RÉUNION PUBUQUE DU 17 SEPTEMBRE
« Plus de six mille citoyens sont présents. Marseille, Grenoble, Vienne, etc., y sont représentés par des délégués. On y remarque des citoyens russes, polonais, italiens, qui, comprenant que la guerre de la Prusse à la France est contre la liberté des peuples, viennent offrir leur concours.
c A l'ouverture de la séance, les citoyens Albert Richard et Louis Andrieux S <iui avaient été délégués auprès du gouvernement provisoire à Paris pour combiner et resserrer les moyens de la défense nationale avec le centre de la Fi*ance, dont Lyon est le cœur, rendent compte de leur mission, d'où il ré-
4 Louis Andrieux, qui faisait alors partie de cette délégation avec Vintema- Honal Richard, est aciueUement procureur de la Bépublique à L>od. (Voir Documents justificatifs^ pièce III bis,)
suite que, toutes questions secondaires cessantes, la France^ entière doit s*0(*cuper immédiatement et aveo la plus grnntle énergie de la défense du pays.
« Après avoir entendu plusieurs orateurs sur les moyens pratiques, il résulte des débats que les francs-tireurs, les coureurs
et tous les corps formés ou en formation doivent prendre les devants comme avant-gai'de de la nation, qui doit se lever en masse pour courir sus aux Prussiens, pour dégager Paris avi lieu de les attendre.
oc A cet effet, rassemblée décide que des comités du salul do la France se créeront immédiatement dans toutes les communes et se mettront en rapport avec le comité central de Lyon^ [>our organiser toute la partie virile du centre et du midi de la France, qui se lèvera en masse pour marcher sur Paris, usant de tous les moyens d'armement en son pouvoir pour faire U!ie guerre trextermination à Tarmée prussienne, si elle ne se retire pas immédiatement dans ses frontières.
« Pour que ce soulèvement général puisse s'efTeotuer sans retai'd, tous les pouvoirs officiels et tous les citoyens qui ne peuvent pas prendre part à ce combat de géants doivent prendre immédiatement les mesures les plus énergiques pour assurer des armeSj des munitions et des vivres sur tous les poiiits au torrent de la nation qui^ partant des ville::, entraînera la campagne dans sa marche.
t Quiconque chercherait à entraver ce ^rand mouvement qui doit réveiller la France, la sauver du déshonneur et de la ruine, en la faisant sortir grande et régénérée de cette lutte de la liberté contre Tesclavage, serait déclaré traître à la patrie et exécuté comme tel.
« Que tout le monde fasse son devoir sans hésitation, les Prussiens seront écrasés et la République s'assoiera sur les bases inébranlables de la justice et de Tordre réel.
c La France entière ne peut que sanctionner ces décisions que le Comité provisoire de salut public de Lyon a cru devoir faciliter en envoyant quinze délégués, le 16 courant, dans le midi de la France, pour préparçr et faciliter ce mouvement *.
« U s'agit de la fameuse Ligue du Midi.
< Provisoirement, le comité central est rue Thomassin, 23, à Lyon, chez Jules Frantz. »
Le lendemain, dans une réunion tenue salle Valentino, et ob, assistait Bâsteliga, il était procédé par acclamation à la nomination des premiers membres du comité.
Nous trouvons dans le Gnafron (numéro du 25 septembre 1870) les noms. des citoyens désignés dans cette réunion par le suffrage du peuple. C'étaient Brunet, Chanet, Droz, Des- ROCHES, Bbssox, Vialler, Michalou, Duthe, Polossb, Pbrret, DiziN, Rivière, Murget, toutes personnalités plus inconnues les unes que les autres.
Quelques jours plus tard, dans une proclamation au peuple, Albert Richard expliquait en ces termes quel avait été le but que ses amis et lui s'étaient proposé en organisant ce comité : '
€ Nous avons fait, s*écriait-il, tout ce que nous avons pu pour faire adopter les grandes mesures révolutionnaires qui seules peuvent, selon nous, sauver notre malheureuse patrie du déshonneur et de la ruine.
« Nous voulions qu'on employât le mois qui vient de s'écouler à soulever partout les masses populaires et à organiser le déchaînement révolutionnaire de toutes les forces vives de la France contre la Prusse.
