PIEGE XXX AUX FRANÇAIS
— Décembre 1870 — SIMPLES APPRÉCIATIONS D*UN RÉVOLUTIONNAIRE, PAR ALBERT RICHARD*
Objet et caractère de cotte publication.
Depuis le 12 octobre dernier, les socialistes n'ont tenu à Lyon aucune réunion ; ils n'ont fait aucune publication ; ils ont gardé un silence complet, et no se sont associés à aucun projet de manifestation. Les événements du 31 octobre, à Paris, et du !•' novembre, à Marseille, les ont laissés impassibles.
Ils n'ont même pas renouvelé la protestation qu'ils ont dû faire dans leur grande assemblée du 12^ octobre, à la Rotonde, contre l'arrestation de plusieurs de leurs amis, qui sont encore aujourd'hui sous le régime de la liberté politique et sous la gestion du conseil municipal élu, détenus à la prison de Saint- Joseph *.
* :•?. Gambotta, envoj'ant une dépêche à M. Jules Favre, dit, dans un passage relatif aux événements de Lyon du 28 septembre, que Lyon est calme et que tout les
ET LE JACOBINISME. 29f
Ils ont déjoué, par leur immobilité, les colères do la démocratie bourgeoise, qui voulait les perdre dans Topinion publique, et les manœuvres de la réaction, qui voulait se servir d'eux pour détruire lu république. Et cependant les fonctionnaires et les magistrats républicains, non contents de détenir depuis près de deux mois plusieurs révolutionnaires socialistes connus et estimés a Lyon, en ont encore arrêté plus récemment une dizaine d'?utres, et il y en a un plus grand nombre contre lesquels des mandats d'amener ont été lancés et sont maintenus. Nous avons l'honneur d'ôtre de ces derniers. Garder le silence en présence de pareils faits serait un crime. Maintenant que nous avons donné à la république rationnelle ot positiviste de MM. Jules Favre et Gambetta le temps d'organiser «on administration, sa justice, ses années, et qu'on ne pourra plus nous accuser de paralyser l'essor de la défense nationale, le moment est venu de parler. Il faut qu'on sache bien ce qu'ils veulent ces démagogues si détesîés. 11 ne s'agit point cette fois de soulever une discussion, ni de fomenter une agitation, ni do préparer un mouvement.
Ces quelques lignes, expression fidèle d'une conviction qui a déjà résisté à bien des orages, seront ou notre testament de mort de socialiste révolutionnaire ou le prélude d'une transfiguration sociale qui fera èpo^iuc dans J'histoire do l'humanité !
Nous n'avons pas d'autre prétention que celle de faire entendre encore une fois, avant le dénoùment du terrible drame qui se joue en ce moment sur la scène du monde européen, la voix d'un homme qui croit à la tradition révolutionnaire expliquée et démontrée par la science et par l'histoire, et non aux républiques de circonstance qui emprisonnent et poursuivent les révolutionnaires. Après quoi nous nous tairons et nous nous inclinerons devant les faits, car l'action des individualités sera momentanément et nécessairement suspendue pour faire place à l'action supérieure do la fatalité.
Toutes les fois qu'une individualité s'est dessinée dans le camp de la révolution sociale, elle est devenue l'objet des attaques aussi odieuses que multipliées des repus et des envieux. Les grands socialistes ont été comme les grands philosophes et comme les grands apôtres, conspués, honnis, vilipendés. Il n'est môme pas nécessaire d'ôtre si grand pour avoir à subir le même sort ; nous qui parlons, ▼oilà cinq années consécutives que nous servons de cible aux calomnies de la réaction lyonnnaise sous toutes ses formes: bonapartisme, orléanisme, conservatisme, coopératisme, démocratie bourgeoise, libérale et mémo radicale. Nous pourrions faire un grand
prisonniers ont été relftch<^?. D'aulro part, les dernières nouvelles de Puris apprennant que Fleurons n'a pus <if>. arrrté, ot que ceux de ses amis (jui l'avaient ('té lAt étû remis en liberté 1 Nous voudrions bien savoir co que signiliont ces contradictions.
catalogue do toutes les horreurs débitées sur notre compte avec au incroyable acharnement. C'est le journal le Progrès de Lyon qui s'est chargé de composer le bouquet de ce feu d'artifice. Grand bien lui fasse I
Eh bien I maintenant, les individualités étant effacées et pour ainsi dire annulées, les calomniateurs perdront leur temps en s*acharnant après elles. Dès aujourd'hui, les faits dominent complètement toute force individuelle.
Sous l'action d'un feu qu'elle ne peut éteindre, la matière humaine se meut comme un licpiide en ébuUition ; l'intelligence est devenue impuissante ; la voix de la raison et la voix du cœur sont également étouffées ; on dirait qu'un souffle surnaturel nous pousse, malgré nous, vers le but que nous indique la raison d'être historique des révolutions et des travaux accomplis par les générations qui ont précédé la nôtre. L'humanité a voulu hésiter et s'arrêter dans sa' voie ; mais les lois immuables qui régissent le monde moral continuent leur action en passant par-dessus la volonté des hommes: la parole est aux événements I
Ceux à qui ils donneront raison seront nécessairement les nia/treSy et les autres ne seront que des élèves ou des brouillons ; c'est dit.
Mission historique de la France,
Il nous est impossible de faire ici un résumé exact, si succinct qu'il puisse être, des enseignements philosophiques que l'histoire de l'Europe met sous nos yeux; mais nous ne pouvons entrer dans des considérations de détail avant d'avoir établi notre point de départ. Au point de vue dynamique, que faut-il penser de cette longue succession d'efforts qui, depuis le moyen Age, au travers de mouvements et de commotions tels que l'affranchissement des communes, la révolte des Albigeois, l'expulsion des Anglais, les guerres d'Italie, la réforme, la guerre de Trente Ans, l'ambition de Louis XIV et le magnifique rayonnement de la philosophie du xvm« siècle, ont amené les splendeurs de 89, 92 et 93, puis leurs réminiscences de 1830,1848 et 1870?
Que signifient cette science et cette philosophie nouvelles du XIX" siècle, conséquence logique et normale de tous les progrès antérieurs, et qui, embrassant l'ordre moral et Tordre physique, la morale, l'économie sociale, les grandes et les petites manifestations de la pensée, l'œuvre de la nature et le travail humain sous toutes ses formes, découvrent et éclairent les principes indéniables sur le^
ET LE JACOillNISME.
"3ÔÏI reposer celle grande bannie do lous les siècles, la j
^^V Cette grande et généreuse pensée Je la France sortie des ironies
^^■de Rabelais et de la rude francliise de Montaigne, ornée et préparée
par les Corneille, les lîoileau, les Racine, les Fénêlon, approrondie
et développée pur les Pascal, les Descartes, les Molière, leB Voltaire,
les Rousseau, les Diderot, et aboutissant on ligne droite au socia-
^^■ttsme de Saint-Simou. de Fouricr, d'Anguste Comte, de Cabel, de
^^^nroudhon, de Louis Diane, de Blanqui, de lu Société des droits de
^^^Rioroms, des Mutueilistes el de l'Association inlernnlionale ; relie
peaaéo-mèro, consacrJetant do fois par les acclamations des peuples,
pai- les iressaillements du corps social, et môme par l'épouvante de
[a lourbo égoïste des réacliounaires; pourquoi esl-elle venue au
monde, celle pensée?
Lamartine et Victor Hugo lui, tout en s'élevant l'un et l'autre an point culminant do l'art, n'ont point compris celte pensée, sans doute à cause de leur origine arisloerati'iue, no prouvent nullement qu'elle n'eiiisle pas.
