‹ L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'EuropeChapitre 58 sur 159 · COMMUNE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

COMMUNE DE TOULOUSE

c La garde nationale de Toulouse, réunie à l'occasion de la création de bataillons de garde constitutionnelle et de Tinstallation de M. de Kératry en qualité de préfet de la Haute-Garonne, a proclamé aujourd'hui, à 2 heures, Torganisation de la Commune, aux cris de : Vive Paris!

c Le corps des ofliciers de la garde nationale sédentaire constitue la Commune do Toulouse.

« La Commune déclare M. de Kératry déchu de son titre de {)réfet, et maintient le citoyen Duportal en qualité de délégué du pouvoir central.

« La Commune déclare vouloir la République une et indivisible, et elle adjure les députés de Paris d'être les intermé- <liaires d'une transaction désirable entre le gouvernement de la République et le peuple de Paris.

«* Dans ce but elle somme le gouvernement d'avoir à dissoudi*e l'Assemblée nationale comme ayant accompli le mandat pour lequel elle a été élue, comme étant la cause de toutes les difûcultes présentes et le fruit de la peur et de la corruption clé^ ricale.

« Elle adhère aux préliminaires de la paix et demande qae, pour délivrer le plus tôt possible le sol de la patrie de la souillure de rétranger, des mesures énergiques soient prises pour faire payer sans délai les frais de la guerre à ceux qui en ont déchaîné le fléau sur le pays et conclu une paix ruineuse et humiliante.

c La Commune de Toulouse fera respecter toutes les opinions et assurera la conservation de tous les intérêts publics et privés, mais elle sévira avec vigueur contre toute tentative de per* turbation.

1 Son but est de mettre la République à l'abri des conspirations monarchiques de toute sorte et d'arriver, par le concours qu'elle entend donner à la représentation radicale de l'Assemblée, à la dispai*iliou de tous les malentendus qui prolongent .nos déchirements *.

« Vive la République, une et indivisible ! »

' Ce manifeste en disait assez pour faire pressentir à quelles résolutions désespérées se porterait son auteur dans le but de se perpétuer par la Commune dans ses fonctions de préfet. Ne poussait-il pas Timpudence jusqu'à télégraphier cet événement au ministre de Tintérieurl Voici en effet la dépêche qu'il lui adressa à cette occasion :

Préfet de Toulouse à ministre de T intérieur. •

c La Commune est proclamée à Toulouse par la garde nationale, qui s'est opposée à l'installation de M. de Kératry.

c Une proclamation signée de tous les officiers adjjure les députés de Paris d'intei'venir pour amener une transaction désirable entre le gouvernement et le peuple de Paris.

« La Commune demande la dissolution de l'Assemblée

1 « Non, mille fois non, je ne désayone pas cet écrit : je m'honore do l'avoir formulé, car, à part le mot do Commune qui n'a là qu'une signification de circonstance, il ne contient rien que d'avouable, rien que n'aient pensé tottf les républicains depuis Delescluze jusqu'à Jules Simon. » {La Commune à 2Vmloute, page 45.)

ET LE JACOBINISME. 23i

nationale comme ayant accompli son mandat et comme étant la seule cause de tous nos déchirements.

€ L'ordre n*a pas été troublé un seul instant *.

a Armand DUPORTAL. »

La proclamation insurrectionnelle rédigée par Duportal fut lue au peuple et à la garde nationale, du haut du balcon du Capitole, par un artiste du tliéàtre, un certain Saint-Gaudens, alors capitaine adjudant-major de la garde nationale. Après cette lecture, accueillie par les acclamations les plus enthousiastes, le défilé de la garde nationale avait lieu aux cris de : Vive la Commune! Vive Paris! Quelques instants après, ce manifeste, au bas duquel on avait ajouté les noms des cent vingt-trois ofliciers * composant le cadre des quatre bataillons de la milice sédentaire, fut envoyé à Timpression : pendant la nuit il était affiché dans tous les quartiers de la ville sur des placards en forme officielle.

