ATTENDONS LES REACTIONJIAIRES POUR LES FUSILLER
Une centaine environ de gardes nationaux ralliés à rémeute étaient sur pied : leurs chefs k?s avaient postés sur difierefllB points de la ville. Dans la matinée du 26 des cartouches avaient été distribuées à profusion à tous les hommes qui paraissaient les plus dévoués. Le Creuzot d'ailleurs était derenu à cette époque un véritable arsenal : le maire Dumary disposait de plus de 3,000 fusils, de 6 à 7,000 kilogrammes de poudre, de 80,000 cartouches ^, et avait même de sa propre autorité feit installer une fabrique clandestine de munitions chez le brassenr Alemanus. Cet armement n'était nullement destiné aux Prussiens : c'était, ainsi qu'on avait eu soin de l'indiquer, f^v/lre les Prussiens de l'intérieur qu'on devait s'en ser\ir. Quaat à la garde nationale, elle était digne en tous points des fon^ tionnaires du Creuzot : ils r8\'aient organisée à leur image, et formée en grande partie de gens exclus par la loi de cette miHoe ou de ces ouvriers détournés des voies du travail par l'esimt de haine, de révolte et de convoitise, et qui n'ont d'autre objectif que le déplacement à leur profit, par un bouleversement social, de la projmoté et du cai»ital.
Ces scènes de désordre, ces démonstrations séditiensaB, ces détonations, ces promenades dans la rue du drapeau ronge en signe de ralliement, se j)Oursuivirent pendant toute la nuit : mais les émeutieis eurent beau s'agiter et multiplier les actesde violence, ils ne purent mettre à exécution leurs sinistres projets. L'al>sence d'un renfort «le troupes garibiddiennes, sur lequel ils avaient compté, et la défection d'une ])artie des clubistes qui avaient promis leur cfoncours à cette levée de boudierSi ne permirent pas à ce mouvement révolutionnaire de prendre un plus grand dévelop))ement.
Les DiimisieSj effrayés de leur petit nombre et ne se sentant pas soutenus par la population, demeurée sourde à leurs appels en dépit de leurs menaces, perdirent bientôt une partie de leur assurance : < Vous êies des iwiécileSjleixr (lisait le commandant
1 Ces annes et ces munitions avaient été envoyées de Dijon par le général Bordonne.
ET LE JACOBINISME. iH
àe la garde nationale, ce. n'est pas comme cela qu'on fait : on ne
^(BAn.i.g PAS TANT ; ON AGIT ! »
Vers 4 heures du matin, réduits à Timpuissance et voyant leur état d'isolement, ils finirent par se débander et rentrèrent chez eux en murmurant : Nous sommes trahis ! Nous devions âtri
DEUX M^LE, NOUS N* AVONS ÉTÉ QUE DEUX CENTS ! Le COUP EST MANQUÉ, Il EST TEMPS DE RENTRER CHEZ NOUS ET DE CHANGER DE VÊTEMENTS POUR NE PAS ÊTRE RECONNUS QUAND NOUS RETOURNERONS AU TRAVAIL.
Le lendemain de ces troubles, le maire du Creuzot, qui en avait été le principal instigateur et qui avait tout mis en œuvre pour assurer le succès de cette entreprise anarchique, se hâtait de rédiger, de connivence avec les hommes de son entourage» la proelamation suivante; nous la recommandons à Tattention de nos lecteurs comme un chef-d'œuvre de duplicité, de perfidie et de lâcheté hypocrite :
Aux babitaBês du CreuroL
f Citoyens!
t Malgré l'avertissement donné, des ivrognes et des insensés sont tombés dans le piège qui leur était tendu et ont déshonoré la République en commettant en son nom des actes stupides et grossiers.
« Je proteste de toute mon énergie contre ce qu'ont fait ces
nocturnes tapageurs, dont PLUSIEURS, A LA SOLDE DES BONAPAR- TISTES, ONT OSÉ SE PARER DU TITRE DE REPUBLICAINS ET DONNÉ PAR
iMVK conimiite gain de cause à ceux qui désirent le désarmement de la garde nationale.