Au point de vue statique, si nous considérons la siluulion géographique el les afllnilcs ethnographiques de la Franoe, avec le longue suprémulic morale et le perreclionnemenl do la langue française qai on ont élé la conséquence, si nous observons dans leurs résultatB matériels les révolutions politiques françaises et les gron<1s progrès économiques du XIX' siéele, nous nous arrêtons avec la même anxiété devant le même point d'interrogation. Et malgré tontes les déclamations des démocrates éclectiques de notre siècle, défenseurs dos abus et dae privilèges au nom de la liberté et de la fralernîlé, c'est de toutes les forces de notre ëlrc, avec tout ce que la raison peut fournir d'arguments, avec loul ce que le cœur a de sentiments que, les mains pleines de preuves, appuyé soi' la vérité scientifique el 8ur l'osscntimont inslinctif de la conscience populaire, noua répondons : Oui, la France a été jusqu'ici le philosophe et l'apôtre dos nations; su littérature a élé l'arène des idées et des principes; son sol, te champ de bataille de la misère luttant contre l'oppression royale, cléricale, impériale et capitaliste; son peuple, 1» héros du dévouement et du Gacriiice. le représentant mutilé de la justice et du droil dans l'humanilé!
La san^jlanlo épopée napoléonienne aboutissant à Waterloo; le gouvernement d'outre -tombe de la Ilestauralion ; l'impuissante révolution do 1830, où les Français n'eurent d'haleine, dit le poète, . qne pourlrgis jours au plus >; le régne du ridicule Louis-Philippe; la lOalheurcuso révolution do I81H, éclosc en février et étouffée en juin, BU moment où elle allait s'épanouir; onBn le 2 Décembre et l'épouvantable dégradation qui le suivit jusqu'à l'ignominie de Sedan; voilà des faits qui peuvent faire croire que la mission histo-
rique de la France ne doit point réussir, et que la grande nation n'a agi, pensé, parlé, que pour des nations à venir auxquelles elle doit être sacrifiée ; mais ces mêmes faits, bien loin d'anéantir ou de dénaturer le caractère de la mission de la France, ne fofii qpie le confirmer ; nous espérons le prouver.
Les savants de TAllemagne, de TAjigleterre et de TAmérique, jugeant la Franco du point de vue de la philosophie plus étroite, plua mystique et plus systématique, propre à la race germanique, déclarent gravement au sortir de leurs méditations contemplatives que la race latine a fait son temps, que les conceptions de la science mederne, les grands progrès moraux et matériels que notre siècle a seulement ébauchés et qui doivent transformer la face du monde, sont au-dessus de sa portée intellecluelle, que par conséquent elle n'a plus d'avenir. La France surtout, avec ses vieilles prétentions, le souvenir de sa gloire passée, son peuple remuant, ses bourgeois sceptiques et corrompus, son ignorance et ses folies énervantes, n'est plus aux yeux de ces rêveurs qu'un obstacle à la civilisation. Les Français sont tout à fait incapables d'accomplir dans le monde la grande mission initiatrice et directrice à laquelle ils ont un instant prétendu; l'avortement de leurs nombreuses révolutions, leurs continuelles hésitations politiques, leur dépravation générale et leur dévergondage d'imagination en sont des preuves irrécusables. IIè ne sont pas même capables de supporter la liberté politique.
Au fond, 'Cette opinion démontrée et répandue par la science et par l'éducation allemande est le véritable mobile de la guerre actuelle. La race germanique, jusqu'ici divisée et méprisée, a perfectionné sa langue et s'est créé une littérature remarquable, sa philosophie s'est élevée a une grande hauteur, et la situation d'infériorité relative trop longtemps fuite aux Allemands leur a donné à tous un besoin de force et d'unité qui n'a pas tardé à produire ses résultats.
L'instruction publique, bien autrement florissante en Allemagne qu'en France, y a subitement et également inculqué, malgré les divisions politiques, dans toutes les provinces et dans toutes les classes de la nation, une somme d'idées communes érigées en système par l'esprit éminemment méthodiq[ue et éminemment simpliste des Allemands.
Or, la première conséquence de ces idées, la première nécessité du système philosophique et politique allemand étant l'unité politique de l'Allemagne, le but mirifique étant l'établissement définitif et sans conteste de la suprématie de la race germanique, désormais supérieure en tout à la racé latine corrompue et impuissante, l'écrasement de la France est absolument indispensable pour la réalisation des sublimes théories teuton iques.
Aujourd'hui les faits parlent, il est vrai, en faveur de ces théories , car la France est vaincue et humiliée ; mais attendons la fin.
La France de 1870 est vaincue, non parce qu*olle n'est plus bonne à rien, mais parce qu'elle a manqué ù son devoir, parce qu'elle a renié sa tradition! Et cela n*a rien d'étonnant, car le gi-autl peuple révolutiouaire, réduit depuis le Consulat à des ressources de vitalité et d'énergie toujours de plus en plus faibles à mesure que les progrès matériels exaltaient l'égoïsme et la débauche, a dû lutter seul depuis un siècle contre la concentration organisée de toutes les forces de la réaction.
La France a été vaincue par la réaction avant de Tôtre par les Prussiens.
La France ne peut pas supporter la liberté politique, disent les théoriciens anglais et allemands I Mais, c'est précisément là ce qui constitue la noblesse distinctive et l'incomparable grandeur du caractère français.
Les Français n'ont pas repoussé systématiquement la liberté politique, mais elle a été reconnue incompatible avec les instincts du peuple français, qui le poussent vers l'égalité, et avec les intentions de Taristocratio et de la bourgeoisie française, qui sont d'empêcher à tout prix ravénenient de régalité.
Qu'est-ce que la liberté politique?
D'après M. Cîambetta lui-même, ce n'est pas le but, ce n'est qu'un moyen. Si M. Gambotta avait fuit un peu moins de cas de la jurisprudence et de la politique bourgeoise, et un peu plus de l'histoire de France, il serait allé plus loin en déclarant nettement que laliberté politique n'est qu'un atermoiement, une demi-mesure, une sorte de trompe-l'œil, dont peuvent se contenter des tempéraments guindés et lymphatiques comme ceux des Anglais et des Allemands ; des agriculteurs et des industriels qui ont devant eux 9,000,000 de kilomètres carrés de terrain neuf à exploiter, comme les Américains, des hybrides qui se retranchent derrière leur nullité politique, comme les Suisses, mais qui ne peut faire illusion à un peuple .que son histoire, sa situation géographique, sa science, sa philosophie, ses relations, son caractère, ses instincts et ses grands hommes ont sacré révolutionnaire.
Quel est le but de la révolution?
Les géants de 92 l'ont résumé dans leur immorlelle devise : Liberté, égalité, fraternité. Or, nous voyons (\\ie là où existe la liberté politique, comme en Suisse, en Amérique, en Belgique et en Angleterre, l'égalité et la fraternité n'existent pas plus que dans une monarchie à la Bonaparte. C'est un fait constant : la misère y est aussi intense, les intérêts économiques y sont aussi opposés, les malheureux y sont tout aussi abandonnés ; on y manque de travail, on y meurt de faim ; on y est chaque jour molesté par l'insolence et les prétentions des riches, et, de temps en temps, on y reçoit leurs coups de fusil, absolument comme sous le premier despote venu.
Au moins, nous dit-on, on a le droit de se réunir, de s'associer et d'écrire sa pensée, ce qui peut servir ù continuer et à achever rœuvre.
Nous pourrions discuter avec avantage jusqu'à la possibilité pour les pauvres d'utiliser efficacement ces prétendus droits ; mais nous nous contenterons do faire observer qu en principe la liberté politique n'est pas un droit, mais seulement une concession, une faveur faite par les classes privilégiées aux classes qui le sont moins plutôt qu'aux véritables travailleurs ; la preuve (et c'est là notre réponse victorieuse aux détracteurs de la France), c'est que la liberté politique n'existe que chez les peuples que leur faiblesse, leur égoïsme natif, leurs préoccupations particulières ou leurs superstitions religieuses empochent de faire de cette liberté politique un usage dangereux pour les ennemis de la justice et de l'égalité.
