CHAPITRE XXI
LA VÉRITÉ SUR LE llÔLE VT LES AGIBSEMENTS DE L^UfTBRIVATIOIfALB;
ELLE DISSIMULE SON ACTIOH SOU? LK COUVERT DE COMITÉS HÉVO- LUTfONNAIRES AFIN DE NE PAS SE DISCREDITER EN CAS d'iNSUGCAs. — SITUATION ACTUELLE DE L'INTERNATIONALE A LYOW.
A Lyon, comme dans la plupart des villes où elle a réusçÊà s'implanter, llnternationale n'a eu pendant plusieurs mois d'autre préoccupation que de fomenter des émeutes et d'essayer ainsi le3 forces du prolétariat. Tous ses efforts y ont tendu à la création de comités révolutionnaires, recrutés dans ses rangs et dans ceux du jacobinisme, agissant à son instigation et doni l'existence se traduisait par des actes d'une violence inouïe et des apf>els sans cesse réitérés à la guerre civile. A la faveur de nos désastres et du désarroi profond dans lequel une série de défaites avait jeté le pays, elle a pu tout à son aise agir, s'organiser, se réunii*, lancer manifestes sur manifestes, sans que rautorité (quelle autorité ! !) ait jamais songé à apporter la moindre entrave à des agissements dont il eût été cep^dant facile dès le principe de devinçr le véritable caractère.
Nous avons vu au 4 septembre Tlnternationale y faire ouvertement parade de ses sentiments patriotiques, prêcher la guerre à outrance, réclamer à hauts cris la levée en masse, l'armement général de la nation. Elle voulait à l'aide de pareilles démonstrations donner le change sur ses projets intimes ; aussi, tandis que le public croyait à la sincérité de son attitude, ses adeptes déclaraient-ils dans leurs conciliabules privés qu'ils ne se serviraient jamais de leur fusil que contre les Prussiens de l'intérieur.
Il est une objection que ne manqueront pas de nous faire les gens qui croient encore que l'Internationale veut réaliser par des
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1 économiques l'émancipation du prolétariat. Ils viendronl sans doute prétendre que, dans tous les agissements que BOUS avons signalés, l'Inlernalionale n'a jcué qu'un rôle das plus secondaires et que l'action des comités jacobins a été partout prépnndérante .
Nous répondons que ces comités sont exclusivement l'œuvre de l'Internationale, et, à toutes les preuves que nous avons déjà fourmes en les empruntant à des documents d'une authenticité incontestable, nous pouvons ajouter un autre arg^ument, iiTésistible, puisé dans les déclarations miïmes de ses adeptes. !1 sulHt de parcourir les procès-verbaux des séances tenues par le» sections parisiennes pendant le sié^ et pendant Iti Commune pour être édiQé sur la tactique à laquelle obéissait partout l'Internationale. Voici en effet sur quels principes reposait cette tactRpie : proliier de toutes les libertés nouvulIi'S pour iorgeaiser puissamment; procéder sur tous tes points à la foraïKlion dif comités chertés do coordonner lo mouvement ràvaiuUonnairo ol d'exercer par har attitude une pression, soit naaièrieUi!, soit morale, sur les décisions des municipalités; placer à la tète de tous ces comités an ou plusieurs de ses membres qui agiraient comme citoyens cl non comme membres dt J'JaternatioHate i lancer ces comités dans ies manil'e stations qu'il serait nécessaire de provoquer, mais avoir soin de dissimuler lo plus possible la part qu'y prendrait l'internaliomde, afin qu'on cas d'insurci's, ce fût le comité seul qui fût discrédité. En un mot, pendant toute celte période, l'Internationale, qtâ a été' surprise par tes événements du 4 septembre, et qui ovaint à ce moment de ne pouvoir engager la lutte avec des dtsnoes assez sérieuses de .sucws, cherche à cacher soujen sous ls< couvert de comités qui tous, sous des noms différenls, pourrniveot au fond le même but, la fédération révolutionnaire des eommancs. L'un de ces comités vienl-it à échouer dans une teulative insurrectionnelle, il n'aura plus nu'à disparaître ou à se réorganiser sur des bases nouvelles, et tout sera dit. Qu'on Bon^re au contraire nux conséquences désastreuses qu'eftt entraînées pour l'Inlemalionale, ayant agi comme corps, un insuc-
j ces quelconque ! c'eût été donner une preuve de la faiblesse des
^^L- ressources dont elle disposait, et elle tenait alors essenticllemenl
à laisser croire que sa puissance était immense et inébranlable^. A Paris, par exemple, c'est elle qui, dans la soirée du 4 septembre, décide la création du comité central des vingt arron^ dissemcnts^ comité où domine l'élément jacobin et dont elle se servira bientôt pour faire le 31 octobre et le 22 janvier ; plus tard elle appliquera ses statut^ à l'organisation du comité. ceU" tral de la garde nationale et en prendra d'une manière occulte la direction pour préparer la révolution du 18 mars.