• Je l'ai dit et je le répète, je serai le premier à faire appel à la force si jamais la République était menacée dans son existence, mais je déclare mauvais citoyens et réactionnaires les hommes qui, sans raison aucune, jettent la perturbation dans la lôlle, et la douleur dans leur famille par les punitions qu'ils se sont attirées.
• Vive la République !
< L'administrateur du Creuzot, « DUMAY. »
Le même jour, le sous^réfel d'Auluu arrivait au Creuzol el adressait, lui aussi, une proclamation aux habitants {Doctuneais justiîlcatïfs, pièce LXIV).
Il est édifiant de connaître de quelle singulière façon ces événements ont été racontés par Thistorien de l'Internationale, Malon. Voici les termes mêmes de cet ignoble récit :
• Comme Paris, le Creuzol avait été provoqué par le gouvernemenL Thiers. Le i*' mars au soir', immédiatement après la signature des préliminaires de paix, la ville s'étonna d'être sans gaz ; les révolutionnaires flairèrent quelque chose d'insolite, et ils ne s'étaient pas trompés. Quelques. agents provocateurs, mêlés à des créatures de Sclmeider, coururent les rues en criant : Vive 9S! Vive la guillotine ! Ils sonnèrent le tocsin, mais furent repoussés de la mairie par Dumay et Supplissy ', qui arrêtèrent sept des principaux meneurs, lesquels furent relâchés le lendemain par ordre du parquet d'Autun. Cette affaire fut accompagnée d'une circonstance étrange. Il est de tradition au Creuzot que, chaque fois qu'il y a de lagitation, la population se porte en masse à Montchanin, autre centre ouvrier : le cri A Montchanin! est Taccompagneraent obligé de tous les mouvements. Or par une singulière coïncidence, dans cette nuit du !•' au 2 mars où les agents provocateurs firent leur tentative avortée, des personnages mystérieux plaçaient sur la route de Montchanin des engins chargés de fulminate; mais ils s'y prirent" maladroitement et, dans roi>ération, une explosion eut
1 C'est par erreur que Malon pUce ces faits i la date du 1<^ mars; ils ont en lieu dans la nuit du 26 an 27 février. CeUe errenr est d*auiant moins excusable qu'il était loisible à Malon de se renseigner auprès de son compagnon d'exil, i'ex-administrateur du Creuzot et le héros de ces sorties noetvrnet.
* Dumay repoussa si peu ces agents provocateurs que, vers minuit, il feigait ■ne défaillance subite pour se faire reconduire à son domicile, d'où il préten» dit plus tard n'avoir entendu aucun bruit. Dans sa proclamation du 28 févri^^r, il tenait le même langage que Malon et parlait, lui aussi, d*AGEXTS provoca-
TIORS,d'lVftOG?fCSET d'i^CSEXSÉS, DOXT PLUSICVftS, A LA SOLDE DES BONAPARTISTES.
AVAiE?tT osé SE PARER Di* TITRE DE RÉPUBLICAIN. Dumay poossait si loiu rimpndence qu'il eut le triste courage de rédiger un procès-verbal où il signalait, pour les avoir reconnus comme les auteurs de toutes ces menées, des agents de l'ancienne police et des grévistes condamnés en 1870. Il représentait également les employés de l'usine comme n'étant pas étrangers à ces désordres.
lieu et tua quinze d'entre eux ». A qui étaient destinées ces meurtrières torpilles ? La réponse est facile : on avait voulu attirer dans un piège infernal la population révolutionnaire du Greuzot. Tels sont les moyens de la réaction. {La troisième défaite du prolétariat français, pages 374 et 375, Neufchâtel, Guillaume éditeur, 1871.)