D'ailleurs, où est la garantie matérielle do la liberté politique, dans un pays où la solidarité économique n'existe pas? Les classes bourgeoises plus riches, plus influentes, plus instruites, gouvernent exclusivement et elles savent très-bien suspendre la liberté politique lorsqu'elle les gène : on l'a vu surtout en France, sous Louis-Philippe, et en 1848, sans parler de ce qui vient de se passer à Lyon. Nous pourrions trouver dans l'histoire d'Angleterre, dans celle de la Suisse et dans celle do la Belgique, de nouvelles preuves à l'appui, si nous voulions développer notre thèse ; mais nous voulons simplement montrer que si la France, malgré toutes ses révolutions, a été si longue à proclamer la republique, c'est qu'elle n'accepte pas la première république venue. Après la réaction thermidorienne, en 179 i, la république no pouvait plus être qu'un gouvernement conservateur et légiférant, à formes roides et empesées, renvoyant, aux calendes toutes les réformes importantes ; ce gouvernement aurait parfaitement convenu à des Anglais ou à des Allemands : les Français lui préférèrent Napoléon l*', qui, en fait, n'était qu'un coquin, mais qui, en principe, était la personnification de la révolution humiliant les rois, l'épée de l'égalité abaissant les hommes de de la féodalité et élevant les hommes du peuple.
En 1830, la scission n'était pas encore complètement déclarée entre le peuple et la bourgeoisie ; mais cette dernière, se sentant incapable de donner satisfaction aux aspirations révolutionnaires de la nation, se jeta dans les bras de Louis-Philippe. Sous le règne do ce dernier, le fond de la pensée révolutionnaire fut complètement dévoilé, les nouvelles aspirations économiques se manifestèrent partout avec une intensité remarquable. I^s socialistes n'étaient encore ni assez instruits, ni assez expérimentés, mais ils étaient entrés à plein collier dans la vraie voie indiquée par les traditions de la France et par les instincts du peuple français.
La révolution de 1848 trouva la France en mal d'enfant : le socia-
lisme naissant n*était pas encore de taille à lutter victorleuseïncnt contre rhypocrisie et la rapacité des bourgeois; il combattit cependant, mais il fut vaincu. Après les journées de Juin, la république française menaçait de devenir cette république égoïste et aristocratique dédaignée par nos pères. C'était trop peu pour la réaction et pas assez pour la révolution : Napoléon III devint Thomme de la situation. Il avait porté un coup terrible à la démocratie, et cependant ce fut sous son règne que s'organisa dans vingt grandes villes à la fois, en dehors de toute influence bourgeoise, une nouvelle puissance révolutionnaire coordonnée par TAssociation internationale des travailleurs, continuant la bonne tradition française, et qui, en so développant, aurait certainement triomphé, dans un délai plus ou moins long, du héros de Décembre, si les Prussiens n*en avaient disposé autrement.
Conclusion. La France marche fatalement, inévitablement et directement, bon gré, mal gré, vers 1 égalité et vers la solidarité économiques. Son histoire ne s'explique pas autrement. Bien mieux, la France n'aurait pas de raison d'être dans le monde, s'il en était autrement, et les Allemands qui n'en connaissent que la surface, que nos gouvernements et notre bourgeoisie leur ont montrée, auraient raison de vouloir la détruire.
Ils auraient raison, disons-nous, car la France gouvernementale et bourgeoise est bien réellement tout ce que l'on peut voir de plus vil, de plus ignoble et de plus crapuleux.
Si, par malheur, cette France-là avait assez déteint sur le peuple ' pour dénaturer ses instincts généreux, pour arrêter sa marche vaillante vcra le but le plus grandiose que l'humanité puisse se proposer, la France actuelle serait bien décidément perdue !
IH Lu ri'puJtUquo de 1870.
Une agitation profonde se manifestait au sein des masses ouvrières françaises, la propagande socialiste faisait d'immenses progi'ès, le gouvernement impérial sévissait rigoureusement contre les membres de l'Association internationale; il semblait atout le monde qu'une gigantesque révolution, sociale celte fois, s'élaborait lentement et sûrement. Les républicains bourgeois perdaient chaque jour du terrain; déjà, lors des élections de 1869, MM. Jules Favre et Hénon avaient échoué à Lyon ; d'autres de leurs amis recevaient de rudes leçons à Paris et ù Marseille ; le socialisme surgissait de partout et il paraissait plein de force et d'avenir.
La guerre éclata et il fallut les triomphes inouïs de la Prusse pour proclamer la république, avant qu'on eût pu achever l'organisation de la grande armée de la révolution sociale. Les hommes de 1848 et. les illustrations bourgeoises, étant le plus en vue, furent naturellement portés au pouvoir.
Nous eûmes une république hâtive, pâle réminiscence de celle de 1848, qui n'était elle-même qu'un reflet peu brillant de celle de 1792.
Les socialistes espérèrent un moment que les leçons ■ du passé auraient profité aux républicains bourgeois, et que l'effroyable danger de la France établirait entre tous les démocrates une communauté de vues et d'intérêts, qui leur permettrait de se donner la main sans arrière-pensée.
Cette illusion ne dura pas longtemps ; les socialistes furent partout soigneusement éliminés, leurs principes minutieusement mis à Técart, et le gouvernement de la défense nationale s*attacha exclusivement à rassurer l'aristocratie et les capitalistes, en leur prouvant que la république peut tout aussi bien être conservatrice et réactionnaire que n'importe quelle monarchie.
Faire de la France une bonne petite république bien sage et bien tranquille, dirigée par de bons bourgeois, apportant généreusement et peu à peu quelques petites améliorations au sort des ouvriers, en leur faisant comprendre qu'on ne peut pas tout leur donner d'un coup et que Paris n'a pas été bâti en un jour; voilà l'idéal de MM. Jules Favre, Gambetta, Jules Simon et autres. Voilà le programme que défendent énergiqucment les journaux radicaux tels que le Progrès do Lyon. C'est très-joli; seulement, nous ne voyons pas en quoi ce programme diffère de celui des légitimistes, des orléanistes, des impérialistes ou de n'importe quel parti politique. Ces républicains à l'eau de rose trouvent le système de la Suisse et de l'Amérique bien supérieur à celui des monarchies. Quand même ce serait vrai, nous ne voyons pas davantage comment cette opinion les justifie.
A quoi bon avoir passé par 1789, 1793, 1830 et 1818, si nous n'avons rien de plus à apprendre au monde que ce que lui ont appris la Suisse et l'Amérique ? Pourquoi avoir trois fois repoussé la république non socialiste pour finir bêtement par l'accepter? Nous n'avons pas voulu transiger avec nos principes révolutionnaires depuis Danton, Marat, Hébert, ChaumetteetBabœuf; nous avons mieux aimé nous faire piétiner par des despotes, quitte à prendre notre revanche un jour, et voilà que quatre-vingts ans après ces héros, quatre-vingts ans après notre sublime déclaration des droits de l'homme, nous Consentons à reculer jusqu'à la Suisse et jusqu'à FAniériqueUI
Et tout cela parce que M. Jules Favre et M. Gambetta nous ont dit que c'était ce qu'il y avait de mieux.
Il est certain que le peuple français a déjà fait dans cette voie un pas qui lui a coûté bien cher; maiss*ii asubirinfluencede certaines circonstances, ce n'est pas une raison pour désespérer de lui.
