LIGUE RÉPUBLICAINE
« Le comité républicain du Creuzot,
« Considérant qu'il importe de réunir en un faisceau compact toutes les forces vives de la République et de la révolution, pour lutter contre les agissements avoués et secrets de la réaction, a arrêté le programme suivant qui a été élaboré et adopté en séance publique, le mardi 21 février 1871 :
« !• Afin que la République ne soit pas escamotée , ainsi que Ta fort bien dit Henri Rochefort, à la séance de l'Assemblée de Bordeaux^ le 17 février 1871, tout citoyen doit conserver ses
ARMES et se tenir PRÊT A DEFENDRE LE PRINCIPE RÉPUBLICAIN AVANT TOUTE CHOSE.
« 2* Pour arriver à ce but, nu^ effort isolé ne doit et ne peut être tenté, mais tous les républicains de France doivent s'unir pour reconstituer, sur une vaste échelle, et d'une manière inébranlable, la ligue du Midi, sous le nom de Ligue républicaine,
« 3* Si l'Assemblée de Bordeaux vient à porter une main traîtresse sur la République, c'est-à-dire si ses tendances laissaient croire qu'elle veuille implanter sur notre sol révolutionnaire la souche d'une monarchie quelconque, les représentants républicains devront immédiatement quitter la Chambre et se réunir dans une autre ville, où les rejoindront les délégués des villes républicaines, nommés pour former avec eux une Convention nationale,
« 4" La République ne peut exister qu'avec les Hbertés essentielles et naturelles, (jui sont : liberté de parler et décrire, liberté de réunion et d'association.
c Tout acte attentatoire à l'une de ces libertés devra être regardé comme une violation du principe républicain, et tout citoyen doit s'y opposer pai* tous les moyens en son pouvoir.
' « 5® La lâcheté du peuple ayant élé la cause de la tyrannie imn iS
194 L'mTERNATIONALE
pénale qui nous a court)és pendant dix-huit ans, et de te honte qai s'en est suivie, nul ne doit supporter la moindre rexation,
ÏT CHACUN DOIT VOLER AU SECOURS DE QUICONQUE SERAn TIUCA9SÉ OU ARRÊTÉ POUR SES OPUaOUe RÉPUBLICAINES.
« 6» Comme conclusion, il est enjoint à tous les membres de te Mfue républicaine, de ne jamais transiger avec le principe et, en conformité de l'article 1*% de rester dans un état de défense permanent.
« Nous appelons principe l'état républicain, la Rëpublique étant reconnue comme indiscutable, c*est-à-dire comhb supérieure AU suffrage UmVERSBL ET A LA PATRIE ELLE-MÊME. (En effet,
te République c'est le droit, et le droit est au-dessus de tout, et ne peut être soumis à un vote.)
€ Antoine LECOCQ, LEMOINE, assesseur.
. Ont Signé : A. LECOCQ ; DUMAY, maire ; SUPPLISSY, colonelde la garde nationale; GAFFïOT, NIGAULT, officiers de paix; PILLET, secrétaire de la mairie; MAITRE, commandant de la garde nationale ; ROBERT ; PERRUGHOT; VAUDIAN; LAVOILLOTTE , officier de paix ; DEVÏL- LARD; EVRARD; GAGNE (Claude) ; PRÉSELIN; LE- MOINE, (Victor) ; NOMBLOT ; BONTEMPS, lieutenant de te garde nationale; LAURENT ; LAUPRÊTRE ; BOUDIN; PICHARD *.
« Crenïot, le 21 février Ï8YI. »
Défendre la République avant toute chose ! ! !
