CHAPITRE X
ARRIVÉE Â LYON DE BÂKOUJNINB, BASXSLICA ET CLUBERET, — LES CONCI- LIABULES DE LA RUE MADAME. — skkJfCBS DU COMITÉ CENTRAL.
Les temps troublés que les circonstances politiques et les malheurs de la guerre avaient fait naître, devaient permettre à rinternationale de propager librement son influence et de donner des preuves de sa force et de son incroyable audace.
Elle avait senti que c'était à Lyon qu'il fallait frapper un graml coup : aussi ses chefs les plus -exaltés et les plus dangereux s*y donnèrent-ils rendez-vous. Le farouche Bakounine accourut le premier * ; il se trouvait en Italie, à Locamo, au moment de la chute de l'Empire. En apprenant cette heureuse nouvelle y il n'eut rien de plus empressé que de se rendre â Lyon, en passant par , Berne, oîi il toucha une somme d'argent assez importante. Son arrivée à Lyon, le 11 septembre, coïncide avec celle daBASTE- UCA et de Combes, venus en toute hâte de Marseille à Tappel de leurs frères internationaux pour travailler avec eux à la formation d'un grand fond^ révolutionnaire.
A la même époque, le Comité de salut public adressait un appel pressant à Villustre général Gluseret et lui offrait le commandement des volontaires du Rhône. Voici dans quels termes grotesques était formulé cet appel :
1 Bakounine est connu sous le nom de roi de Saxe pour avoir tenu pendant deux jours la ville de Dresde sous sa dictature.
Interné à Ircoutsch (Sibérie) par le gouvernement russe, il s'est r«ndu coupable de nombreux vols au préjudice de différents marchands et employés auxquels il avait su inspirer de la confiance. On l'accuse aussi d'avoir trempé dans l'assassinat d'un jeune homme nommé, Nékiudoff, qui, dans un duel simulé, fut lâchement assassiné à, bout portant par Beckleinichell et tous les témoins, dunt faisait partie Bakounine.
ET LiE JACaBINlSVB. 31
■ C^oyeaCluseret!
c NotrQ appel est un appel à rhumanité contre la barbarie. Nous savons que vous y répondrez. Des corps de volontaires se forment parmi nous : nous vous en offrons le commandement. Nous serons de braves soldats, il nous faut des chefs braves. Les généraux de cour tueraient même notice naiionalité. Général républicain des •États-Unis rV Amérique, venez nous aider à fonder les États-Unis d'EJurope.
Pour la Commune de Lyon :
Le Comité de salut public, « Les présidents : GHÉPIÉ, CHAVEROT et PERRET. »
Chiseret, dont la situation à Paris était des plus compro Aises par l'article odieux qu'il avait publié dans la Marseillaise du 9 septembre * (article désavoué par Roche fort lui-même) y fut heureux de profiter d'une pareille occasion pour aller exercer ailleurs son métier de révolutionnaire cosmopolite * .
« Appelé, disait-il un jour, par le peuple Lyonnais représenté par le .Comité de salut public, je suis venu dans cette ville délégué par le comité central des vingt arrondissements de Paris. ^
Quelques jours plus tard (séance du 20 septembre 1870) sur les explications des citoyens A?a)RiEux, Ganguet, et Ychalettb, le conseil municipal appelait Cluseret au commandement des volontaires du Rhône et des corps de francs-tireurs venant du Midi.
1 Le général Clnseret a-Uil été on est-il réeUement général? Telle est la qntstion qae tout le monde s'est posée sans en tcoaver la solntion. Void la vérité à ce sujet : — Pendant la guerre de sécession, an mois de novembre 1862, il fut nommé général de brigade dans l'armée de l'Est par le président de la ré|»ablique américaine. Il est de principe que tontes les ■ominatiens de cette nature faites par le président doivent être confirmées par le Sénat; si le Sénat ne les confirme pas, elles sont regardées comme nulles et non avenues. Cependant elles donnent à celui qui en est investi le droit d'exercer ses fonctions pendant les vacances du Congrès et jusqu'au dernier jour de la prochaine session. Or, dans l'espèce particulière qui nous occupe, Cluseret a rempli les fonctions te général de brigade à titre ffrovigoirûy du mois de noirembre 186i jusqu'au 4 mars 1863, jour de la clôture du Congrès.
Le 2 mars, c'est-à-dire deux jours avant cette clôture, Cluseret, qui avait eu vent que sa nomination ne serait pas confirmée, donna sa démission.
Avec sa démission, Cluseret a perdu tout caractère officiel, et jamais son titre de général n'a figuré sur les registres de l'armée américaine.