En attendant, la république bourgeoise, proclamée ily atrois mois, n'a jusqu'ici montré que son impuissance; elle se sert contre les Prussiens des mêmes instruments qui ont été brisés à Wœrth et à Sedan: emprunts, centralisation administrative, magistrature fonctionnaire, Jiiérarchie militaire, obéissance piissive ; elle prêche plus que jamais la discipline, elle emprisonne les révolutionnaires et elle fusille les soldats récalcitrants.
C'est au nom de la défense nationale qu'on fait de pareilles choses, c'est pour que rien ne puisse en entraver Taccomplissement qu'on nous fait taire 1
Toujours cet exécrable raisonnement digne d'un Tartuffe ou d'un Jocrisse: Chassons d'abord les Prussiens, nous verrons après!
Mais il faudrait avoir atteint les dernières limites de l'imbécillité ou du machiavélisme pour vouloir réellement faire croire à des hommes de bon sens, qu'une nation qui se bat comme une machine, sans être animéed'un sentiment supérieur, sans être poussée par des causes morales, puisse triompher.
Les Grecs, les Romains et les Français de notre première république ont triomphé parce qu'ils représentaient la notion la plus exacte de la justice sociale qu'on eût à ces différentes époques. C'est ce sentiment qui constitue en guerre la force morale, la première de toutes.
Les mitrailleuses, les fusils à aiguille et les canons ne spnt certes pas à dédaigner, mais l'histoire est là pour nous prouver que, même en guerre^ ces engins ne jouent qu'un rôle secondaire.
Dans le sein de la France d'aujourd'hui, dans la conscience des masses populaires, gît un principe supérieur encore, un principe qui correspond aux aspirations instinctives et aux définitions scientifiques de la société moderne, un principe qui est sorti de la tradition et de la révolution française ; c'est le principe de l'égalité et de la solidarité économiques dans la république démocratique et sociale. Mais ce principe, la république bourgeoise le combat et le repousse ; c'est au nom des intérêts d'une société d'exploiteurs et d'exploités que nos soldats devront aller se faire tuer, sous une organisation militaire et administrative entièrement semblable à celle de l'empire.
Encore, si la république bourgeoise savait trouver toutes les ressources matérielles dont la France a besoin! mais il n'en est rien; les égoïstes qu'elle veut ménager ne lui en savent aucun gré. Le gouvernement de la défense nationale a fait un emprunt de 250 millions et il n'a pu en trouver la moitié. La ville de Lyon a fait un emprunt de 10 millions, et il n'y en a eu que 4 de souscrits. Les bourgeois
aiment infiniment mieux donner quelques centaines de millions aux Prussiens, afin de pouvoir ensuite continuer d'exploiter la France déshonorée, que de se voir un beau jour placés face à face avec la révolution qui, si elle ne les ruine pas, détruira leurs privilèges dans leur source môme.
Supposons cependant que, malgré tant de causes de faiblesse, la république bourgeoise parvienne à repousser complètement les Prussiens, ce que nous devons certainement souhaiter de tout notre cœur, puis(iue notre pauvre France s'est donnée à la république bourgeoise, la France n'en sera pas moins fmie, si elle ne reprend pas sa ^^rande mission historique, son grand œuvre de Taffranchissemcnt intégral de la personne humaine, car elle aura simplement remplacé un gouvernement conservateur par un autre gouvernement coiisei^vateur; et cela, au sortir de la plus grande crise qu'elle ait Jamais traversée.
M. Crùmieux et ses amis auront beau nous dire que la république doit être le règne de la loi et, par conséquent, de Tordre ; nous ne cesserons do leur répondre qu'il n*y a pas et qu'il ne peut pas y avoir de loi juste et respectable, là où TÉtat n'est que la sanction et la garantie d'un système social qui n'est qu'oppression et servitude, exploitation et inégalité. La loi... il n'y a que vous qui la connaissez, et vous rinlerprétez à votre manière, réclamant pour vous la liberté et l'appelant licence quand les autres veulent s'en servir. I-ia loi, c'est votre système à vous ; la liberté, c'est votre liberté à vous. La justice du peuple appelle cette loi et celte liberté, le despotisme.
lY
U avenir de la France.
Voilà déjà bien longtemps que les penseurs se préoccupent de ce que deviendra la France, et, il faut bien l'avouer, le résultat de leurs rénexions n'est pas satisfaisant. La plupart d'entre eux, no voyant pas ou no voulant pas voir quo la France doit être socialiste si elle veut vivre, et quo c'est seulement dans le socialisme qu'elle pourra se retremper et se régénérer, ont considéré notre pauvre patrie comme irrévocablement condamnée à perdre le rang qu'elle a occupé parmi les nations. Les Allemands ont construit sur ces données toute une théorie échafaudéo à grand renfort de pièces à l'appui. On sait ce que nous pensons de leurs prétentions.
Au fond, il y a ceci de vrai : la France, comme État politique, dans le sens monarchiste, aristocratique et bourgeois du mot, est déjà déchue ; do mémo que la bourgeoisie française, avec toute sa richesse
iodustrietlo etcommerpiale, avec sii sirienoc, aa litlératuro et i bien (tépnsséo : en p itialîvc, en habilclc, e iaise et nméricainc ; en
cipes moraux ou immoraux, est Jêj.
maloi'ielle, en richesses, en esprit cl'i geaco pratique, par la Ijourgeoiaie nn
eu pcrscvuruu
■ lu bourgeois
iesprin-
1 iiilelli-
insli'ucalle-
mande.
Le pauvre ol digne Bavbès, disent ceux qui l'ont connu pendant
les dernières années do sa vie, s'inrjui était constamment de l'avenir
de la France et il disait: « Eu présence du développement colossal
de la Russie, do l'Amérique, de l'Angleteri'e, de l'Allemagne, quel
le rfllo de la France? >
lestion que tous les Gaulois de la vieille souche s'adressent .ivcc
^La Russie a plus do 5,000,000 de kilomètres carrés et plus de 73,000,00(1 d'habitants en Europe ; elle possède, en Asie, le Caucase, avec 3,000,000 d'hubilauls, la Sibérie, le pays des Kirgbiz-KasHks. une partie de la Mondchourie et les trois quarts du Tiirkeslan, uve:: des villes de plus do 100,000 Ames, comme Tachkond, Khekhand ut SantaFL-ande, le tout comprenant près do 15,000,000 do kilomètres carrés, no contonanl encore que 12,000,000 d'habitants environ.
L'empire russe forme déjà une agglomération de 87,000,000 d'habilauts, ayant devant eux, pour se développer, un territoire plus grand que deux fois l'Europe tout entière.
La langue ru>:se, qui est belle, harmonieuse et plus riche que toutes les autres langues de l'Europe, est la langue usuelle de plus de 40,000,000 d'habitants de la Hussie, et elle est maintenant répandue sur toute la surface de l'ompire. La littérature russe se fonno et «'enrichit, la jeunesse russe s'instruit et se perfectionne avec une étoonanto faeilitc. Les Russes ont une aptitude loule paHiculiéro pour l'otiide de toutes les langues; il n'est pas rare de voir des Russes qui connaissent à fond les auteurs do l'Occident et qui parlent une sixaino de langues avec une égale facilité. C'est inouï tout ce que co grand et jeune peuple possède do ressources vitales de tout genre.
L'Amérique est placée dans des conditions tout aussi favorables : |i territoire des Êtats-Uuis, qui est aussi graud que toute l'Europe et intenait lors de la proclamation de l'indépendance américaine, en 1770, que 2,600.000 habitants, en contient, on 1870, plus de 40,000.000, plus 300.000 Indiens sauvages. Quant au développement de ses chemins de fer, de ses canaux, do ses routes et au perfeclionncmeat de son commerce, da son industrie et de son agriculture, l'Amérique est autant supérieure à la France que la France l'est à l'Abyssinie. La navigation maritime et fluviale do l'Amérique est aujourd'hui la première du monde ; tandis que la ^^fcnvrine française ne jauge pas plus de 800.000 tonneaux, la marina
K tout g :.'A len
anglaise en jauge 3,200,000 et la marine américaine 4,500,000.