« Nous voulions que l'union de tous les citoyens sans exceplion y si ce n'est pour les traîtres à la cause nationale, s'établisse à l'aide d'institutions plus solides et plus démocratiques que la hiérarchie et la centralisation administratives, le vieux système juridique et la vieille organisation militaire qui sont autant de germcsde despotisme et de garantiesdel'inégalitésociale actuelle.
« Nous voulions qu'iV ny eût plus en France qu'une grande armée de frères se donnant la main pour marcher à une victoire certaine. »
Il est assez édifiant de voir un pareil langage dans la bouche d'un ambitieux tel que Richard, qui, sous prétexte de sauver la France et d'activer la défense nationale, avait commencé par déclarer qu'il refusait de se battre pour elle*. Le seul moyen,
« Voir encore {Documenlt ju$lificaii(t, pièce 111 bit.)
« Richard (Albert), publicisle, né à Tours le 8 décembre 1846, a été con-
a cette éfMMpie, <f a^Kncr son polriolîsae éiaii «TaBer |»ciliu soa nng r armi les défenseors du pays^ La place des RidiaRl et astres éDergomèBes élak à rarnœei aoa dans les cUks. Cest piÎBdpaleBenl am manfaves da eoonâé c^iliai du safaA de la France qoe revient Hionnear de la jovnée da 2& sepleaibre.
Aanomlne des dignes acolytes de BidiaEd fi gmaicet :
Blax G^pard), % aes» dellntenatMioale, ertndleiaBet réfugié à Bruxelles;
Puyar ^Baltbazard), gravear, nie HasEéna, 58, affilié iriiiteniati<»ale ;
Charvet 1 (François), tisseur, rae da Boa-Pastenr^Slf aCBlié à rintematimale ;
Charles ^ACToiB, 58 ans, iqgf thpii ta n l deeoauiietoe»iâ»Eiie d'Algérie, de rinterpatiflaale ;
ScHBinL (Adrien), 48 ans, mécanieieB, rue de Béam, 31, de l'bdemationale ;
Bi5E 'Jean-André;, représentant de commeree^ rae de Béam, 31, de rintemationale ;
BiAsc (André , tisseur, quai Pi^re-Scize, 73, de rintemationale;
BiscHOFF ^Frédéric), 21 ans, employé de cooifflerce, nie Ra* bêlais, 92 ;
PAREABoa (François;, 35 ans, tisseur, grande rue de la Croix- Rousse^ 75, de llnternalionale ;
GoEVAL (Francisque), rue Chaponnay, 90 ;
damné, par jof ineDl eo «laie do 21 férrier 1871, à 6 mois d'emprisonnement pour rate de fcnriee daaf la farde satiopaie raobiiisée.
Il arail répcuida on jour a eeax qoi lui conseîUaieaL d'aller prendre sa place 4 Tannée comme le »?oI mojen de trarailler ndlemeut à la défease da pays :
< Lldéc d'aller ow fiir» tuer pour nn pays oé J*ai souffert toute ma Tîe, « et pour coosenrer 1^ propriété, les capitan^, les mooopoks el la pnissaac* « dei iK/argeoÉA, cette idée n'eicite noilement mon enihonsiasme. Voas qni « avec qaelqoe ebote 4 défaodre, faites de rhérotsme si bon Tons semble ;
« j'ATTCJtftaAl QCASr A WfH fOCU aAlCHIE QHS LES ROUmfiEOIS AO^T BÉPQSt
« Lctras utLUO%% %vu l'actel m la patrie. »
El âit9 fv'apfée nu déclaration aussi héroïqoa, il araif llmpadence de •oUiciUr Taol/^nAation d'organisé an corps de francs- tireurs I ÇfiacumemU MiUfUaiifi, Pih-Jk IV,)
* Charvet a r^rmpU pendant quelque temps les fonctions de secrétaire correspondant de la faction lyonnaise : mis eu état d'arrestation à U suite de Tasftaatinat da commandant Arnaud, il fut tuè d'un coup de revolvec au moment f/û, eondoit 4 U maison d'arrêt, il cberchait 4 s'érader.