Partout les agissements de l'Internationale ont été les mêmes. Nous savons ce qu'elle a fait à Lyon et comment ont fonctionné ses divers comités. Au 28 septembre, c'est le comité central da salut de la France qui envahit l'hôtel de ville. Le 4 novembre, une manifestation armée des chantiers nationaux a lieu à l'instigation du comité central fédératif. Au 23 mars et au 30 avril, nous trouvons à l'œuvre le comité central démocratique de la garde nationale^ au sein duquel l'Internationale compte de nombreux délégués. Quelques jours plus tard, un nouveau comité était organisé, le comité central républicain socialiste de la France méridionale.
Ce fut là le dernier acte révolutionnaire de Tlnternationale à Lyon. Privée de ses chefs, désorganisée pai* les nombreuses arrestations opérées dans ses rangs, ne se sentant plus soutenue par la garde nationale, elle parut désormais se recueillir et dissimuler son existence. Les derniers exploits de la Commune de Paris lui avaient porté un coup terrible. Toutes les sympathies qui lui avaient été jusqu'alors prodiguées s'évanouirent. Un instant la municipalité lyonnaise s'était associée à l'indignation générale doniV Internationale était devenue l'objet; mais ce beau mouvement ne fut pas de longue durée : elle se ravisa bientôt, et, au lieu de sacrifier toutes les recrues de l'Internaiioiiale (ju'elle avait mises dans sa police ou mome dans les divers services publics placés dans ses attributions, elle en
1 Cette préoccupation avait été poussée si loin, qu'au mois de janvier 1871 le conseil fédéral parisien n'avait pas voulu publier sous son nom un journal, de peur d'être ob'igé d'en suspendre la publication faute de fonds (ce qui eût produit un mauvais effet) : il avait été alors décidé que ce serait la section des Ternes et Batignolles qui assumerait la respoui^abilité d'une déconfiturt regardée comme inévitable. Le journal publié par cette section sou| ce titre : La République des IravaiUeurs, n'eut, en effet, que quelques numéros.
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-WkgmuntB le nombre, comme jiom- dunnor da nouveaux gages à cette inrernale association et jeter ainsi un défi à l'opininn publique.
Un seul comité avait survécu ; c'était le comité de ralHanoe îpahlieaine, plus connu soub le nom île evrcJe de h rue Grolét: 'orme de la Une fleur du jacobinisme et de l'Internationale, ce imilé, dont les tendances communardes s'étaient maiiirestées mars et qui avait pris une part si active aux réunions avaient été combinés tons les détails de l'émeute du 30 avril, exercé pendant plusieurs mois une influence désHSlrouse les destinées de la ville de Lyon. Lors des dernières 61ecins au conseil général et au conseil municipal sa puissance 'est relevée de la façon ta plus inquiétante, et, tandis que les luservateurs, (tdôlea à leurs habitudes ou sous de futiles préixtes s'abstenaient de voter, tous ses adeptes se rendaient an itin et assui'aient par leurs suffrages le succès des candidats les plus excentriques '. Aujourd'hui ses créatures siègent dans tous les conseils : la majorité leur est même acquise dans b plupart de ces assemblées.
Aussi, en dépit de sa dissolution si bruyamment annoncée, ce imité n'a jamais cessé de fonctiormer ; il h couvert In vitio de ron de sections révolutionnaires, et si jamais de nouvelles âectionB sont rendues nécessaires, nul doute qu'avec les éléments dont il dispose il ne lui soit facile de faire triompher ses candidats, surtout si le système de l'abstention contiiiue â pi'éraloir et que les conditions du 'cens électoral ne soient pas profondément modifiées.
La fédéralion lyonnaise, qui comptait au mois de juillet 1870
Itrenle-trois corporations adhérentes, existe-t-elle encore? n-t-elle
■puis celte époque recruté de nouveaux adlién'nls*? quelle est
Lyon actuellement l'organisation do l'Internationale? Telle
[est la dernière question â laquelle nous avons à répondre.