Dumay, dont le rôle odieux n'était un secret pour personne, n'en fut pas moins maintenu dans ses fonctions de maire. L'autorité préfectorale, peu soucieuse des intérêts de la malheureuse ville du Greuzot, et éclairée cependant sur les dangers d'une pareille situation, tenait-elle à lui faciliter les moyens de tenter quelque nouvelle sédition? On serait porté aie croire, en présence de l'attitude étrange qu'elle garda dans cette circonstance. Le commissaire de police fut, il est vrai, révoqué, mais Dumay refusa d'installer son successeur, et protesta par la voie de la presse contre cette mesure. (Documents justiiicatifs^ pièce LXV.)
Le 18 mars vint bientôt fournir à rinternational Dumay l'occasion qu'il recherchait depuis longtemps pour lever encore une fois l'étendard de la révolte. Il n'eut garde de la laisser échapper.
Dès la première heure la municipalité du Greuzot avait pris parti pour l'insurrection parisienne et donné des marques non
< 11 ost exact qu'une expérience de dynainit'* fat faite durant celle nuit, avec l'tgrément de rautorité militaire, sur les rails du chemin de fer, prés de la gmrede Mon<cbanin, et qu'une explosion s'en suivit et coûta la vie à plusieurs des opérateurs, l'ne enquête des plus minutieuses a établi que celle explosioa devait être attribuée à la mauvaise qualité des matières employées.
Quant aux amis de Malon et de Dumay, ils croyaient si peu à un piégf infernal qu'ils prirent prétexte de cette détonation pour faire croire que c'était le^ignal.de la reprise des hostilités et do l'approche des Pru<^siens. Ils se rendirent même en armes jusqu'à la gare de Muntchanin et en revinrent saisis et saufs sans être tombés « dans le piège infernal » qui n'a jamais existé que dans rimagination de Malon.
Pour dégager sa responsabilité, Dumay, le lemlemain de ces événements, alla jusqu'à fairu procéder à Tarresiation de plusieurs personnes qui y étaient demeurées complètement étranj;ères. 11 était facile de dexiner qu'il n'avait d'antre but, en agissant ainsi, que de donner le chancre à l'opinion publique. Le parquet d'Autun ayant dû ordonner l'élargissemenl immédiat de ces prétendiM coupables, Dumay se répandit en récriminations violentes à l'endroit delà justice et lai reprocha d'être de connivence afee « ces misérables. >
tû2 L'INTERNATIONALE
équivoques de ses sympathies pour la révolution communale* Elle n'attendait donc que Le moment favorable pour provoyiar un nouveau soulèvement-
Le lendemain de la proclamation de la fiammune à Ly(Ui| Tagent de pc»lice Gaffiot * recevait d'elle l'ordre desereadredanft cette \i\ïe. L'historien Malon nous apprend que Gaffiol éUal chargé de s'entendre avec la Commune lyonnaise sur la poasibilité de faire (ie Lyon« où se seraient rendus les révolutioanaîreB des départements voisins, une troisième citadelle de la Révolution (]ilarseille étant encore debout). Mais il ne fui pas domé suite à ce projet de fédération ré^-olutionnaire des provinoas éa Flhône que quelques-uns avaient rè\'é el qui aurait été le salirt peut-être [La troisièineJéiaite dnprolétsurialfrsinçaiSypB^Vn^
Dans la matinée du âo mars« Gaffîot rentrait au Greuzoi, aecompagne d'Albert Leblanc, l'un des mandataires accrédités tm province par le conseil fédérul des sections parisiennes et dont les agissements nous sont déjà connus.
Albert Leblanc avait senti iiu'il fallait avant tout soli*
darisor les cHV^rts du prolétariai, et que toutes les tentatives
de rt»vendirations sociales échoueraient misérablement, si elles
restaient iiuiéi>endantes les unes des auti'es. C'est pour tra-
vniUer à cette sohdarisatiou qu'il avait entrepris de faire une
tournée «tans tous les centres ou\Tiers : il a\'ait choisi pcwr
prenùiVo étape le Oeuzot, où il savait Torganisation révobi-
lioiumire dos phis puissantes et la section internationale d
phirt vivaoes.