BT LE JACÛBINTSMB. Il
LAVJiLLiEf rue Sainte-Rose, &;
H9S80ir(Lanrent), tisseur, montée Rey, &;
Gimi.KinRT (IniePB*)i meuisiar' en fiutouil& y rue de Marih
Patit ^Alesandre)^ ouvmer vdmtlîeir^ rue GUvifir» lâl ;
ViGiter, rue Gigodot, ft;
Thosbt (Alexis), marinier^ rue Scnient, Itt;
Favrb, rue Madame, 98 ; * RnriàRB (Pierre^Benoît^^ 6ft ans, amtriêr oartonnieri lui Saint-Georges, 19'j
Cavbt (Camille) sbcr^aihb^doGomets;
Saviow boulevard de ta Croix-Rousse, 112;
GuiLLOT rue» de Sôze, 126; ,
PuLLUT * tisseiff, rue d'AusterUtay i& ei 14 (/fitera.) ;
Dbville (François^ passementier^ rue d'Irry, 24 (InterM.y,
Tragone (Philif^^, tisseur, gramle côte, 10 ;
D*Aifimi (Praxatôde^abriel^Aiaxanâre), tiftseur, rae> Yes^t dôme, M;
Sellubr (François), peintre, rue die Chartres, 31 ;
MicHALBT (Louis), marchand de liqueurs, chemin des Cures, li;
Vaiange Lut(ciewits, compositenr d'iniprânerie, gi*andeHrua de la Croix-Rousse, 21 ;
PRBMniLiBux, oorvrier doreur, place Saint^-Ckiir, 5.
Le Comité du salut de la France tint, dès l'origine, ses séances privées au domicile, de Gaspard Blanc, me Madame ; phis tard, le siège de ses réunions fui transporté à la CroÎ3B«> Rousse, rue d'Ivry. Les réunions publi(jues de ce comité avaient lieu à la Rotonde.
L'exposé que nous venons défaire de l'organisation des divers comités établis à Lyon pendant le mois de septembre, et dont chaque membre recevait du conseil municipal une . indeninité d*un franc par jour permet d'apprécier dons quelle situation dé- * sastreuse se trouvait alors cette ville. On comprendra sans peiiM qu'à la faveur d'une pareille concentration des forces révolutionnaires dans les mains de quelques factieux et avec le concoiurs de
1 Pulliat a rempli les fonctions de chef de brigade aux charniers nationaux; il fut compris dans les poursuites dirigées, au mois de mai 1870, contre les membres de la section lyonnaise.
la milice citoyenne ^ cet auxiliaire si puissant de toutes les émeutes, Tlnternationale ait pu se développer librement, augmenter le nombre de ses affiliés et se préparer à soutenir cette lutte salutaire dont parlait Eugène Dupont à son ami Richai'd. — A cette époque, Tlnternationale a tout envahi : îious la voyons siéger à Thôtel de ville; elle est chargée de la police dans la personne de Timon, Chol, Schettel, Parraton, Blanc, etc., etc. Le comité central fédératif obéit à ses inspirations et reçoit ses mots d*ordre ; les chantiers nationaux subissent son influence ; elle les fait mouvoir à son gré et provoque leur résistance, toutes les fois que s'agite la question de la diminution de leur salaire *. Elle puise dans le concours de ces 3,000 ouvriers une véritable force pour tenir en échec l'autorité ; c'est avec cette armée, réunie par ses soins sur la place des Terreaux qu'elle s'emparera de l'hôtel de ville, le 28 septembre.
Elle compte des adhérents jusque dans le conseil municipal : ses adeptes se sont implantés dans les mairies et dans tous les services publics. Le comité central du salut de la France fonctionne sous sa direction ; la ligue du Midi devient entre ses mains un moyen puissant de propagande socialiste. Elle multiplie son action ; ses délégués sont partout. A son instigation Marseille, Saint-Étienne, le Greuzot, Nevers, Glamecy, Narbonne, Béziers, Toulouse, Bordeaux, etc., s'agitent. Sous prétexte d'activer l'œuvre de la défense nationale et de briser toutes les résistances, elle achève de réunir en un seul faisceau toutes les forces de la classe ouvrière afin de pouvoir agir au moment opportun.
L'occasion était trop favorable pour que les sectaires de l'Internationale la laissassent échapper.
^ Parmi les chefs de brigade des ouvriers employés aux chantiers nationaux nous trouvons comme membres de l'Internationale Pulliat, Poncet (Joannès), ouvrier peigneur, rue Saiut-Georges, 10 ; Vuiton (i9« brigade), rue de Martaillfl, 26.