‹ L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'EuropeChapitre 57 sur 159 · II · texte numérisé non relu

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d*un fonctionnaire dont le dévouement lui paraissait suspect à plus d'un titre.

Duportal qui triomphait du témoignage éclatant qve le général de Nansouty rendait à ses intentions et à ses services, conservait quelque espoir à l'endroit de son maintien : aussi ne futil pas peu surpris de recevoir dans la soirée du 24, une lettre de M. de Kératry lui annonçant officielloment qu'il venait le remplacer *.

Froissé dans î=on amour-propre, Duportal ne dissimula plus son hostilité à Tégai'd du gouvernement do Versailles. Voici les termes mêmes de la réponse qu'il adressa à son successeur :

« Tooloose, 25 mars 1871.

« Monsieur le comte,

« Vous me demandez mon concours pour assurer l'ordre et a tranquillité dans notre ville au moment où vous allez prendre possession de la préfecture de la Haute-Garonne et vous invoquez, pour justifier cet appel, la déclaration de fidélité au gouvernement de Versailles que j'ai faite en présence des généraux de Nansouty et Lefebvre-Desnoëttes et de plusieurs de mes concitoyens ^.

« Quelque honorable que soit pour moi cette ouverture, je regrette de ne pouvoir y répondre selon vos désirs. Les rapports de gouvernements à subordonnés sont basés sur une confiance réciproque. En retirant la sienne à un homme éprouvé comme moi, le gouvernement de Versailles m'a donné la mesure exacte de ce que je lui (lois. En second Ueu, dans les temps difficiles que nous traversons, les responsabilités doivent être entières, et vous ne trouverez pas mauvais que, n'ayant partagé avec personne celle que j'ai acceptée depuis près de sept mois, je veuille, à compter de ma sortie de la préfecture, n'avoir à re-

* Documents justificatifs y \iièce LXXX.

s « L'affectation avec laquelle mon maiin snceessenr parlait de mes eigagements envers le gMiivernement frisait rimpcrtinence. Or, je uc passe pas généralement pour pratiquer les ycrtus négatives du renoncement catholique. Je M» devais donc à moi-même de retirer ma main à qui me la tendait ave€ taol de perûdie. » (La Commune, page 27.)

pondre que des actes individuels du simple citoyen et du journaliste que je serai demain.

t Je vou» convie à venir assister à la réunion que j'ai provoquée des officiers de nos diverses milices pour organiser les bataillons de garde constitutionnelle demandés par le gouvernement. Elle aura lieu aujourd'hui à 1 heure après midi à la préfecture. Ce sera pour le nouvel administrateur une excellente entrée en fonctions, et pour celui qui se retire une occasion non moins bonne de constater qu'il a tenu jusqu'à la dernière heure ses engagements envers le pouvoir qui Ta méconnu.

« A compter de ce moment je resterai complètement étranger à l'administration du département.

€ Agréez...

f Armand DUPORTAL. .

Le môme jour, il écrivait au général de Nansonty pour l'informer de l'arrivée de M. do Kératry et le remercier des nombreux « TÉMOIGNAGES D'eSTIME ET DB SYMPATHIE PERSONNELLES QU'lI. EN AVAIT REÇUS *. »

Duportal avait en effet convoqué pour le samedi 25, à 1 heure, dans son cabinet, par voie d'affiche et d'insertion dans les journaux, les officiers des gardes civique, nationale, sédentadie, MOBILE et mobilisée. Cette convocation inopportune servit de prétexte aux officiers de la garde nationale pour organiser une manifestation et venir témoigner leurs sympathies au préfet révoqué. Ils se réunirent dans la matinée au Gapitole, et décidèrent de faire battre le rappel dans toute la ville. Il fut également question dans cette réunion de proclamer la Commune.

Des ordres furent aussitôt envoyés dans les bataillons, et, à 1 heure, toute la garde nationale, massée sur la place du Capitule, wîcevait des cartouches et se mettait en m»nrche dans la di" rection de la préfecture, dont les abords étaient déjà envahis pai* mie foule énorme.

Les chefs, interrogés par leurs hommes sur les motifs de cette convocation, avaient répondu qu'il s'agissait de Tinstallalion de

t DoeumenU justificatif*, pièce LXXXl.

M. de Kéralry, que Ton craignait des troubles et que Ton avait fait appeler la gai'de nationale pour maintenir Tordre.

Les officiers, au nombre d'une centaine, furent introduits auprès du préfet *.

Duporkal leur annonça qu*il allait se retirer et qu'il regrettait de ne pouvoir leur présenter son successeur, auquel il avait donné rendez-vous pour 1 heure.

Il les consulta ensuite sur la formation d'une garde constitutionnelle et leur demanda s'ils voulaient répondre à l'appel du gouvernement.

Les officiers furent unanimes à déclarer qu'ils n'entendaient nullement soutenir l'Assemblée et demandèrent la proclamation de la Commune. La conversation ne tarda pas à être des plus animées. « Il nous faut la Commune ! » disaient les uns ; « Au Capitale l » criaient les autres. L'enthousiasme fut à son comble lorsque Duportal leur apprit qu'il venait de recevoir la nouvelle de l'arrestation de M. de Kératry. Les cris de Vive la Commune! Vive Paris! éclatèrent aussitôt de toutes parts. On proposa à Duportal de lui conférer les fonctions de délégué de la Commune à la préfecture. En homme habitué à jouer la comédie il feignit d'abord de décliner cet honneur, alléguant son intention de rentrer dans la vie privée et dans le journahsme ; mais il finit par se laisser faire et céda aux instances des ofliciers : « J'accepte, leur déclara-t-il, puisque vous le voulez absolument,

et JE VO.US SUIVRAI AU CAPITOLE *.

A ces mots les officiers sortent de la préfecture en criant : Vive la Commune! A bas Versailles ! et se rendent à leurs

i Quelques instants avant leur arrivée, Daportal avait tenu aux chefs de la magistrature ce langage significatif : « Le gouvernement de Versailles m'a retiré sa confiance; à mon tour je lui retire la mienne et je vais dès aujourd'hui reprendre la direction de mon journal et ma liberté de simple citoyen. Il n'y aurait pas eu d'émeute, si j'étais resté préfet; une heurb après que j'aurai quitté la préfecture, je ne réponds plus de rien, a Le directeur de la sûreté déclarait à son tour qu'il avait donné sa démission, et que s'il arrivait quelque chose, il laisserait faire. La veille déjà, il avait exprimé hautement ses sympathies pour la Commune de Paris dans une réunion tenue an parquet du procureur de la République et où assistaient tous les commissaires de police.

s C'est ce que M. Duportal {la Commune à Toulouse, pages 41 et 60) appelle avoir été entraIné de vive force et engagé malgré lui dans cette équipée.

compagnies respectives pour leur donner connaissance de la décision qui vient d'être prise. Cette communication est accueillie dans tous les rangs par les cris de Vive la Commune ! FiVe Par/s / De rares protestations se font entendre. Duportal descend aussitôt sur la place ; les officiers agitent leurs képis ; il est entouré et acclamé. 11 se met à la tête de la garde nationale, qui le conduit en triomphe au Capitole. Arrivé au Capitole, il entre dans la grande salle du conseil municipal, où il est bientôt rejoint par les officiers. « Que faisons-nous? leur demanda Duportal. — Nous allons proclamer la Commune, répondent ces . derniers. — Eh bien, reprit Duportal, il faut faire une proclamation. »

Il passa alors dans le cabinet du maire et en ressortit quelques minutes après rapportant ce factum que nous reproduisons textuellement :

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