IK^H 8011 nrriv^'v dans cette xiWe il provoquait, avec le conco^ du uiniro, une réunion publique qui se tint le même jour hi H«Ue (îoh\\ l.'ajrent de police Gaflîot présidait, il a |uuir «s8oss«nirs Nipiiilt, l'un île ses collègnes, et Taube: L!»nH>ino. Plus «le tnns vvnts personnes étaient présentes; n^niarquait parmi les assistants im grand nombre de femiaas»
Alhf*rl l.t^hluno ftit le prt^mior à prendre la parole. D dédi qu'il était uii lubro de rinleniationale, qu'il avait quitté P>«s
« i;iim<«i, wmteMi U aiouittw jacobine de Domay. fut le ^ojagenr pamié* tU U luum» ii»AlH»^ H a«** ^*»ub»- On '* "^"^* * ^i^"*' * ■**^^ ^ ^■^"' *-
depuis peu de jours et qu*il arrivait de Lyon où il avait installé la Ck)inmu&e révolutionnaire. Il ajoutait : < Il est de toute nécessité de proclamer la Commune au Creuzot, dans ce centre démocratique ; c'est le gouvernement le plus convenable : de même que la Révolution de 89 et de 9â a afft^anchi la bourgeoisie, de même il faut que le prolétariat soit affranchi en 1871... Le drapeau rouge doit être arboré partout ; c'est le véritable drapeau national... L'Assemblée de Versailles a fait son temps ; elle s'est suicidée elle-même; elle n'avait d'autre mission que' de traiter la paix ou de continuer la guerre... Nous allons leur montrer que les jeunes vont plus vite en idées (pie les vieux... Le mouvement qui s'est produit à Paris, Lyon, Marseille, doit s'étendre à tout le reste de la France et même à toute l'Europe. Il faut envoyer des délégués dans toutes les campagnes voisines pour exciter les habitants à proclamer la Commune et leur apprendre que les Creuzotains ne mangent pas le monde... Jules Favre est connu dans tout Paris pour un escroc et Un faussaire; aux dernières élections il a volé les voix de Blanqui. Thiers en a fait de même à l'égard d'un ouvrier bijoutier, Comtés, i
Ce discours était accueilli par des applaudissements et salué par les cris de : A bus f Assemblée! A bas Thiers! A bas Jutes Favre f Vive la Commune ! Vive la Révolution!
Le maire Dumay tenait le même langage : t Le préfet *, disaiUl en terminant, m'a écrit qu'il me sera reconnaissant de maintenir l'ordre au Creuzot. Proclamer la Commune révolutionnaire, ce n'est pas troubler l'ordre. Si le préfet ne marche pas selon nos vues, ce n'est pas lui qui nous mènera, mais c'est nous qui le mènerons. D'ailleurs avec la Commune il n'est plus besoin de préfet. >
Le président Gaffiot annonçait qu'une grande revue de la garde nationale aurait lieu le lendemain à 1 heui*e pour prodamer la Commune; il invitait la milice citoyenne à rester fidèle à son origine populaire.
Sur l'invitation du maire rassemblée se séparait aux cris de Vive LA Commune! Vfvela République démocratique et socule!
A l'heure convenue, la garde nationale se réiinissait derrière
« Chttlfli Ferry.
tiu'i L'INTKilNATIOXALE
le cimetière. Toiiies les mcsiiies avaienl été concertées pour que personne ne s'abstînt de prendre part à cette manifesfbtiou. Le commandant Maître avait donné les ordres les plus sévères el décidé qu'une amende extraordinaLce de 3 francs serait infligée à tout garde national qui manquerait à l'appel. Un millier d'hommes se trouvèrent ainsi réunis sous les armes. Albert Leblanc, la ceinture garnie de pistolets, défda sur le front du l'^' bataillon, où le drapeau rouge venait d'être déployé, par les ordres du commandant môme de la garde nationale. A la vue de cet étendard, le délégué de l'Internationale harangua la foule : € Marclions, s'écriait-il, en avant le drapeau rouge ! Ce drapeau flotte à Paris, à Marseille, à Lyon, à Saint-Etienne, il faut également qu'il Hotte au Greuzot. Vive le drapeau rouge! Vive la Commune! »
Quoi qu'en dise l'historien Malon, celte harangue fut loin de provoquer un enthousiasme général. Quelques ofliciers, indignés du caractère séditieux que l'on donnait à cette manifi;stalion, protestèrent contre le déploiement du drapeau rouge et le langage tenu par Albert Leblanc. L'un d'eux, le capitaine Cliazeau (6« compagnie, 2* bataillon), fut même entouré par un certain nombre de gardes nationaux qui se mirent à crier en chargeant leurs armes : A y>a.s: les réacUonnaiivs ! A bas les (jalonués!
