‹ L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'EuropeChapitre 7 sur 159 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LES REUNIONS PUBUQUES DES PREMIERS JOURS DE SEPTEMBRE. — INSTRUCTIONS DU CONSEIL GENERAL DE LONDRES A SON CORRES- PONDANT DE LYON. — LA SECTION DE LYON DELEGUE l'uN DE SES MEMBRES AUPRÈS DBS OUVRIEItS DU GREUZOT.

Dès le lendemain de la proclamation de la République, Richard et les autres meneurs de l'Internationale se mettaient à l'œuvre *. Le 5 septembre, tous les travailleurs étaient invités par voie d'afïïche à se réunir le même jour à rAlcazar : il s'agissait de décider quelle devait être l'attitude de l'Internationale en présence du nouvel ordre de choses. Les 7, 8, 9, 11, 12, 15, 18, 20 et 22, de nouvelles réunions étaient provoquées ; parmi les questions à l'ordre du jour figurait la discussion des bases d'tf/2 gouvernement républicain socialiste qui fût l'expression des vœux et des aspirations de tous les travailleurs *.

A la même époque, le conseil général, préoccupé de la gravité des événements, adressait des instructions à ses correspondants et leur traçait la ligne de conduite à suivre. Voici la lettre qu'Eugène Dupont écrivait à ce sujet, le 7 septembre, à Albert Richard ; nous la reproduisons sans commentaires :

* Leur premier soin avait été de courir aa greffe du tribunal, afin d'exiger la remise du dossier des poursuites dirigées contre eux : « Je puis, si vous le voulez, écrivait Albert Richard le 7 octobre 1870 au rédacteur du Progrès, vont montrer V interrogatoire que m'a fait subir te juge d'instruction. « — A Rouen et à Marseille, les internationaux se montrèrent, il est vrai, moins exigeants : ils se contentèrent de prendre les pièces et documents saisis à leur domicile.

* L'organe officiel de Tlnternationale i Lyon, le Gnafron, publiait chaque stmaine un compte rendu des réunions organisées par la branche lyonnaise. (Voir aux Documents justificatifs ^ pièce V, les avis de convocation de quelques-ânes de ces réunions.)

Timbre du conseil général

de Londres.

« Londres, 6 septenibre 1870.

General Council of the International

Working Men*s Association* 256, High

Hêlbêm. London W. C.

a Mon cher Richard,

« La piteuse fin du Soulouque impérial nous amène au pouvoir les Favre et les Gâmbetta. Rien n'est changé. La puissance est toujours à la bourgeoisie. Dansices cfrconstances, le rôle des ouvriers ou plutôt leur devoir est de laisser cette vermine bour» geoise faire la paix avec les Prussiens (car la honte de cet acte ne se détachera jamais d'eux), ne pas les affermir par des émeutes, mais profiter des libertés que les circonstances vont apporter pour organiser toutes les forces de la classe ouvrière. La bourgeoisie, qui est dans ce moment affolée de son triomphe, ne s'apercevra pas tout d'abord des progrès de Torganisation, et pour le jour de la véritable guerre les travailleurs seront prêt».

« Activer, répandre partout cette organisation, c'est la tâche de notre association. Redoublez donc d'énergie, frères Lyonnais. Que voti'e dévouement se centuple ! Groupez autour (te vous tous les hommes actifs et convaincus ! Organisez tons les travailleurs de votre ville sous le drapeau de notre chère association ! Que le mot d'ordre des travailleurs soit partout TInter- NATiONALE, et le but que nous voulons atteindre sera bien près.

t Le conseil général a écrit à tous les correspondants affn que tous leurs efforts se concentrent dans ce sens pour agir avec ensemble au moment opportun et décisif.

« A r œuvré sans relâche jusqu* à la révolution sociale!

« A bas la bourgeoisie !

« Vive riutemationale !

« Salut fraternel à tous.

« Eugène DUPONT, « Secrétaire correspondant pour la France.

« P.^S. Écris-moi de suite à l'adresse que tu connais et tiensmoi au courant des événements et des progrès de. VorganiM"

lion dans la ville et les environs ; sers-toi des pouvoirs que t'a donnés le conseil général pour aiTiver à ce but. Dans ce moment d'effervescence et de travail populaire,, la Révolution, la vraie j peut marcher à pas de géant p&r le concours de tons les correspondants de notre association. ^

€ Surtout écris-moi sans retard *. »

FUchard n'exécuta qu'une partie de ce programme ; il se consacra bien à l'organisation des forces de la classe ouvrière, ainsi que le lui prescrivait Dupont, mais l'émeute était un de ces moyens qu'il ne pouvait délaisser, dût-il même, à ce prix, affermir les bourgeois. — Nous Iç* voyons provoquer réunions sur réunions, prêcher la lutte à outrance et proposer dans ce but la création du fameux Comité central du salut de la France.

Dès le 17 septembre, il songe à s'assurer le concom's de la population ouvrière du Creuzot, alors administrée par un des adeptes de l'Internationale, le citoyen Dumay, qui, quelques mois plus tard, devait être le premier à proclamer la Commune et à reconnaître le gouvernement insurrectionnel de Paris.