I^a Ck)mmune installée au Capitole sous les auspices de Duportal lui avait conféré le titre de délégué du comité central et proclamé la déchéance de M. de Kératry. Il fallait donc s'opposer matériellement à Tinstallation de ce dernier comme préfet, et pour cela le seul moyen était d'embusquer des agents chargés de l'arrêter, s'il se présentait à Toulouse. Duportal et ses séides n'avaient pas d'ailleurs attendu jusqu'à ce moment ïKMir s'occuper de cette arrestation. I^e directeur de la sûreté pubhque. Gavante, n'était pas homme à reculer devant les mesures les plus extrêmes. On l'avait déjà vu à l'œuvre au mois de février, lors des élections à l'Assemblée nationale : ses exploits dans cette circonstance avaient donné la mesure de ce qu'on

^ Les mêmes allégations étaient reproduites dans le journal do Doportal : « Depuis la proclamation solennelle de la Commune, faite an balcon du Capitole par Tétat-major do la ^arde nationale, la tranquillité la plus complète n'a cessé de régner dans la ville, tant la population était unanime pour cette proclamation et tant elle pnisait de confiance et de force dans son unanimité.

« Deox on trois agents provocateurs salariés par la réaction ont tenté d'égarer la foule en poussant le cri do : Vive Versailles! et, voyant qu'ils ne réussûsaient qu*i redoubler les acclamations en faveur do Paris, ils ont pris la fuite. C'est en observant ainsi l'ordre le plus parfait qu'un peuple se montre dig;ne de la liberté. Honneur aux citoyens de Toulouse! »

* Voir Documents justificatifSf pièce LXXXII.

pouvait attendre de lui. A la veille des événements du 18 mars, il tenait à ses agents ce langage odieux : t Les temps vont devc^ nir mauvais! j'espère que tout le monde me suivra sans brancher : ceux qui hésiteront seront fusillés.

Dès que la nouvelle de la nomination de M. Kératry lui avait été connue, il avait réuni son personnel : Voyez-vous cet HOMME ? leur avait-il dit en leur montrant sa photographie, si vous le trouvez, il faut T arrêter.

Le 25, le bniit s'étant répandu que M. de Kératiy se cachait à Toulouse dans la rue du Vieux-Raisin ou dans la rue des Fleurs, on se mit en mesure de s'emparer de sa personne. Des escouades d'agents furent dépêchées sur les lieux : les uns furent postés sur la place des Carmes, d'autres à l'entrée de la rue des Fleurs. C'est à ces faits qu'avait voulu faire allusion Duportkl, lorsqu'il annonçait mensongèrement aux officiers présents dans son cabinet que M. de Kératry venait d'être arrêté. Cette surveillance se continua pendant une partie de la nuit. Pour en finir avec le rôle inqualifiable qu'a joué dans cette circoîistance la police jacobine du proconsul Duportal, nous devons signaler que, le lundi 27 mars, à l'instigation de Cavarré, l'inspecteur de police Caubet se rendit lui-même à la gare du chemin de fer pour arrêter M. de Kératry, dont le départ pour Toulouse avait été signalé. Mais il avait compté sans les précautions prises par ce dernier pour se soustraire aux recherches dont il savait être l'objet. Descendu à la station de Lacourtensau *, il arrivait avec des troupes de renfort. L'inspecteur Caubet, qui s'était renseigné auprès des employés du chemin de fer, avait songé à se porter en voilure à sa rencontre. Il avait à peine dépassé les barrières de l'octroi qu'il aperçut un escadron de cavalerie. Devant ce déploiement de forces, il crut prudent de s'esquiver et de renoncer à Texécution de son mandat.

Les algarades de la police toulousaine une fois connues, reprenons notre récit.

Après s'être associés à la proclamation de la Commune, les officiers avaient décidé de se réunir le soir même au Capitole pour procéder à la nomination de la commission executive de la

< Dernière gare avant celle de Toulouse, sur la ligne de Toulouse à Bordeaux.