Nous LES FORCERONS BIEN A MARCHER. »
Albert Leblanc mit lin à cet incident : « Si vous ne voulez pas le suivre, répliqua- t-il, ne le suivez pas] mais en avanl le drapeau rouge ! A la suite de cette déclaration, une grande partie des gardes nationaux se retira : cent cinquante environ s'ébranlèrent et se mirent en marche, vers 4 heures, dans la direction de la mairie : un énorme drapeau rouge, sur lequel était écrit à la craie le mot Communey précédait le cortège ; derrière cet emblème séditieux, et à la tète de la bande émeutière, marchaient le coiumandantde la garde nationale Maître, les agents de police Gafliot et Nigault, et le délégué de l'Internationale, Albert Leblanc.
L'autorité militaire, prévenue, do ce qui se passait, avait fait occuper à temps la place de l'hôtel de ville par un escadron du 9* cuirassiers. Dès que la colonne déboucha sur la place, le lieutenant-colonel se porta au-devant des perturbateurs et pnrlementa avec eux. Quelques-uns croisèrent la baïonnette,
ET LE JACOIUNISME. -iOT.
d'autres le mirent en joue, d'autres cnlîn chargèrent leurs armes. S'adressant ensuite au maire Dumay, qui venait de les rejoindre, et au commandant Maître, il les interpella vivement sur leur conduite inqualifiable : ses paroles fermes, son attitude énergique parurent les déconcerter ; Diimay consentit à rétablir le drapeau tricolore * et à faire enlever le drapeau ronfle (jui venait d'être hissé au-dessus de la porte de la mairie.
Devant cette soumission du maire, le colonel, persuadé que tout allait rentrer dans l'ordre, crut pouvoir faire retirer ses hommes ; mais il avait compté sans la perlidie et la duplicité de cet étrange fonctionnaire.
La troupe venait à peine d'évacuer la place lorsque le maire Dumay, suivi d'Albert Leblanc et d'un agent de police, Lavoillotte, se précipita au premier étage de la mairie. Geint d(î Técharpe tricolore, il apparut à l'une des fenêtres de l'hôtel de ville, monta sur une chaise et harangua la foule en des termes que nous demandons à nos lecteurs la peiTnission de placer sous leurs yeux :
« Citoyens, s'écriait-il, le gouvernement de Versailles a quatre fois trahi la République : 1*» par l'insulte faite à Garibaldi; 2** pour avoir abandonné Paris ; 8® pour n'avoir pas mis au bas d'une proclamation : Vivr la Républif/uc ! i» parce que, d'après l'article 2 de l'armistice, la Chambre ne devait se réunir (pie pour traiter Ui paix et qu'elle ne devait pas être constituante.
« Nous devons faire comme nos frères de Paris, Lyon, Saint- Etienne, qui se sont constitués en Commune ; si la guerre civile en est résultée, c'est la laute du gouvernement de Versailles qui a abandonné Paris.