La langne anglaise est la langue de T Amérique ; elle y est parlée partout, elle supplante définitivement la langue française à la Nouvelle-Orléans, comme elle la supplante au Canada. C'est donc sous tous les rapports que la France diminue, tandis que la Russie cl l'Amérique font des progrès continuels.
Pour l'Angleterre, sa supériorité industrielle, commerciale, agricole et maritime sur la France n'est discutée par personne. Ce n'est pas tout : l'Angleterre possède le plus beau et le plus riche pays du monde, l'Inde avec 3,600,000 kilomètres carrés et 180,000,000 d'habitants ; elle possède un territoire aussi vaste, dont la colonisation va bon train et qui compte déjà 1,500,000 habitants, dans l'Amérique du Nord ; elle possède la Jamaïque, les Antilles et la Guyane anglaises, le cap de Bonne-Espérance, une partie de l'Indo-Ghineî enfin, elle scév eloppe dans Fimmense et superbe Australie.
L'Australie, dont la colonisation n'a été commencée qpi'en 1788, compte déjà aujourd'hui, y compris la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande qui l'avoisinent, 1,500,000 habitants, sans compter les indigènes ; il y a là Melbourne et Sydney, des villes de 150,000 Ames chacune ; c'est une nouvelle Angleterre qui a pour se développer 7,000,000 de kilomètres carrés et qui grandit avec une telle rapidité et dans des conditions si favorables, qu'avant un siècle elle surpassera en civilisation, en richesse et en puissance la vieille Angleterre oaropéenne.
L'Allemagne n'est certainement pas aussi favorisée, mais elle renferme bien plus d'éléments de vitalité et d'avenir que la France, La Prusse et les États groupés autour d'elle forment déjà un total de 88,500,000 habitants bien unis dans un but commun et dans une foi commune. S'ils annexent à leur confédération la Hollande et les pays allemands d'Autriche, ils compteront 55,000,000 d'âmes. En outre, il y a 2,000>000 de Suisses et 2,000,000 de Français d'Alsace et de Lorraine qui parlent un allemand assez mauvais il est vrai, mais enfin qui parlent allemand. Nous ne nous appesantirons pas sur les progrès de l'Allemagne ; nous en voyons maintenant, malheureusement pour nous, une preuve assez convaincante. Mais, nous le répétons avec une inquiétude toujours croissante, cpie deviendra la France?
La rcslauration de Napoléon III serait la transformation de la France en Elat secondaire, vassal do l'empire d'Allemagne; l'intronisation d'un d'Orléans ou de Henri V nous donnerait une petite France humble et modeste comme l'Italie et l'Espagne d'aujourd'hui: dans l'un et l'autre cas l'histoire de France serait niée, la tradition française foulée aux pieds et la grande pensée révolutionnaire de la France, qui élait son âme, sa vie, le mobile de tous ses actes, serait anéantie. La grande, la sublime, la vaillante Gaule croupirait dans le monde, au milieu des splendeurs slavo -germa niques, comme un
flambeau qui fumo sous un éleignoir au milieu d'un lustre étincelant.
Qu*est-ce que la république bourgeoise poun*ait faire de plus pour la Franco? Elle nous en donne déjà une idée aujourd'hui. Le gt>uvemement de la défense nationale et les journaux qui le soutiennent, reconnaissant rimpossibilité d'obi euir la i)aix, malgré les humiliations que se sont imposées MM. Thiers et Jules Favre, se mettent à genoux devant notre ennemie séculaire l'Angleterre. Robespierre, à Marat, ô Danton, venez et regardez. La république de 1870 peut ôtre représentée par un gros et gras bourgeois incliné sous le sabre d'un hulan et marmottant cette prière : « Chère Angleterre qui nous avez vaincus à Crécy, à Poitiers, à .Vzincourt, à la Hogue, à Malplaquet, à Aboukir, à Trafulgar, aux Arapiles, à Vittoria et à WatcrloOy généreuse Angleterre qui avez détruit notre marine et pris nos colonies, clémente Angleterre qui avez fait mourir sur vos pontons les prisonniers français et qui avez applaudi aux succès de la Prusse, ayez pitié de nous ! »
Cette nouvelle humiliation ne doit pas nous étonner puisque la république bourgeoise nie, elle aussi, la révolution et ne vise quïi 8*a8similer les hommes et les choses du passée puisqu'elle se place, elle aussi, en dehoi's de la voie normale et naturelle de la France. D'ailleurs, une telle république dans un pays comme la France, c'est un anachronisme ; il faudrait, pour qu^ la France adoi)tAt définitivement un pareil régime, qu'elle fût Unie, c'est-à-dire qu'elle eût perdu le sens de sa mission, ce qui lui permettrait tout aussi bien de se donner à Henri V ou à Louis-Philippe IL La France républicaine à la manière do MM. Jules Favre, Jules Simon, Garaier- Pages, Ci-émieux, (jambetta, etc., ne serait pas autre chose qu'une grande Suisse ou une petite Amérique, elle am-ait le môme système social^ la môme organisation industrielle et commerciale, la mèm.» bour. gcoisie, les mêmes hoaimes d'Htat, la môme littérature, la même religion et les mômes élèmentsdoprofrrès, qui constituent aujourd'hui son infériorité flagrante vis-à-vis de l'Angleterre, <lc l'Allemagne, de l'Amériquo et do la Russie; il en résulterait que la rcsignation deviendrait la plus belle et la plus utile de nos vertus!
La révolution sociale,
\jQ dilemne est nettement et lumineusement posé par la logique
des faits :
Ou la révolution sociale, ou la On do h France! Que M. Thiers se démène, que M. Jules Favre sourie déJaijnau-
sèment, que M. Gambeita donne sa confiance au général Bourbaki, que les colonels républicains fassent fusiller les enfants du peuple, que les procureurs de la rcpubliqpie fassent emprisonner les socialistes, et que la tourbe des démocrapulards brigueurs de places, flatteurs serviles dés démocrates posés de la bourgeoisie et colporteurs de calomnies, pousse des clameurs, cela ne fait rien à l'affaire : les événements iront leur train.
Mais qu'est-ce donc en somme que cette révolution sociale, diront les rendurcis du vieux système, et que pourrait-elle faire, le cas échéant, pour sauver la Franco ? C'est fort simple à expliquer. 11 y a probablement longtemps que tout le monde serait fixé làdessus si vous ne vous étiez tous empressés de crier sur tous les tonSy légitimistes, impérialistes, orléanistes, républicains, faisant tous chorus, que les socialistes sont des pillards, des paiiageux, des gens sans foi ni loi, sans conscience et sans aveu. Abstenezvous de nous calomnier, discutez sérieusement avec nous et laissesnous tous parler librement pendant un mois seulement, et la France tout entière sera convertie au socialisme. C'est précisément parce que les socialistes ne sont ni des pillards, ni des parfageux que depuis do longues années nous nous exténuons a vous dire comme Proudhon : < Passez-nous le principe et nous vous passerons la transition. »
C'est-à-dire, reconnaisse^ avec nous que l'organisation sociale actuelle a besoin, non de quelques améliorations, mais d'une transformation radicale de la base au faîte ; que ses vices et ses défauts ne sont pas simplement des abus qui s'y sont introduits, mais des produits nécessairement inévitables du principe d'injustice et d'oppression qui constitue la base essentielb et fondamentale de toutes nos sociétés modernes. Reconnaissez avec nous que ce principe qui s'appelle l'insolidarité, mère de l'inégalité, et qui se manifeste immédiatement par F aliénation absolue de la propriété foncière, immobilière, financière, industrielle et commerciale entre les mains de quelques-uns au préjudice du plus grand nombre ; reconnaissec avec nous que ce principe doit être extirpé et qu'on doit mettre à sa place /a so/i(/ari7^ sauvegardant toujours l'intérêt collectif contre le développement exagéré de Tintérêt individuel.
