ; il leur sera également adjoint plusieurs délégués portant la tenue d'un grade inférieur.
« Ces groupes devront se présenter à une heure indiquée aux logements des autorités comme étant chargés d'une mission, et opérer immédiatement leur arrestation (leurs armes seront le sabre et revolvers).
c Ces délégués seront protégés à petite distance par un peloton d'hommes armés prêts à prêter main-forte.
c Les prisonniers de\Tont, autant que possible, être incarcérés dans un endroit secret et sous bonne garde.
a En même temps que ce premier mouvement s'opérera, des avant-postes composés de dLx-huit hommes devront se rendre sur tous les points où s'opère la rentrée ou la sortie de la ville et en gardei* strictement les issues; à partir de ce moment, personne à quelque titre que ce soit ne pourra sortir au dehors (pas même un enfant). Ces avant-postes auront pour mission de faire l'arrestation de tous les oHiciers qui le matin se rendraient soit aux camps, soit aux casernes situées au dehors, et ils seront appuyés par des compagnies placées en embuscades, principalement sur les points occupés par l'armée.
« Des bataillons appuyés d'artillerie devront être campés aux environs des forts les plus redoutés, tifin d'en interdire toute communication et surtout l'approvisionnement.
« Aussitôt que nous serons sûrs que ce moirvwnent s'est bien accompli, y compris l'occupation des gares et des bureaux télégraphiques, banque, etc., ce qui devra être fait avant le jour, QDe délégation composée de citoyens désignés par là coounis-
sîofi se rendra au milieu des camps et cafiemes, informera les troupes du mouvement qui vient de s'opérer, et, en leur témoignant nos sympathies, leur fera connaître Tarrestation de leurs chefs, et que nous les invitons à rentrer dans nos rangs comme gardes nationaux salariés.
« Cette délégation devra être, autant que possible, porteur d'ordres émanant des autorités militaires prisonnières, et revêtus de leurs timbres, dont nous devrons nous emparer.
« Mais pour que le succès nous soit assuré les mesures les plus rigoureuses devront être prises.
t Les trains arrivant en gare devront être arrêtés et aucun départ ne pourra avoir lieu pendant le mouvement.
€ Les bateaux à vapeur et autres voitures dé la banlieue et de poste, rien ne pourra sortir de la ville.
« Dans le cas où le fort des Brotteaux voudrait faire résistance en envoyant des obus dans la ville, les membres de la Commune pomTaient se réunir au palais de justice.
Action.
c lo Rassembler, samedi 8 avril, à 7 heures présises du sohr, sur le cours des Tapis à la Croix-Rousse, par Tintennédiaire des comités révolutionnaires, tous les citoyens partisans de la Commune.
« 2* n est urgent qu'il y ait 5 ou 6,000 hommes, et dans tous les cas 3,000 hommes au moins, bien armés et munis de cartouches.
« 3« Us s'organiseront spontanément, autant que possible sans l'intervention de leurs officiers habituels ; ils porteront pour signe de ralliement un mouchoir, ou un linge, ou une bande d'étoffe qui ne soit pas noire, roulé autour de leur chapeau, képi ou casquette.
« 4" On marchera sur le fort Saint-Jean, après s'être muni d'échelles ; on l'envahira par les derrières ; on s'avancera rapidement dans l'intérieur en ne rompant les rangs que le moins
tî6 L'INTERNATIONALE
possible et Ton criera, en présence des soldats : Vive Farmée!
I y 300 hommes sous le commandement d'un homme énergique formeront la garnison du fort Saint-Jean; 100 hommes munis de tambours et de trompettes se détacheront pour courir dans les 4*, !«' et 3* arrondissements, et inviter à haute voix les citoyens à se rendre au fort Saint- Jean; ils réquisitionneront également pour cela les clairons et tambours de la garde nationale.
• 6® Tous les hommes disponibles s'organiseront en colonne d'attaque, sur le quai de la Saône, en face la caserne de Serin, et de là marcheront sur le fort de Loyasse.