La République est supérieure à la paUie elle-même! !i
Et les Prussiens étaient à 30 kilomètres du Creuzotl II
^ Voici quelques détails sut la profession des principaux si^àtaices ée ce programme : Lecocq (Antoine), 43 ans, journaliste, ex-instituteur; Layoillotik (Louis), 30 ans, ouvrier forgeron ; Sopplkst (Joseph-l>ésiré), 35 ans, h«tlofor; Oaffjot (Lonis-vPhilippe), 31 ans, vannier; Nigavlt (Jean), St ans, ouvrier mineur; Pillet (Louis), 33 ans, employé, ancien élève du petit séminaire d*Autun, renvoyé de la mairie sous l'admimstration de M. Schneider, mêlé plus tard à l'émeute du 10 août 1870 et condamné pour ce faii; JMkintB (Claude), 41 ans, cafetier; Lauprêtre (Jean-Claude), 27 ans, ouvrier ajusteur; Lmorns (Victor), cnfetier; Boxtemps (Maroel) 35 aas, agent d'affains, exhuissier à Palinges (Saôno-et-Loire).
ET LE JAGOBINISNTE. 496
De pareilles excitations ne devaient pas tarder à porter leurs firoits. Une véritable terreui» régnait au Creuzot. Toute la population honnête était consternée par les agissements criminels des dépositaires de Tautorité. On se racontait, dans la journée du 28 février, que des listes de personnes à massacrer avaient été placardées sur les mui*s de la mairie, que quarante à cinquante maisons de prétendus réactionnaires 'devaient être pillées par des firancs-tireurs appelés à cet effet, et que dans la nuit Tusine de H. Schneider serait incendiée. Le commandant des mobiles des Basses-Âlpes, informé de ce qui se tramait, organisa de nombreuses patrouilles, et, grâce à la surveillance qu'il lit exercer pendant la nuit, cet odieux attentat no put être mis à exécution. Le lendemain, dans Tune des auberges du Creuzot, à la suite d'une conversation des plus animées sur Tarmistice, l'un des interlocuteurs avait annoncé que, dans la nuit du 26 au 27, à ininuily on sonnerait le tocsin^ qu'u- y aurait un massaghe gomme en
1798, QUE LES BadINGUET et tous les RÉACTIONAUIES Y PASSEIUIENT.
Ces bruits sinistres avaient répandu la consternation dans la ville : pour augmenter encore Teffervescence des esprits, Dumay publiait, dans la matinée du 26, une proclamation où il déclarait que ces bruits étaient Tœuvre des bonapartistes et des réactionnaires et que la population ne devait pas répondre à leurs provocations. (Voir Documents justificatifs, pièce LXIIL)
Ajoutons que la présence au Creuzot de soldats garibaldiens isolés et de francs-tireurs n'était pas faite pour rassurer la population.
n était d'ailleurs facile de deviner que Dumay et les autres, républicains du même acabit n'attendaient qu'une occasion favorable pour faii*e éclater un mouvement depuis longtemps projeté. La nouvelle de la signature des préliminaires de paix leur servit de prétexte pour donner le signal de l'émeute.
Dans l'après-midi du 26 une agitation inaccoutumée régnait au Creuzot : l'armistice allait expirer dans quelques heures et l'on avait faussement répandu le bruit qu'une attatjue de la part
19G L'I NT K RN A T l ON AL K
(le Tennemi était imminente. Une prise crarmcs pouvait être considérée comme inévitable : le drapeau rouge, ce palladium de toutes les émeutes, venait crètre promené dans Jtes rues par l'ex-gréviste Foisot* et arboré à Thôtel de ville. Les propos les plus menaçants retentissaient de tous cotés : « C'est ce soir qu'on se soulnWy disait Tun. — C'est ce som que nous mangeons DU CURÉ, ajoutait un autre. — Il y a assez longtemps que ça grouille, répétait un troisième, n. faut que c\ éclate. *
A peine la dépêche officielle annonçant les préliminaires de paix eut-elle été publiée, que des bandes armées parcoururent les rues en poussant les cris les plus anarchiques, et notamment ceux de : Vive la Révolution î Vive la République rouge ! Vive
LA GUERRE CIVILE î PaS DE PAIX HONTEUSE ! La LUTXE A OUTRANCE î