Faites avec nous une pareille déclaration et la révolution violente devient impossible : les bourgeois restent en possession do leurs richesses, on ne parle plus de liqpiidation sociale, il n'est plus question de faire rendre gorge à personne. Tordre règne dix fois mieux qu'aujourd'hui, et la société rassurée attend tranq[uillement que les efforts de la science et du travail de tous aient peu à peu amené la rénovation désirée. ^
Mais vous ne la ferez pas cette déclaration ; vous, incorruptibles républicains, vous vous allierez avec les réactionnaires de toutes
8 couleurs ; les hommes do Napoléon III vous soront chers; vous doiiDorcz des grades à Charelte, k Callieliiiean ol ù Poli^iiac; vous TOUS mènerez assez do Gai'ibaldi pour ae lui donner qu'un oommandemcnt sans importsiice, el pour meitre au-dessus de lui vos vLoiUes épaves de l'école de Saint-Cyi* ; vous protégerez le pape et la religion catholique, vous fusillerez ceux qui offouseroitl les Jésuiles et voua préparerez, sans doute, Cayenne, Lambessa el Nouku-IIiva pour y faire pourrir les révolutionnaires; mais jamais vous n'aurez assez de loyauté pour donner raison au socialisme. Vous êtes des hommes d'État, vous êtes des politiques; el comme votre Etat n'est pas autre chose que la légalisation d'un ramassis d'iniquités, el comme la politique n'a été jusqu'à présent que l'organisation du mensonge, de l'insolence el de l'hypocrisie, vous resterez plongés jusqu'au cou dans volro bourbier séculaire, jus- C[u'â co que te feu de la colère du peuple vous y oai'boaise ot vous y pélriflc.
Et cependant, nous voudrions bien de tout notre cœur pouvoir éviter un pareil dénoûment ; il serait si Taeile do Taire une révolution sociale pacifique I On y an'iverait par la reconnaissance du droit au travail par la constitution ; par le rachat graduel de la propriété foncière, immobilière, industrielle et commerciale par les communes nu profit des associations de producteurs des villes et des campagnes; par un imp6t proportionnel sur les héritages toujours au proht des associations; par rétablissement dans lous les arrondissements de bureaux d'économie sociale correspondant avec un ministère q)éciBl et chargés de dresser une stalistique exacte et méticuleuse du mouvement de l'industrie, du commerce et de l'agiiculture, du taux de l'importation ot do l'exportation, des causes do prospérité et de chômage, dos usines, des ateliers et des magasins travaillant DU chèuiarit, do leur Importance, du nombre des ouvriers de chaque profi.'ssion. de leur situation en temps de prospérité comme en temps do crise, recevant des communications, publiant ses travaux, facilitant et simplifiant lesrapporls du travail et du capital.
Mais, allez proposer de pareilles choses ù M. Jules Favre el â
Ce ne sont pas taut les principes des socialistes qui etfruyeni, noua dira-t-on, ce sont leurs systèmes. Ceci est un mensonge, car c'est le contraire qui est vrai. En effet quand on fait de la propagande socialiste, on ue dit pas tout d'abord aux néophytes : Soyes communistes, mutuellisles ou collectivistes; on leur dit : Soyex amis do la justice, dsvcnez dos adversaires de l'organisation sociale KCtuelle, qui est l'injustice même. Les systèmes qui ont paru jusqu'à présent sont tous plus ou moins bons et plus ou moîna mauvais; il est probable qu'aucun d'eux no sera appliqué, parce
ft l'idée socialiste dans sa nature et dans son développement est
^^01» 1 idée s
tout le contraire d'une conception à priori, d'une théorie absolue, dont toutes les parties se trouvent rassemblées et coordonnées comme par enchantement.
Que la société soit placée sur une base où elle puisse se déve» lopper dans le sens de Tidée socialiste, et les associations de producteurs et de consommateurs pouvant désormais se former, prospérer et se fédérer, la révolution sociale s*accomplirt d'elle-même.
Si elle nous donne le mutucllismo, il faudra bien Taccepter, et si elle nous donne le communisme ou le collectivisme ou autre chose, il en sera de même. Seulement, il la faut absolument, cette base dont nous parlons, et ce n*est pas la république bourgeoise qui en servira.
En parlant des systèmes, nous avons cité le collectivisme; le collectivisme, en lui-même, nost pas un système construit de toutes pièces, car il s*en faut do beaucoup quo les collectivistes soient complètement d'accord entre eux ; le collectivisme repose sur quelques idées générales basées elles-môme sur des faits acquis. C'est, par exemple; l'abolition du droit d'héritage, parce que le droit d'héritage est le droit de créer l'inégalité dès le berceau, et de baptiser, dès leur naissance, ceux-ci oppresseurs et ceux-là esclaves, sans c[ue les pauvres innocents aient encore rien fait pour mériter eet outrage ou cette condamnation. C'est aussi rétablissement sans conteste de la supériorité de Tintérèt collectif sur l'intérêt individuel, par l'organisation de l'administration autonome politique et économique do la commune, avec lé principe de la solidarité de tous les membres de la commune entre eux, dans toutes les conditions sociales et dans toutes les phases de la vie. C'est encore la fédération de toutes les communes, les rendant toutes solidaires les unes des autres de la même manière que les membres do chaque commune entre eux, et les englobant dans une grande unité aussi fédérative qu'indivisible.
Le collectivisme ne détruit pas la propriété individuelle, seulement il la subordonne au droit supérieur de la collectivité ; il veut l'égalité des moyens de développement, d'éducation, etc., la répartition égale de la richesse naturelle et sociale, produit de la nature et du Irovail collectif des générations passées, aux enfants de la nature et de la société ; mais il les laisse ensuite se développer, travailler, se perfectionner, s'organiser, comme ils l'entendent, selon leurs aptitudes, leurs capacités ou leurs besoins.
I^ mise en commun des terres pour la culture ne devient nullement obligatoire dans la société collectiviste; s'il plaît aux agriculteurs propriétaires d'une commune d'établir dans leurs terres ce motle de culture, cela les regarde, pei*sonne n'a rien à y voir.
Il y a assurément beaucoup à éplucher dons les opinions socia-
listes qui se sont manifestées jusqu'à présent : beaucoup ont confondu la manie de régalitariamc, qu*ou nous passe le mot, avec le véritable socialisme, et ne se sont occupés qu*à rechercher les moywie de niveler l'humanité dans l'ordre moral 'et.' môme dans l'ordre physique. Nous ne craignons pas de dire que c'est là une sottise . et que le collectivisme, tel que nous le concevons, ne se pi^te^allement à la réalisation de cette sottise. Ériger en doctrine le nivellement générai serait aussi absurde que de faire croire aux boutiquiers, aux commerçants et aux petits patrons, que le socialisme veut les ruiner.
Ce sont les jésuites et les bourgeois qui répandent ces bruits, pour que tous les citoyens, effrayés, leur tendent les bras comme après le 2 Décembre. Les petits patrons et les petits commerçants, aussi bien que les paysans propriétaires , sont écrasés par le monopole. Ce sont tous des producteurs utiles, sur lesquels le socialisme compte pour en faire les pivots de la grande réorganisation sociale.