< « Le colonel, i-aconte Maloii (pago 373), somma le peuple de se retirer : le peuple répondil par un immense cri de : Vive la Commune! En même temps, une dizaine do citoyens s'élancèrent aa-devant des soldats, les adjurant de ne pas faire feu sur leurs frères. Le colonel commande le fel* ; pas un fi sil NE s'abaisse. Vive la lig.nf 1 Vive la république! s'écrie la foule. Les gens de l'ordre voulaient une effusion de sang : la cavalerie s'avance pour charger. Les gardes nationaux croisent résolument la baïonnette: les chevaux s'arrêtent; toutes les poitrines sont oppressées. — Mais que voulez- vous donc? s'écrie alors le chef militaire. — La Commune, lui fut-il répondu. -— Eh bien! faites-la votre Commune, répliqua-t-il. Et il fit retirer ses troupes. » Vit-on jamais par.-il travestissement de faits? Ces commandements de feu, ces charges de cavalerie, ces baïonnettes croisées, cette quasi-proclamation de la Commune par le chef même de la troupe n'ont jamais existé que dans l'imagination de Malon.
« J'ai été destitué, il y a 14 jours, par. le gouvernement de Versailles ; mais ils n'ont pas osé me faire connaître ma révocation : ils ont eu peur de inoi, parce qu'ils savent bien qu'ici la majorité est pour moi.
« Je ne suis plus le représentant du gouvernement de Versailles, je suis le représentant de la Commune au Creuzot. Ainsi, citoyens, la Commune est proclamée : je vous invite à vous rendre inmiédiatement dans la salle du théâtre et à nommer vingt membres qui formeront cette Commune et se rendront auprès de moi pour prendre les mesures nécessaires. »
Quelques instants après, le tambour municipal parcourait les rues de la ville et amionçait à la population que, par ordre du maire, une réunion publique allait avoir lieu dans la salle du café Armand pour nommer les membres de la Commune.
A 5 heures la réunion annoncée avait heu : le maire Dumay, le brasseur Alomanus, les agents de police Gafliot et Lavoillotte, le secrétaire de la mairie Pillet, Albert Leblanc et Lemoine étaient présents ; plus de trois cents personnes s'étaient rendues à l'appel de la municipalité. A l'ouverture de la séance Dumay prenait la parole et faisait à l'assemblée cette édifiante déclaration : « Nous ne reconnaissons plus le gouvernement de Versailles, nous avons proclamé la Commune ici, demain elle sera proclamée à Montcenis et dans les villages voisins. Nous voulons désormais nous -gouverner nous-mêmes. »
« La Commune, s'écriait à son tour Albert Leblanc, c'est la suppression des ministres, des préfets, des sous-préfets, des gendarmes; avec la Commune plus de soldats, mais seulement des citoyens armés. Le gouvernement de Versailles n'existe plus : la Commune est proclamée dans toutes les grandes villes. Il faut que le travailleur jouisse à l'avenir de tout le bénéfice de son travail, i
Il donnait ensuite lecture d'une liste de trente-deux noms, qui lui était remise par Dumay lui-même, et les proclamait comme ceux des membres provisoires de la Commune, sans les soiunettre même pour la forme à la ratification populaire.
Une proclamation était rédigée, séance tenante, pour porter ces faits à la connaissance des habitants. Voici dans quels termes elle était conçue.
ET LE JACOBmiëNE. 107
BÉPARneMErrr »B 8\ÔNB-ET-L0raE — arrondissement d'AUTUN — VILLR
DTÎ CREUZOT.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITE
Proclamation de la Commune,
« Citoyens,
« En présence des tendances monarchiques du gouvernement de Versailles, le Creuzot, qui figure au premier rang des prineipalei^ villes de France comme importance politique, a dû, dans son intérêt et pour son honneur, suivre le mouvement de Paris, Lyon, Marseille, Saint-Étienne.
« L'Assemblée nationale a prouvé son incapacité gouvernementale : le peuple n'a plus qu'à compter sur lui-même ; il no doit donc pas suivre ces prétendus chefs dans leur décadence.
« En conséquence, Tindépendance de la Commune est proclamée; une commission provisoire est composée pour exercer pendant quelques jours les pouvoirs administratifs en attendant des élections.
