CHAPITRE XVIII
ATTITUDE DE LA GARDE NATIONALE. — SES SYMPATHIES EN FAVEUR DE LA COMMUNE DE PARIS. — ROLE DE L'INTERNATIONALE. — LES INTER- NATIONAUX, GENEVOIS PRÉPARENT UN SOULEVEMENT. — APPEL DU COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE DES PROVINCES AUX RÉPUBLICAINS DÉVOUÉS
(circulaire confidentielle).
Pendant que les clubs s'agitaient, la garde nationale manifestait hautement ses sympathies pour la Commune de Paris. Une revue avait-elle lieu, le défilé s'efTectuait aux cris de : Vive la Commune ! A bas Versailles! Une affiche du gouvernement était-elle apposée, elle était aussitôt lacérée par des gardes na tionaux furieux d'apprendre que les fédérés avaient été repoussés ; et malheur à celui qui aurait voulu protester contre cette lacération^ On se saisissait de lui, on l'injuriait, on le menaçait ; quel(|uefois môme on allait jusqu'à le frapper, En revanche les proclamations de la Commune de Paris, et les placards incendiaires qui, à cette époque, étaient apposés chaque nuit dans la plupart des quartiers, devaient être respectés ; si quelqu'un se permettait de les enlever, des bandes d'individus se ruaient sur lui. Nous avons été témoin, le 10 avril, des mauvais traitements dont fut l'objet pendant plus d'une heure un capitaine, qui, indigné à la vue de l'un des placards, avait eu le courage de le déchirer avec la pointe de son sabre ; on ne parlait rien moins que de le jeter à l'eau, et nul doute qu'on ne lui eût fait un mauvais ])arti sans Tintervention énergique de quelques personnes.
Ailleurs, c'étaient des olïiciers de la garde nationale qui péroraient sur la place publique et faisaient à la foule l'apologie enthousiaste de la Commune de Paris ; plus loin, des militaires étaient
insultés ou assaillis à coups de pien'e «. A la Guillotière, des fourgons de munitions étaient arrêtés par le poste de la mairie qui s'opposait formellement à leur départ pour Versailles.
L'irritation de la milice citoyenne était extrême : pour elle tous les membres du gouvernement n'étaient que « de vils assas* sins » faisant égorger le peuple. Elle ne voyait partout que la main de la réaction royaliste, et elle était disposée à se prêter à tout mouvement qui aurait pour but de renverser l'Assemblée nationale.
D'ailleurs les excitations ne hii faisaient pas défaut, et parmi ses chefs il en était qui, dès la première heure, avaient c^ert au conseil municipal de lever des volontaires pour marcher au secours de la Commune de Paris ^.
L'Internationale ne pouvait manquer de tirer parti d*une situation aussi favorable. Nous avons déjà vu à l'œuvre tous ces groupes révolutionnaires dont elle avait pi*ovoqué la formation et qui n'obéissaient qu'à ses inspirations. Nous avons signalé l'activité déployée par Albert Leblanc, Dûment et .Caulet de
1 Ces agressions étaient devenues si fréquentes que le général coinmanilant la division militaire avait dh, le 22 avril, par un ordre du jour, prescrire aux troupes de la garnison d'avoir à faire de leurs armes l*usage le plut énergique contre tout individu qui tenterait de les arrêter ou de les maltraiter. Le comité central démocratique crut devoir protester contre cette mesure (Documents justificatifSy pièce Ll bis),
* Voici quelques passage?) d'une lettre par laquelle un ev-capitaine de chasseurs à pied, en retrait d'emploi à )a suite d'attaques injurieuses contre des officiers de l'armée, le citoyen Ferrer, faisait connaître aux gardes oalioDaia da 16« bataillon qu'il ne pouvait accepter les fonctions de commandant qu'ils veoaieiit de lui conférer a la suite d'une élection irrégulière :
a Citoyens gardes nationaux 1
« N'écoutez donc pas ces lionmes licbes, insouciants ou malintentionnés, qui veulent vous persuader qu'il est avantageux aux citoyens de ne pas se garder eux-mêmes, qu'ils doivent confier ce soin aux troupes ; comme s'ils n'avaient pas plus d'intérêt à veiller à leur défense, à leur sàreté, que des stipendiés étrangers et sans attache aux lieux où ils se trouvent, n'ayant d'autre mobile que l'impnli^ion qu'ils reçoivent de leurs chefs, obligés d'obéir à leur commandemeut et d'exécuter aveuglément leurs ordres, même les plus injustes et les plus sanguinaires, et qui enfin ont si souvent été employés à opprimer les peuples et à les réduire à la servitude.
« Le jour où ces vérités seront connues, les actes de brigandage ne seront plus impunis, et le soldat saura que dans aucun cas il ne doit être employé contre le citoyen. *
Voilà le laaii^age que tenait à la garde aationale un ancien miUtaire I
ET LE JACOBINISME. iS»
Taytc ; ce n'éUient pas là les seules manœuvres employées par é&e pour hâter Theure de la révolution socîiale.
Fidèle à son programme, la fédération révolutionnaire ien aottnmnes, elle adressait dans les premiers jours du mois d'avril une circulaire à tous les républicains dévoués. Ce document confidentiel offre une importance capitale; il jette une complète lumière sur les agissements auxquels, sous le couvert fon comité dit comité révolutionnaire des provinces^ s*est livrée rintemationale pour assurer le triomphe des revendications populaires. C'est à Garouge (Genève) qu'il a été imprimé ; c'est de là que sont partis les agents chargés de remettre ces instructîonB aux hommes sur le conconrs desquels il était permis de compter*