« 7® Après Toccupation de ce fort ainsi que du fortin de Vaise y attenant, 300 hommes y resteront comme garnison ; 100 hommes iront battre le rappel dans le 5* arrondissement, invitant les citoyens à se rendre en armes au fort de Loyasse, où ils seront immédiatement organisés, pour ôtre dirigés ainsi que le gros des forces populaires sur le fort Saint-Jean, où Ton ralliera les renforts venus des autres quartiers.
« 8® La colonne marchera sur l'hôtel de ville en longeant le quai Saint- Vincent et la rue d'Algérie et bousculera au besoin tout ce (jui pourrait s'opposer à son passage. Elle aura soin de jeter en passant 100 hommes dans la manutention du quai Saint-Vincent, sous la direction d'un homme intelligent, avec ordre de fabriquer et de faire fabriquer du pain sans désemparer et de rassembler des fourgons et voitures de réquisition pour le transporter dans les forts occupés f les commandants de ces forts pourront en outre, à l'aide de bons de réquisition signés d'urgence par eux-mêmes, se procurer tout ce qu'il leur faudra.
a j» La colonne occupera tout le côte nord de la place des Terreaux et s'avancera pour occuper par la force, s'il le faut, le devant de la façade de l'hôtel de ville en même temps qu'un détachement le cernera par la place de la Comédie. On arrêtera Ci on enverra aussitôt au fort Saint- Jean tous les conseillers ou
AUTORITÉS QUELCONQUES QUI SERONT TROUVÉS DANS l'hÔTEL OK VILLE.
a 10» On laissera 300 hommes au poste de la rue Luizerno SOUS la direction d'un homme énergique pour arrêter ilugo
LES RÉACTIONNAIRES *. La coloijne se ravitaillera et marchera sur la Part-Dieu, fort Lamothe, prisons, fort Saint-Irénée. »
Au bas de ce document se trouve cette mention significative :
€ Ne communiquer aux groupes que les trois premiers articles ;
très-peu doivent CONNAITRE LE PLAN. »
Nous venons de faire connaître le rôle qu'était appelé à jouer cette commission militaire ; il nous reste à indiquer do quelle manière les groupes révolutionnaires étaient tenus au courant des décisions adoptées par la commission provisoii*e de la Ck)mmune.
Chaque jour cette dernière se réunissait. Ses séances étaient secrètes. Pour être admis dans le lieu de la réunion il fallait être porteur, d'une carte spéciale, nominative et ravùtue du timbre de la Commune. La commission était allé jusqu'à déléguer un de ses membres pour exercer le contrôle le plus rigoureux sur ces cartes et veiller à ce qu'aucune fraude ne se produisît. Voici le modèle de l'une d© ces cartes établies sur carton rouge ; elles servaient en outre à se faire reconnaître des frères et amis :
Timbre blea, avec ces mots :
COMMUNE do Lyon — coxMissiox provisoire.
Codex, ruê VoUaire, 37.
C'était dans ces réunions qu'étaient concertées toutes les mesures à prendre. C'était là que les délégués venaient chercher les mots d'ordre et recevoir les instructions qu'ils devaient porter à la connaissance des groupes révolutionnaires. Tous ces délégués avaient été nantis d'un mandat destiné à établir leur qualité et à se faire admettre dans les diverses réu-
* On trouvera aux Doeumentt juiU/icatifs, pièce L, une liste des réactionnaires , dressée par l'international Parratox au mois de septembre 1870. Ce sont les individus désignés dans cette liste qui devaient être les premières ▼ictimes du nouveau pouvoir révolutionnaire.
nions tenues par les groupes et auxquelles ils étaient tenus d'assister. En un mot ils servaient d'intermédiaires entre la commission et les groupes révolutionnaires ; témoin la pièce suivante :
c Mandat est donné au citoyen Codex de se mettre en rapport avec les groupes révolutionnaires avec lesquels il aura I occasion d entrer en relations et d'être r intermédiaire entre ces groupes et la commission ^
Po«r la eommissioD,
« Le secrétaire.