« Les membres qui la composent sont ici pour remplir un devoir sacré et non pour satisfaire des intérêts personnels ou des passions quelconques. Toutes les mesures d'administration communale seront immédiatement soumises à Tappréciation du peuple en réunion publique ou par voie d'affiches*
« Vive la République !
« Vive la Commune !
« Les membres de la Commune^
. ALEMANUS; BONTEMP&; BARRAT; EL ANGE Y ; DE- MORLIÈRE; DESVIGNES; DUMAY; GEISSE; GAF- FIOT ; HARDY ; JACQUARD ; LEBLANC ; LE - MOINE ; LAVOILLOTTE ; LAURENT ; NIGAULT ;
PALLOT : I^ELLETIER ; RICHARD ; PILLET ; PFilEUR: ROYER: SARRE; SUPPLISSY: SAU- NIER ; TRONCY • : \TR\EAU.
Cachet <?e U mairi»
du Cr«QZOt.
c Creozot. le f7 mars 1871. »•
Au nombre des membres de la Commune révolutionnaire fi- ^^rail tout le personnel de la police du Creuzot, représenté par SuppussY, commissaire, Nigault, Gaffiot et Lavoillotte, ofiiciers de paix et agents et le secrétaire de la mairie Pillet. Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que Ton retrouve la plupart de ces noms sur la liste des notabilités révolutionnaires et socialistes remises à ses délégués en province par le conseil fédéral des sections parisiennes (Voir c^tte liste aux documenis jusli/icatifs, pièce XXXVI).
A rissue de la rcu:iion tenue dans la salle Armand, la bande Dumav se rendait à la mairie, où étaient concertées les mesures à prendre pour procéder à l'installation définitive des membres de la Commune.
L'autorité, qui savait désormais à quoi s'en tenir sur le compte de Dumay, crut enfin devoir intervenir pour mettre un terme à des excès aussi scandaleux commis par ses propres agents. Tous ces désordres suscités par eux avaient porté à la prospérité du Creuzot une grave atteinte : il était temps de donner à cette malheureuse population des gages d'ordre et de sécurité.
Le lendemain le préfet de Mâcon, Charles Ferry, se rendait au Creuzot où une nouvelle commission municipale entrait en fonctions : Dumay et Maître, mandes près de lui, consentaient à donner leur démission. On s'expliquera difficilement de pareils ménagements à l'égard de fonctionnaires aussi indignes (jue criminels.
Dès ([ue la nouvelle de cette double démission fut connue, une nouvelle tentative de désordre se produisit : entre 6 et
1 Troncy, négociant failli, afait porté le drapeau rouge, quelques heures auparavant, en tète de la bande armée qui, fous le commandement de Maître, .s*ctait rendue sur la place de la mairio.
7 heures du soir, un rassemblement assez considérable se forma sur la place de la mairie ; les vociférations et les cris recommencèrent de plus belle ; les uns criaient : Nous voulons noire maire! Vive Dumay! les autres : Vive la Commune l Mort au préfet!
Monté sur une borne, l'un des membres de la Commune révolutionnaire, Victor Lemoine, haranguait la foule et lui proposait de se porter en masse au domicile de Dumay, de le ramener a la mairie et d'y installer avec lui les autres membres de la Commune acclamés dans la réunion de la veille.
A la môme heure, une grande agitation régnait dans le quartier des Hieaux, où des hommes en armes n'attendaient qu'un signal pour se soulever. Il fallut toutes les précautions prises par l'autorité militaire et les nombreuses patrouilles organisées
par elle pour déjouer leurs projets. L'effervescence était telle dans ce faubourg que le gendarme Goujon, envoyé en reconnaissance, faillit y être assassiné. Assailli par une grêle de pierres, il vit les femmes s'acharner à sa poursuite en le menaçant et rinjuriant ; deux coups de feu furent déchargés sur lui, mais sans l'atteindre, presque à bout portant.
Pendant ce temps l'cx-maire Dumay, que le préfet avait parlé d'emhener en otage àMâcon et qui avait promis de s'y rendre le soir môme, partait pour Genève en compagnie de son collègue, le commandant Maître.