Mais nous n'avons pas à développer ici la théorie collectiviste dans toute son ampleur; nous l'avons dit : c'est surtout de principes qu'il s'agit pour le moment.
Eh bien 1 nous disons, pour nous résumer, qifîl est scandaleux de voir, dans une société qui se prétend civilisée, des individus qui possèdent en valeurs do toute sorte des centaines de mille francs, des millions et des dizaines de millions, qui ont l'air de se croire les maîtres absolus de ces richesses, et qui laissent froidement croupir dans la misère et mourii* de faim des milliers de leurs semblables.
• Toute richesse, toute œuvre, si minime qu'elle soit, est le produit de la collectivité avant d'ôtre celui d'une individualité. Le progrès des siècles, la main de la nature, les travaux des savants, le génie des inventeurs, les bras de plusieurs milliei^s d'ouvriers de toute sorte ont collaboré à cette richesse ou à cette œuvre.
Une fortune quelconque représente une somme si grande do peines, de sueurs, do recherches, de douleurs, de morts môme, que celui qui la possède doit en être effrayé, et qu'il faut qu'il soit arrivé à un* épouvantable degré do corruption pour oser dire : Ceci est h moi.
Nous disons qu'il est écœurant de voir en France, après 89, 93, 1830 et 1848, des hommes d'État, des savants, des prêtres, des journalistes, glorifier ces ordures et ces iniquités. Ce sont ces misérables qui ont produit une France capable d'ôtre vaincue par les IVussicns; c'est leur infamie qui nous a jetés sous la férule de Bismark. Infâmes 1 infûmes ! infûmes I
« Je punirai le monde à cause do sa malice, et les méchants à « cause de leur iniquité; je ferai cesser l'arrogance do ceux qui se
c conduisent avec fierté, et j'abYiisserai Torgueil de ceux qui se font a redouter. Je ferai qu'un homme sera plus précieux que For pur, a et une personne plus que Tor d'Ophir *. »
Nous avons dit quels sont Tespril et le but de la révolution sociale. Nous avons prouvé que sans elle la Franco est perdue. Nous avons montré comment elle pouvait s'accomplir pacifiquement. Cette dernière éventualité est-elle la plus probable ? Nous avons fait tout ce que nous avons pu pour qu'elle le devienne. Les événements nous éclaireront.
La France socialiste.
Si après ce que nous avons dit, des politiciens persistent à nous demander ce que la révolution sociale ferait pour la France, en tant que nation se mouvant a sa manière dans son orbite spécial à côté des autres nations, nous leurs prouverons plus facilement encore que la Franco socialiste serait, même après Wœrth et Sedan, la plus puissante et la plus glorieuse des nations. D'ailleurs, nous avons, à cet égard, une importante déclaration à faire. Bon nombre de socialistes, et particulièrement de ceux qui appartiennent à l'Association internationale, vu qu'il n'y en a plus guère qui n'en soient pas, se disent anarchistes.
U anarchie si bien définie par Proudhon, c'est-à-dire l'autonomie absolue de l'individualité entraînant la suppression totale des États et de leurs législations, la désagrégation complète des corps politiques actuels, la destruction de toute espèce de centralisation, leur paraît la seule politique possible du socialisme.
Nous/ avouons que ce raisonnement, qui a toutes les apparences de la logique la plus- sérieuse, nous a un instant séduit. Il nous a cependant été impossible de ne pas reconnaître, en dernier lieu, que cette logique toute métaphysique est condamnée par celle de l'histoire. Le développement de chaque peuple, selon le^ conditions géographiques et ethnographiques dans lesquelles il se trouve, a certainement son but et sa raison d'ôtre. Les peuples, avec leurs caractères particuliers, leur politique et leurs tendances particulières, forment autant d'éléments indépendants dans l'œuvre du développement général de la civilisation. 11 ne faut pas qu'un de ces éléments soit annihilé par l'autre, et c'est pourcpioi nous disons que les républicains bourgeois de la Franco commettent en ce
* ISÔÏC.
ET LE JACODINISMi:.
nOBWUt Te plus grand des crimes en empâchaat le peuple français d'arborer 1o drapeau & l'ombre duquel il peut, eu pulvérisant les Prussiens, se relever sublime, éblouir lo monde et lui révéler la ilice.
rll fnul que la Franco vive, il faut qu'elle continue et qu'elle Ha grande révolution. En conséquence, nous déclarons inchement à nos amis comme à nos ennemis, quel que puisse être le résultat de cette déclaration, qu'en polililique nous sommes pangallicislQ et au besoin panlatinislo. Nous estimons fort ceux qui espèrent les Élals-Onis d'Europe, et noua ne forons Jamais nen pour empêcher la réalisation de cette idée ; mais nous avons dd. cousialer, toiigtemps avant la guerre actaellc, qu'il y a entre la race laliue et la race germanique une rivalité el une hostilité permanentes Irés-réel les, qui sont peut-être plus indispensables qu'on ne pense à la marche du progrès. Cotte hostilité se réduira probablement un jour à une noble émulation scientifique, littéi-aire et iaduslrielle, mais il faut auparavant que la France se relève de ses ;tre3. // le faut absolument.
Angleterre ne cesse de nous insulter et de nous abaisser de !B les manières; maintenant encore elle nous humilie plus que attendu que In pitié qu'elle semble éprouver pour nous 'est qu'une honte de plus à ajouter à celles de Sedan ol de Metz. L'Allemagne fait mieux, elle fait tous ses efforts pour nous détruire, ni plus ni moins. L'iVnglotcrre et l'Allemagne doivent ùlva châtiées, à moins toutefois que le peuple anglais et le peuple allemand ne fausent eux-mi^mes la besogne en ronvei-sant tea tyrans qui les exploitent ou les font tuer avec tant do aans-gâne. La paix el la rralernilé sont do belles choses, mais nous ne sommes pas assez idéaliste pour nous Ggurer que noire r61c est de les
^iiuti(
îadus ^■Ues
fois.
Nous, socialistes, non France socialiste seule a saires pour ferrai
s pouvons seuls parler sur ce Ion, car la urail la puissance et les ressources néces- :s ennemis. An point de vue moral, elle reprendrait dans le monde tout son éclat cl tout son ascendant, parce qu'elle représcn ternit lu notion la plus haute, la plus exacte, la plus pure du uMorr qui se puisse concevoir. Au point de vue inalèriel, lu eollci:tivité française disposerait de toutes les immenses ressources en argent ot en produclions de toute sorte, qui sont aujourd'hui ulicnèes et rcinlivoment inutilisées enlre les mains de quelques milliers d'individualités; elle n'en disposerait qu'incom> pléleincnt par l'impAt proportionnel et par le crédit, si la révolution sociale s'accomplit pacilJquemenl et par voie de transactions, mais
[uil alors mémo bien plus avancée que le gouvernement de
9t0 L'INTERNATIONALE
la défense nationale, qni Teat user des vieax moyens aaasî bien en matière de finanees qu'en matière d'administratton on d'orgnnisatîoB militaire, et qui ne fait par là qu'aggraTer la situation.
Si. --'autre part, la révolatioa s-cx^iaie s'accomplit par Toie de liquida tien générale t abolition des dettes publiques et priTées, feu de joie de tous les titres, papiers, registres, actes administraliis, actes notariés, livres d'inscriplions de TÉtat et des monopoles organisés, réquisitions et impôts extraordinaires sur les ricbes an profit de la nation, organisation spontanée de la production industrielle par les associations ouTriéres momentanément aidées et subventionnées par la nation i, si la révolution s'accomplit ainsi, dLsons-nous, les ressources qu'elle mettrait à la disposition de la France seraient bien plus grandes encore, et ceux qui la eroieni ruinée et aux abois seraient tout étonnés de la voir rouler sor l'or et sur l'argent. Les armées, qu'on a tant de peine à former aiyoard'hui, sortiraient de terre, les munitions de guerre et de bouche afflueraient, Té^pipement, l'armement et l'organisation des milices se feraient avec la plus grande facilité, et ces miliciens de la France socialiste, animés par le plus grand de tous les sentiments; enfiévrés comme ceux de 92 par le spectacle de la régénérntioa d*un monde, renouvelleraient les prodiges de leurs pères.