L'Internationale a toujours compté et compte oncnrc: de imaibreux adiiérents à Lyon, mais toutes ces adhésions sorit de-
■ Voir SDi Documrnis, juilificatift \Héce Ll\, In farmllli! ilii mandat i|i f-AA être acceplA par laus lui candidals piiIroaiii!i pw es coinilé.
* Vfiif rindÎMiion de ce» corporalionî, L'lnl*rnaHonnle. p>gm 18a .'t
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venues individuelles. La fédération ne fonctionne plus depuis Te mois de septembre 1870 ', et c'est à peine si dans ces derniers temps quelques corporations* se sont assemblées pour traiter de questions relatives à leur salaire. Les corporations ne sont plus comme autrefois réunies en un seul faisceau parune commission fédérale composée d'autant de délégués qu'il y avait de corporations adhérentes. La désorganisation sous oe rapport est des plus complètes. Cet état de chose s'explique naturelle ment par Tabsence des Albert Richard, Gaspard Blanc, Palix, Ghol et autres vétérans de l'Internationale, qui eussent pu tenter avec succès la reconstitution d'une nouvelle fédération. En dehors des séances secrètes que tient le cercle delà rue Grêlée, . aucune réunion de rJnternationale: n'a lieu, n'en déplaise à Par» Journal: tout se réduit à des rapports verbaux entre les adeptes et les anciens membres de la commission fédérale. A proprement parler, il n'existe plus pour le moment de section de Pinternationale à Lyon : les affiliés agissent individuellement, isolément et se communiquent tout ce qui peut intéresser Tassociation, mais aucun hen ne les rattache entre eux, et s'ils échangent parfois des correspondances avec le conseil central de Londres, c'est en leur nom personnel et nullement en qualité de fondés de pouvoirs ou de correspondants de la section. On ne compte plus aujourd'hui que des afQliés directs à rinternth tionale : autrefois la plupart des adhérents ne l'étaient que comme membres de sociétés corporatives qui avaient voté en bloc leur affiliation. Nous sommes loin, comme on le voit, de ces vingt-trois sections se réunissant tous les jours et où bon leur semble, dont quelques journaux ont naguère signalé l'existence à Lyon. A aucune époque il n'a existé dans cette ville plus d'une section. En effet, si nous remontons à l'année 1867, .nous trou-
1 Quant à Landeck, dont Parù-Jaurnal (naméro da 28 août 1871) annooçaii la présence à Lyon, il n'y a jamais mis les pieds : ce voyage de Landeck n'a jamais eu lien; il en. est de môme des agissements du tanneur et de Pyrargue, qui sont représentés dans le même numéro comme les factotums de rinternationale à Lyon.
De9 renseignements puisés aux sources les plus authentiques nous permettent d'affînner que toutes les indicaiions reproduites par ce joumtl relatiyement au nombre des affiliés, au iatts «t gestes das seoiions Ijoinaisoi soril ine&actas.
▼onBiine section unique, subdivisée en dix^huit groupes et dont ^administration est confiée à une commission executive. En 1870, le mode d'afllliation était différent^ mais le résultat au point de vue qui nous occupe était le même : au lieu d'adhésions individuelles, c'étaient des adhésions eoUeotives qui se produisaient; mais aucun des groupes corporatifs * affiliés ne constituait à lui seul une section comme cela se pratique à Genève*, Il étaient rattachés entre eux par un pacte fédéral, et la gestion de leurs intérêts était dévolue à une commission unique dite commission fédérale. Cet état de choses s'est continué jusqu'au mois de septembre 1870. A dater de ce jour, les meneurs de rintemationale ont laissé sommeiller cette organisation pour se jeter résolût ment sur le terrain politique et donner un libre cours à leurs asi»rations révolutionnaires. D'ailleurs les événements ne permettaient plus à la fédération de continuer utilement Tœuvre entreprise sous ses auspices : la plupart de ses délégués Tenaient d'être comjnns dans les levées, et leur départ, on privant la fédération d'un concours qui eût été si précieux pour assurer le triomphe du prolétariat, ne pouvait manquer d'y jeter le désarroi le plus profond. Il n'y avait plus alors à s'occuper de questions de salaire ou à fomenter des grèves : l'industrie était paralysée, les ateliers fermés, le chômage à peu près général» On ne devait plus songer qu'à surexciter les masses et travailler au déchaînement des passions révolutionnaires. Nous savons comment les coryphées de l'Internationale se sont acquittés de cette patriotique mission.