Le citoyen Charvet est envoyé* sur les lieux, porteur d'un mandat de délégation ainsi conçu :

« La commission fédérale ouvrière lyonnaise délègue le citoyen Charvet à Teffet de se mettre en relation avec les ouvriers et les associations ouvrières du Creuzot et d'établir une entente au point de vue révolutionnaire.

c Les secrétaires de la commission de t Internationale^ « BLANC (Gaspard), B. PLAGET, Albert RICHARD.

« Lyon, le 17 septembre 1870. ^

Nous devons ajouter que c'est à ce mùme Charvet qu'était adressée de Manchester par Dupont, dans les premiers jours d'octobre, cette lettre où se trouvent confirmées les instruc-

1 Cette lettre porte le timbre de Londres da 7 septembre ; elle est parvenue à Lyon le 9. Elle était adressée à M. Pulauî, mnrc;[iand de rouennerie et mercerie, SI, Cours Vitton, avec cette suscription soi ane seconde enveloppe : —^ Pour remettre a Albert Richard. — Très-pressée.

tions déjà données à Albeit Richard et dont ce dernier avait négligé d'accuser réception:

Timbre da conseil général portaDt ces mots : International Workinq Men't Association. — Cen" tral Council London.

An citoyen GHARVET, à Lyon.

a Manchester, 17 octobre 1870.

40, Caernarvon-sireet, Checlhan Hill.

« Cher citoyen,

« Aussitôt la république proclamée à Paris, j*ai écrit à Richard, comme à tous les aJlres correspondants, quel devait être le rôle de notre association dans les événements du jour. Ce rôle consiste à profiter de toutes les libertés, de tous les événements pour répandre P organisation de la classe ouvrière. Car, sans bonne organisation, les travailleurs seront toujours le jouet et la dupe de la bourgeoisie. Malheureusement grand nombre de nos amis n'ont pas compris; ils se sont laissé aveugler par le patriotisme, ont fait chorus avec les bourgeois (jui criaient partout : Oublions nos différences d'opinions, faisons le sacrifice de nos plus chers principes sur Tautel de la patrie et chassons notre ennemi. Duperie infâme! Caries bourgeois n'ont rien et n'avaient rien à sacrifier, et le peuple est encore une fois trompé parce qu*il est sans organisation. Maintenant qu'il est bâillonné, la réaction toute puissante relève la tête et la proscription recommence comme de plus belle. Voyez ce qui se passe à Paris.

« Je n'ai plus rien à vous dire, car j'ignore si la présente vous parviojidra ; si oui répondez-moi au plus vite à l'adresse en tôte de la lettre, et donnez-nous des détails sur ce qui s'est passé A Lyon.

c Salut fraternel à tous.

. Eugène DUPONT « Secrétaire correspondant pour la France. :>

• P.'S. Nos sections en Allemagne ont publié dn manifeste contre le démembrement de la France : il terminait par le

cri de : Vive la République ! Tous les membres des comités ont été enfermés dans les forteresses ; si ce fait n'est pas connu à Lyon, répandez-le le plus possible. »

Il résulte clairement de ces deux lettres que les travailleurs devaient laisser la vermine bourgeoise se débrouiller comme elle Tentendi'ait, qu'ils ne devaient pas se laisser aveugler par le patriotisme, mais réserver toute leur énergie pour le jour des revendications sociales. Que signifiaient donc ces appels aux armes et ces manifestes publiés au lendemain du 4 septembre pour engager les Internationaux du monde entier à voler au secours de la France ^. Hélas ! ce n'était de la part de rinternationale qu'une manœuvre habile pour augmenter Teffervescence populaire et faire croire aux sentiments patriotiques de ses membres. Elle avait compris que cette attitude lui concilierait les sympathies de la masse et ferait tomber les préjugés qui s'étaient élevés à l'endroit de quelques-uns de ses adeptes. L'Internationale, qui promettait aux naïfs de révolutionner l'Europe pour sauver la France républicaine, avait tout intérêt à ce que la lutte se prolongeât le plus longtemps possible et à ce que le sort des armes nous fût toujours contraire : la victoire eût déjoué tous ses calculs. Chaque nouveau désastre devenait pour elle le prétexte des récriminations les plus violentes contre l'incapacité des uns et la trahison des autres ; elle savait exploiter le njoindre incident au profit des doctrines dont elle poursuivait le triomphe. Elle comptait sur l'épuisement de la nation et l'anéantissement de l'armée pour réaliser violemment son programme ; et nous savons par une douloureuse expérience que ses prévisions ont été justifiées par les événements.

t Voir aax Documents juttificatifSt pièce VI, le manifeste aux sections de V Internationale, publié par le journal la Solidarité, de Ncachàlel, et affiché le 10 septembre sur tous les murs de la ville de Lyon. Il a été reproduit lo lendemain dans le Réveil de Delescluze et la Patrie en danger de Blanqui.

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