%/2e;F0URNIER«.
Aa bas se tronye un cachet bleu avec ces mots :
Commune de Lfon, Commiuion prowitoin,
Nous avons à nous occuper maintenant des conciliabules secrets organisés par les membres de la commission PROvisomB, à initier le lecteur à tout ce qui s'y est dit, à rendre compte de ces nombreuses réunions publiques où, sous le prétexte apparent d'établir une entente au sujet des élections municipales, les meneurs préparaient les éléments d'une nouvelle tentative insurrectionnelle, en y prêchant l'abstention générale et l'opposition au vote même par les armes, à reproduire les discours et les propos incendiaires qui y ont été tenus, à signaler enfin tous les agissements des délégués de la Commune de Paris, Leblanc, Dumont et Caulet de Tayac, qui se présentaient dans cliacune de ces réunions comme autant de sauveurs chargés c de guider le peuple dans les voies de la régénération sociale. »
1 Codex (Jean), charpeutier, rue Vollaire, 37, dont il est question dans ce mandat, appartient à Tlnternationale. Deux fois condamné pour vol, cet in* difida a figuré à la tète des bandes armées qui, le lendemain du désastre de Sedan, se ruèrent sur les prisons pour en enlever les détenus politiques. U pénétra l'un des premiers dans la cellule où « gémissait » le procureur actuel de la république do Lyon, le citoyen Andrieux.
s U s'agit ici de Foornier Léonard, ouvrier mécanicien, ex-membre du Coinité de salut publie (commission de la guerre).
GHAPITRB XVU
LES CONCILIABULES SECRETS DE LA GOBOUSSION PROVISOIRE ET DES GROUPES RÉVOLUTIONNAIRES. — LES REUNIONS PUBUQUES DE LA SALLB VALENTINO, DU BAL PARISIEN, DU CLUB DE LA RUE OROLEE, DES SALLES BONNEFOND, GUILLERME ET FREDOUILLËRE, DE LA RUE BiCHEVEUN, DE LA RUE SUCHBT, ETC, ETC. — APERÇU DES DIS- COURS PRONONCÉS DANS CES DIVERSES RÉUNIONS. — LÉS PRÉPA- RATIFS DE LA COMMISSION MILITAIRE* — ATTITUDE DES DELEGUES DE LA COMMUNE DE PARIS. — ILS PRÊCHENT LA GUERRE CIVILE ET l'insurrection.
Avant d'entreprendre ce récit, une observation préliminaire nous paraît indispensable. Le nombre et surtout Timportance de ces réunions nous font un devoir d'en retracer les incidents : on jugera par là de la violence des attaques dirigées contre le gouvernement de Versailles, de l'enthousiasme dont la Commune de Paris était l'objet et de la persistance que mettaient les coiTphées de la démagogie et de l'Internationale à fomenter une nouvelle émeute. Afin d'éviter toute confusion nous aurons soin, dans l'exposé du sujet, de suivre Tordre chronologique. Nous ne signalerons d'ailleurs que les réunions les plus importantes.
Une première réunion * eut lieu, le 8 avril, dans la salle Valentino, sous la présidence d'un certain Raymond, ouvrier tisseur *. Les outrages les plus grossiers y furent proférés à Tadresse de l'Assemblée nationale . Tous les orateurs répétèrent qu'il fallait à tout prix défendre la Commune de Paris, se lever en masse, et sans retard, pour marcher à son secours ;
^ Voir aux Doettmentt jtuHfleuttfi, pièce Ll, l'affiche de convocation de Mtte réunion.
• Cet individu appartient à rinternationale.
que le gouvernement de Versailles n'était composé que d'infâmes et d'assassins que Thiers, Jules Favre, Simon et & ; faisaient égorger « leurs frères^ » et que le peuple ne devait plus se laisser gouverner par cette t bande de brigands, i II fut décidé qu'une manifestation en faveur de la Commune aurait lieu le lundi suivant (11 avril) à l'occasion d'une revue de la garde nationale, qu'on enlèverait le général et qu'on se porterait ensuite en armes sur la prison pour délivrer les individus mis en état d'arrestation à la suite de l'émeute du 23 mars. A cette séance assistait l'un des délégués de la Commune de Paris.