On peut évaluer à 1,200 environ le chiffre actuel des internationaux lyonnais. Nous ne parlons ici, bien entendu, que des membres actifs, et nullement de tous ces ouvriers dont l'affiliation a été la conséquence forcée de TafRliation même de la corporation à laquelle ils appartiennent et qui sont demeures complètement étrangers. En tenant compte de ces alïiliations
t D existe entre la section et le groape corporatif ODe très-grande différence : les groupes corporalifs n'admettent que des individus d^^ la même profession ; dans la section, au contraire, se trouvent réunis tous les adhérents compris dans on rayon déterminé, quel que soit le métier qu'ils exercent.
* A Genève, chaque corporation forme une section spéciale ayant son bureau particalier, ses statuts, set réunions, etc.
collectives, le nombre des adhérents pourrait être porté à plus de âO,000 : il est en effet des corporations, comme celles des passementiers, des ovalistes, des tisseurs, des veloutiers, qui comptent plusieurs milliers d'ouvriers.
En résumé, si, au point de vue de Torganisation, J'Internationale n'a plus cette vitalité d'autrefois, il est certain néanmoins qu'elle possède à Lyon des éléments très-sérieux et qu'un jour ou l'autre, sous l'impulsion d'un chef qui lui manque actuellement, elle se rendra de nouveau maîtresse de la situation. D'ailleurs, cette tâche lui sera singulièrement facilitée par l'inertie dont l'autorité municipale ne cesse de donner les preuves les plus éclatantes, et surtout par Tappui que lui prêteront à un moment donné les adeptes dont son comité de la rue Grolée a eu soin d'enrichir le conseil municipal *, et ces affiliés, plus nombreux encore, dont se trouvent infestés les mairies, les octrois et tous les autres services municipaux. Qu'on ne se fasse pas illusion : le danger est plus grand qu'on ne parait 1% croire.
A la faveur de ce désordre, il est loisible au premier meneuc venu de reprendre l'œuvre d'Albert Richard et de réunir en un seul faisceau les forces actuellement éparses du prolétariat. L'impulsion une fois donnée, tous les comparses suivront aveuglément, prêts à lever de nouveau au premier signal l'étendard de la révolte. D'ailleurs la presse radicale a toujours compté à Lyon de nobles et dignes représentants; on peut en juger par ce remarquable morceau de prose démocratique emprunté au journal le Défenseur des droits de T homme :
« Les prêtres ont fait du sacerdoce une sinécure et de la divinité un charlatanisme. Tous les moyens leur ont été bons pour entretenir le prestige qui a fait leur force : l'inquisition et ses bûchers, les madones et leurs miracles, Tenfer et ses damnations, les morceaux de la vraie croix, les encycHques, les excommunications, etc., etc.
t Peuple, ces hommes qui travaillent à t'abrutir, ces don Juan tonsurés qui portent dans tes fovers l'adultère et la déso-
1 Parmi les conseillers manicipaux actaols figurent six membres do l'Inlernationale.
lation, ces béats erotiques qui inoculent à tes filles, dans Tombre de leurs confessionnaux, le venin des dépravations honteuses, ces instituteurs qui font de tes fils des ignorantins ou des zouaves pontificaux, c'est toi qui les payes de tes deniers.
€ Ne le sens-tu pas révolté en songeant que le produit des impôts dont on t'écrase sert à entretenir cette lèpre sociale qu'on appelle le clergé? Ne penses-tu pas que le moment est venu de te faire justice de ces inutiles, en les écrasant de ton dédain et de ton mépris ?
€ Voilà ce qu'il faut que tu fasses, peuple, et tu verras s'ouvrir devant toi une ère de prospérité et de bonheur. Le prêtre est un ennemi dont il faut te défaire à tout prix. >
Il serait difficile de tenir un langage plus ignoble !
On lit dans Y Internationale de Bruxelles (numéro du 25 février 1872) : t Nous venons de recevoir de bonnes nouvelles de la seconde ville de France : nos amis nous écrivent que la
fédération lyonnaise est en bonne voie de reconstitution
Ils veulent avant tout reconstituer solidement leur fédération.
« L'énergie et l'intelligence de cette brave population ouvrière nous est un sûr garant que, par ses relations avec Paris, elle sera avant peu l'une des fédérations militantes les plus dévouées à l'affranchissement du prolétaiûat. Il y aura eu un court arrêt, mais rien de plus »