Vive Robespierre ! Vive 93 ! Vive le crime î Vive le vol ! A bas
LES CALOTINS! A BAS LES BUVEURS DE SANG, LES MANGEURS DE CHAIR HUMAINE ! A BAS TuiERS ! A BAS LES ASSASSINS DU PEUPLE ! Vr\E LA GUILLOTINE ! NoUS AURONS LA RÉVOLUTION ! LeS ARISTOS ET LES CALOTINS Y SAUTERONT ! Il FAUT LES METTRE EN BROCHE ET LES FAIRE
rôtir! Gare Badingueî Gare le père Schneider î Vive Assy î
Au même moment, des coups de feu tirés sur la place, près de l'église et aux extrémités des faubourgs, retentissaient au milieu des appels aux armes et des clameurs des émeutiers vociférant : On assassine nos frèn*s. Les r les étaient sillonnées par des individus ivres de vin et de fureiîr : les uns heurtaient les portes à coups de crosses de fusil pour faire sortir les gardes nationaux et les rallier à l'insurrection ; d'autres (et c'était le plus grand nombre) pénétraient violemment dans les habitations pour les sommer avec des menaces sinistres de descendre dans la rue. « il faut marcher, criait-on de tous côtés : ceux qui ne marcheront pas, on leur f..... un coup de fusil dans la rue. il faut nous suivre, avec ou sans aimes, ou nous faisons feu dessus. » Plus loin, on entendait tenir cette autre conversation : « As-tu une capsule sur ton fusil? F... donc un c^up de fusil dans les fenêtres pour les réveiller! * Ailleurs on criait :
* Poisot dit Pyrouge, ouvrier mineur, avait été condamné, lors de la grève du Crouzot, à un an de prison, par arrôl do la cour de Dijon, en date da 27 avril 1870. Le 4 septembre le ren lit à la liberté.
Ouvrez ou Ton fait feu Trois pas en arrière... joue, feu! »
On pourrait être tenté de crier à Texagération * il importe donc de citer des faits à l'appui de notre récit. En voici deux des plus CTractéristiques. Un ancien gréviste * {les grévistes (f avril 1870 ont en effet Joué un grand rôle dans cette circonstance) sortait de ciiez lui armé d'une hache : il se rendait, porteur de cetinstruinent, au domicile de tous ses voisins et menaçait de leur couper la tôte s'ils no couraient se joindre aux insurgés. L'exallation de ce forcené était telle, qu'un garde national récalcitrant s'étant permis de demander le motif de cette prise d'armes, il lui adressa, en brandissant sa hache sur sa tôte, ces lugubres paroles : Vous voyez ce que cela veut diiv : je taiHet je coupe et j'emporte. Je vais repasser dans trois minutes et, si je trouve quelqu*un de couché, je tue père, mère et enfant.
Sur un autre point de la ville, un coiffeur du faubourg de la Molette, en tenue do lieutenant de la garde nationale, s'acharnait à poursuivre les passants à coups de baïonnotte pour les contraindre à prendre part au soulèvement.
Pendant que ces faits s'accomplissaient, une bande de gardes nationaux, drapeau rouge en tête, envahissait de vive force l'habitation du marguillier de l'église Saint-Laurent et parlait de le fusiller s'il ne livrait les clefs de l'égHse. Quelques instants après les portes de cette église volaient en éclats, et, pendaiil toute la nuit, le tocsin, (ju'ils appelaient « le tocsin de la révolution sociale », répandait l'alarme dans la ville.
A la même heure une autre bande se portait à l'église Saint- Charles : le tocsin y était éjralemeiit sonné sous la direction de Pillet, secrétaire de la mairie, qui se tenait en faction devant la porte conduisant au clocher, alin sans doute d'empêcher que l'on ne vînt déranger « ses hommes » dans leur patriotique occui)ation.
Quelques habitants attardés dans les rues manifestaient leur élonnement d'entendre sonner le tocsin : pour toute explication on leur réjiondait : * Oui, c'est le tocsin qui sonne, c'est le signal DE la vengeance, c'est l'heirk dk l'assassinat populaire, on va
< Deus fois condamné pour vol .
ÉGORGER TOUS LES- Il FACTIONNAIRES. » D*autres ajoutaient : « Noos