Commune. A 8 heures, une cinquantaine d'entre eux délibéraient dans la salle Clémence-Isaure et après une longue discussion désignaient comme membres de cette commission tout rétat-mcgor de la légion, un capitaine, un lieutenant et un souslieutenant pris dans chaque bataillon ^

Au même moment Duportal libellait dans les bureaux de la sûreté un mandat d'arrôt contre son secrétaire général, M. Mule. Il lui faisait un crime d'avoir publié deux dépêches de Versailles annonçant des échecs subis par les fédérés, et d'avoir mis au bas de ces affiches la mention : Pour le préfet absent, « C'est là une usurpation de fonctions, répétait-il au directeur Cavariv, il faut aller arrêter immédiatement M. Mule. » Puis il ajoutait, en lui remettant le mandat : // faut que je fasse un exemple en corn-mençant par les miens, *

Nanti de cet ordre, le directeur Cavarré se rendit en toute hâte à la préfecture. 11 pénétra brusquement dans le cabinet du secrétaire général, suivi de deux agents, Jacob et Colas, et lui signifia qu'il était chargé par la Commune de lui demander des explications sur ce qui s'était passé, c Quelles explications ? demanda M. Mule. — Je ne sais, ajouta Cavarré, il s'agit de dépêches, "de télégraphe. — Je ifai aucune explication à vous donner : je ne reconnais pas la Commune, répliqua M. Mule. — Alors, dit Cavarré, suivez-moi, j'ai des ordres. — Je refuse formellement de vous suivre, reprit à son tour le secrétaire général, — Agents, s'écria aussitôt Cavarré, allez requérir un piquet de gardes nationaux pour enlever ce monsieur. » En présence de ces menaces, M. Mule déclara qu'il ne cédait qu'à la force et se laissa conduire en voiture au Capitolé.

Pendant que s'accomplissait cet attentat à la liberté individuelle, le citoyen Duportal faisait son entrée dans la réunion des ofiiciers et leur annonçait la mesm*e qu'il venait de prendre :

« Messieurs, pour vous faire voir qui je suis, j'ai fait arrêter

^ Le lendemain la liste des memLrc<^ désignés poor faire partie de la commission executive do la Commune révolutionnaire était portée H la connais sance de la population par une affiche (Voir Documentt justificaUft, pièce LXXXIU) dont la rédaction avait été confiée à Duportal.

tS4 L'INTERNATIONALE

Antonin Mule y qui avait donné F ordre d* imprimer deux dépêches sans mon consentement : il est prisonnier. Je dois, ajouta-t-il, vous signaler comme dangereux le général Desnoëttes et sod aide de camp le manchot : notre premier soin doit être de les faire arrêter. »

Après avoir ainsi rendu compte à rassemblée de sa conduite, il quitta un instant la salle : on venait de lui apprendre que M. Muié était arrivé au Capitole et demandait à lui parler. Voici le dialogue édifiant qui s'échangea à ce moment entre le préfet insurrectionnel, et S4)n ex-secrétaire général, qui, en dépit de sa démission, n'avait pas voulu quitter son poste avant d*y être remplacé par le nouveau préfet.

Qu'a\'ez-vous fait ? lui dit Duportal en l'apercevant, et ces

DÉPÊCHES? — IL FALLAIT BIEN, l'épllqua M. Mulé, LES FAIRE AFFICHER

EN l'abse.xce dl' PREFET. — Mais JE NE SL13 PAS ABSENT, interrompit Duj>ortal. — Si vous n'êtes pas aljsent, repartit M. Mulé,

VOUS X'ÉTES PLUS PRÉFET. AH î JE NE SUIS PLUS PREFET, reprit

Duportal ; eh bien, ajouta-t-il en lui montrant du doigt le direc teur Cavarré qui assistait à ce colloc[ue, sun-BZ monsieur, le

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