La présence à Lyon de tous ces vaillants champions de la cause sociale ne devait pas tarder à porter ses fruits. Ils se réunissaient tous les soirs, dans une chambre située rue Madame, et louée par Tun d'entre eux, Gaspard Blanc. C'est là qu'ils délibéraient en comité secret sur les mesures salutaires à adopter pour empêcher la réaction de ressaisir le pouvoir. On ne pouvait pénétrer dans ce local que sur la présentation d'un mot d'ordre, ou d'une lettre de recommandation délivrée par l'un des habitués. Il fallait parlementer avant d*être introduit : se présentait-il un délégué, il était reçu au bas de l'escalier par un citoyen qui lui demandait aussitôt l'exhibition de seç pouvoirs et qui, avant même de le laisser monter, avait soin d'aller prendre les ordres des frères et amis dont il avait reçu la consigne.
A ees conciliabules assistaient Bakounine, Beauvoir, Doublé, Basteuca, Cluseret, Combes, Richard, Parraton, Gaspard Blanc . Autour d'eux étaient venus se grouper RnaÈRE, Servelle, et Valence Lunkiewitz, V aller ego de Bakounine, Ozeroff, autre réfugié polonais. Le club républicain du 2* arrondissement de Lyon s'y était même fait représenter par l'un de ses membres. (Voir Documents justificatifs^ pièce VIL)
Le premier résultat de leurs délibérations fut la cr6ation.du Comité central du salut de la France, et la formation de souscomités distribués dans tous les quartiers et destinés à organiser des réunions populaires sur tous les points de la ville.
■ Ces sections, avait dit Richard, correspondent avec le comité central, chai'gé de faire appel à toutes les initiatives, de contrôler les actes de l'autorité, de porter à sa connaissance les désirs et les vœux des travailleurs et, au besoin, de recourir à T appel au peuple et aux armes. Il feut que les conseillers municipaux soient placés sous la surveillance d'un corps révolutionnaire restant toujours en armes et qui devra veiller à ce que le programme adopté par les hommes de la Révolution soit exécuté dans toute sa rigueur.
Les deux pièces suivantes suffiront à donner la mesure exacte des préoccupations auxquelles étaient en proie les clubiktes de la rue Madame, et démontreront surabondamment à l'aide de (luels procédés ils prétendaient assurer le salut du pays. C'est le compte rendu des séances des 18 et 20 septembre.
Réunion du 18 septembre 1870.
« Admission des délégués de la Croix-Rousse, dont les noms suivent : Brunet, Vondière, Donafous.
« !'• Proposition par Richard de la fondation d*un journal, Adoption des communications ouvrières et des rendements de compte des réunions des comités. — Adoption du format du journal, pouvant servir d*afBche.
« 2» Proposition. — Formation d'un bataillon de volontaires {adopté) ; formation par district, à la charge de chaque comité, qui reconnaîtra ses hommes restant dans les compagnies de gardes nationaux (adopté) ; formation de comités par compagnie de gardes nationaux pour la surveillance des forts et l'appel des volontaires pour le bataillon.
« 3* Proposition. — Adoption d'une assemblée à Valentino pour le jeudi 22 septembre '.
« Réception du délégué du Comité de sûreté générale : il afRrme et donne les preuves que Baudy * a délivré des laisser-passer signés de lui aux anciens sergents de ville de Lyon.
« Une conspiration est organisée entre les moines y prêtres ^ jésuites, aristos, etc. ; des femmes font et portent les correspondances. Lon a acquis les preuves qu'il y avait des costumes de prussien. »
i Celle réonion a ea liea à la dale indiquée, ainsi que le constate Taffiche que noas reproduisons aux docoments jastificatifs : cette afftche e.*(t conçue dans ce style déclamatoire et emphatique qui convient si bien anx membres de rinlernationale. (Voir pièce Vill.)
> Baudt était, à cette époqae, l'an des personnages les , pins importants de Lyon ; il remplissait les fonctions de teerétaire général de la police. C'est à loi qne revient l'honneur d'avoir fait arrêter un garde national qui avait refusé de porter les armes devant le drapeau rouge (Documente jutUfieatift , pièce IX). Son- nom s'est trouvé môle à ces fameueee quétee faites dans les maisons de tolérance, les armes à la main, par son inspecteur des mœurs Boêt. Son attitude à l'audience, lors de la poursuite Boët, le rdle équivoque qu'il a joué dans cette affaire, et les attaques dont il a été plus tard l'objet, ont contribué dans une large mesure à le discréditer aux yeux mômes de set partisans.
84 L'INTERNATIONi^L E
Réonion du 20 septembre (rue Madame, 10).