Ainsi finit cette comédie dont l'autorité du Creuzot avait donné pendant plus de six mois le hideux spectacle '.
Un mois plus tard, lors des élections municipales, les clubs s'ouvraient de nouveau, les déclamations incendiaires étaient une fois de plus à l'ordre du jour. On parlait de l'exploitation des capitahstes et des bourgeois « spéculant sur la sueur de
< Il n'est pent-élro pas sai.s intérôt do faire connaître le résultat des poursuites exercées contre les insti^'atcurs de ces scènes de désordre. Sur vingldeux individus renvoyés devant la rour d'assises do Saône-ct-Loirt», les contumaces seuls ont été condamnés. Tous les autres prévenus ont é'é acqu liés le !•' juillet 1871. Voici les noms des imlividus contumaces et rindl'aiion des peines prononcées conîre eux par arnH do la cour d'assises en date du 9 septembre dernier : Dumay, travaux forcés à perpétuité; Lalprétre, Lemoine, NiGAULT, MaItre et Gaffiot, d'-porlalion dans une enceinte fortifiée; Vexot (Catherine), femme Barbet, trois années d'e.r prison nement.
rouvrîer et absori)ant tous les produits de son travail. » On r> présentait les gendarmes, les officiers de l'armée comme des éléments de désordre t portant des revolvers à la ceinture comme défi jeté à l'ouvrier. » On faisait l'apologie enthoasiaste de Tinsurrection parisienne. Les cris de : Vive la ffuiUotiiwI stmêlaient parfois aux applaudissements.
La section internationale du Creuzot est, relativement, l'tme des plus nombreuses de France : la plupart des ou>Tiers de ce centre industriel sont embrigadés dans cette redootable association. Cette adhésion remonte au mois d'avril 1870. « \ocs PROCLAMONS HAUTEMENT, disaient à cette époque les membres du comité de la grève, notre adhésion a la gr-vnde association internationale DES TR.VVAILLEL*RS, CETTE SL'BUME FRANC-MAÇONÎCEBIE DE TOUS LES PROLETAIRES DU MONDE, CET ESPOIR DE L* AVENIR d'ÉGA- LITÉ *.
La présence à la tête de Tadministration du Creuzot, du citoyen Dumay, l'un de ses fondateurs, n'a pas peu contribué au développement de cette section. Pendant plusieurs mois l'Internationalo a. été complètement maîtresse du Creuzot, et si, 'depuis les événements du mois de mars, les fonctionnaires ne sont plus recrutés dans son sein, elle n'en a pas moins conservé une influence prépondérante sur la population ouvrière de cette localité. Le joiir, prochain peut-être, où il lui plaira de décréter de nouveau la grève, nous verrons les ou\Tiers, obéissant à ces mois d'ordre, déserter la mine et les ateliers.
A la fin du mois de septembre 1870 paraissait au Creuzot un organe socialiste, l'Ouvrier : il avait pour rédacteur un certain Locoq, ex-maître adjoinl à Téco'e primaire de Cliàlon, ex-col- Maboralrîur des journaux le Courriel* do Saône-ct-Loirej Je Prof/ri's (If Siiône-vt-Loirej le ^ifHot du Creuzot, Je Grelot^ de Hijon.
Voi(u un échantillon des idées émises pai' cotte nouvelle f<Mnll(î (n° 4) :
1 L'itilcrnaliontkle^ page 98«
« Ce n'est pas une Constituante, c'est une Convention... que le gouvenaemcnt de Tours, soutenu par les grandes villes, cherche à établir.
« Que cett« Convention une fois décrétée et fonctionnant m*ganise donc énergiquement la défense... Qu'elle provoque la
SCPPRESSIOM DB l'iNTÉRÊT DU CAPITAL, l'ABOUTION DU PRIVILEGE,
LA DESTRUcnoif DU ifOi<ropoLE, et le remplacement par la possession riagère de la propriété aubaniale et héréditaire ; qu'elle nous donne Téquilé de l'échange et le règne du travail, voilà sa lâché! »