Le 12 avril, deux réunions privées furent tenues, l'une, rue Béchevelin, 25, par le comité révolutionnaire de la Guillotière, l'autre, rue Suchet, 19, aux Brotteaux : partout la Commune de Paris fut acclamée comme le seul gouvernement légitime du pays.
Le président du club de la rue I3échevclin * donna lecture d'une circulaire de Cluseret faisant appela toutes les forces vives de la nation et invitant les Lyonnais à suivre sans retard l'exemple de Paris.
La réunion de la rue Suchet, où assistaient plus de 300 personnes, fut des plus animées : l'assemblée réclama avec insistance les délégués de la Commune de Paris, qui, retenus à la Croix-Rousse, n'avaient pu se rendre à cette séance ; il fut procédé à la nomination de cinq délégués chargés, au nom du groupe de la rue Suchet, de s'entendre avec les délégués des • autres réunions et avec les membres de la commissioiN provisoire de la Commune. Il importe d'expliquer ici que les groupes se réunissaient tous les soirs ; que chacun d'eux déléguait, à l'issue de ces séances, un ou plusieurs de ses membres avec mission de se rendre soit au lieu où siégeait la Commune, afin de prendre ses instructions, soit au local des autres groupes, pour les
* Jacquet, qui avait rempli les fonctions de président de ce club depuis l'époque de son organisation (septembre 1870), fut révoqué dans cette réuniop à cause do sos idées trop modérées et accusé de trahison. 11 fut remplacé par un nommé Sellinger. Le charpentier André Dumontet devint vice-président, el le mécanicien Franc, trésorier (Voir le manifeste de Jacquet à Toccasioii de la signature du traité de paix, page 88). »
aviser de ce qfû avait été décidé et se concerter avec eux pour agir avec ensemble.
Le lendemain, nouvelle réunion du groupe Suchet. L'un des délégués explique qu'il vient de parler à monsieur Hénon^ mais que ce dernier, avant d'agir, demande 48 heures afin de connaître le résultat des démarches des cinq délégués envoyés par la municipalité à Versailles, à l'effet d'opérer un rapprochement entre le gouvernement et la Commune de Paris.
Il continue : « Si nous attendons 48 heures, nous ne serons pas plus avancés qu'il y a huit jours... Ne sommes-nous pas en force suffisante pour nous emparer du préfet et de toute la sacrée BOUTIQUE ? L'autre fois nous étions à peu près deux cent cinquante hommes quand nous avons pris la boîte * {sic).
€ Une voix. — Oui, mais maintenant il y a la Hgne.
€ Le président. — Les soldats de la Ugne seront avec nous, j'en réponds.
€ Citoyens, s'écrie à son tour un auti'e orateur, le citoyen Hénon demande d'attendre 48 heures. Pourquoi faire? Attendrons-nous ou n'attendrons-nous pas ? Eh bien, non I nous n'attendrons pas, car il est plus que probable que les délégués de
Lyon soumettront du côté du plus fort Remarquez ce que
je vais vous dire : Jules Simon, E. Picard, Jules Favre et le bonhomme Thiers pendant vingt ans ont prêché la séparation de
l'Eglise avec l'Etat, aujourd'hui c'est tout le contraire Ils,
changent de face tous les jours Ils sont tous royalistes.
Voyez Paris, ils {sic) vendent les temples et les églises, ils se gouvernent tout seuls, ils n'ont pas besoin de ces charlatans de Versailles. Et nous, citoyens, ne pouvons-nous pas être dans les mêmes conditions? nous vendrons tout oo qui appartient aux différents cultes religieux ; nous n'avons qu'à arrêter le préfet et le maire, car, du moment que la Commune existe, nous n'avons plus. besoin d'eux, car le plus bête des canuts vaut bien tous ces