Nous exposons ici nos idées comme nous en avons le droit, mais nous ne faisons point de proposition, car si tel était notre but, nous devrions constater avec regret qu'on a déjà bien perda du temps, ce qui du reste n'est pas de notre faute. Le i septembre, à la suite des désastres inouïs que venaient de nous infliger les Prussiens, il ne sufQsait pas de proclamer la république et de se livres pieds et poings liés aux députés de la gauche. La nation française étant menacée dans sa source et .dans sa vie, il fallait soulever, agiter, révolutionner la France, et surtout avoir immédiatement recours aux moyens suprêmes. La grande manifestatioii du 28 septembre, à Lyon, secondée par dix mille ouvriers sans armes, avait été conçue dans cet esprit. Nous voulions sauver la France, la vraie France, celle du grand peuple travailleur des villes et des campagnes, celle de Thistoire, celle de la révolution, celle que les grandes masses populaires de TEurope attendaient pour xolerànotre secours, Mais ceux qui appellent la France leur bourse, leur propriété et leurs intérêts d^exploiteurs, ceux-là ont été les plus forts, et, selon leur tactique habituelle, nous ont noyés dans un déluge de calomnies. Et cependant, si nous avions fait aussi peu de cas de la vie humaine qu'ils en font eux-mômes, si nous avions eu cette férocité native qui leur permet de faire fusiller de braves jeunes gens pour la moindre incartade, nous n'avions qu'à user du même procédé à leur égard, et la révolution serait probablement accomplie aujourd'hui. Nous les avons épargnés <
ET LE JAliOBlNISME,
Ses, leur couvée s'sst rassemblée aalour d'aux et ils conliauent leur œuvrede balne, de sang et de despolisuo.
s qui cheroliioos n provoquer, au milieu d'une explosion ^'«aUtousiaeme, rouioa i|e Laute& les classes de la popolulion I
kUTT^B aocialisles I > Avancez, bourgeois, avancez toujours dans volrovoie; nous 9stei'0DB, uous, avec nolro couscienco et l'eBEime des justes, et nous n envierons paa la einislro pouvoir des élraugloure de la révolution I
On nous demande quelles mesures pratiques nous aurions pu prendre. 11 y en avait quali'e priticipales commaDdèea d'urgence par la situation ; c'étaient : 1° un impùt extroordinaire de ^ pour 100 BU moius sur la Tortiiuc pulilique; 2" l'organisation par départe- macls, sous la direction de comités révoluliouaaires déporLomeo- IX. de la mise sur pied, de l'anuemenl, de Téquipenient, do l'apvisionuement d'tuie miliee formée do tous les hommes valides; I* la nominaliou, dons tous les arrondi semé iits, de commissions d'éeonomie sociale dan& le genre de celle dont nous avons parié plus haut, spécialement chargées de Caire fonclionner de gré ou de force, sons la direction des communes ou des associalious, en cas de refus des chefs d'induslrîc, toutes les usines et tous Les aleliers, aûn i-iue la production, plus nécessaire encore dans un pays eu jfuerre, bien loin d'être raleutie, tùt activée autant que possiblo; 4*la réunion d'une Coavention nnliouuEe ayant entre les maine le ^uvoir eitéculif el le pouvoir législatif, et donnant à la défense ionale ce caraolore île gi-andeiir, d'énergie el d'activité qu'une lemblée révolutionnaire seule peut imprimer à une telle oeuvre. !nt ilu 31 oclobro, à Paris, et celui du i" novembre, ^Marseille, n'avaient pas d'autre but que do pousser la France 3 cette voie. On a préféré étonffer la spoulunéito populaire riout où elle s'est nianifeslée, afin do lui substituer la djclalui-c l^uliere et la légalité à oulranco que nous voyons n l'ceuvre iotml'hui. On a repoussé avec une opiniâlrelé systématique : plus accoulnée, non-seulement le& propositions et les principes des socialistes, mais leurs personnes. I^ général Chiscrel, dont le courags et l'hahiletê sont reconnus de tous, a été mis & l'index.
On n'a rerles point ménagà les autorisations de former desoorpa francs, rt cependant on nous en n refusé une à nous qui parlons. Nous avions écril, en désespoir de cause, après le 28 septembre. & M. le préfet du Rhône, une lellre conciliante, pour qu'on noua facilitât les moyens d'orgiiniscr une légion révolutionnaire dits légion des voraces iIû Lyon. Nous étions cei'luin quo trois oo quatre mille hommes auraient aussilAt répondu à notre appel. ^HHous n'avons pas seulement obtenu une réponse.
Des amis nous ayant donné à entendre qn'on ne voulait plus de corps francs, nous avons demandé le commandement d'un bataillon de mobiles, nous fondant sur ce que nous croyons avoir autant d'expéiience militaire, plus de connaissaaces théoriques spéciales, plus d*amis parmi le peuple, et peut-être un peu plus de courage que bon nombre de commandants de ce genre, imposés sans hésitation et sans examen. Môme silence de Tautorité *■ !
Non-seulement on ne veut pas des socialistes, mais çn les poursuit sans relâche pour les empêcher de servir leur patrie (T aucune manière j afin, sans doute, de pouvoir dire plus tard que les socialistes sont des lâches et que la France ne leur doit rien. Les républicains bourgeois veulent faire par eux-mêmes et pour eux-mêmes.
Et cependant, on se plaint avec une certaine amertume que la république n*ait pas excité l'enthousiasme et que, dans bien des départements, les citoyens n'aient répondu qu'avec tiédeur aux appels qui leur ont été adressés. C'est que l'enthousiasme et le courage ne se commandent point; ils naissent d'une situation donnée ; chaque époque a son caractère et en même temps ses exigences. Le caractère de notre époque, c'est la révolution sociale; la première de ses exigences, c'est encore la révolution sociale. C'est à prendre ou à laisser. ^
On nous parle sans cesse de la patrie, absolument comme si nous étions tous des Spartiates, au milieu desquels il n'y a pas un Ilote. Mais, qu'est-que c'est donc que la patrie pour celui qui n'a rien ?
Ne serait-ce pas, par hasard, une phrase creuse, dont les bourgeois se servent pour faire défendre leur argent par ceux qui n'en ont point ?
Voltaire, qui n'est pas suspect de socialisme assurément, dit à ce propos dans son Dictionnaire philosophique :
<t Un jeune garçon pâtissier, qui avait été au collège et qui savait encore quelq[ues phrases de Cicéron, se donnait un jour les airs d'aimer sa patrie. Qu'enteuds-tu par ta patrie ? lui dit un voisin; est-ce ton four ? est-ce le village où tu es né et que tu n'a jamais revu ? est-ce la rue où demeuraient ton père et ta mère, qui se sont ruinés et qui t'ont réduit à enfourner des petits pâtés pour vivre? est-ce l'hôtel de ville, où tu ne seras jamais clerc d'un quartinier? est-ce l'église Notre-Dame, où tu n'as pu parvenir à être enfant de
^ Dans une lettre à un magistrat, nous avons dit qu'en admettant même que nous fussions disposé à nous laisser incorporer comme simple soldat, nous ne pourri<Af le faire que si on arrêtait les poursuites dirigées contre nous et si on le prouvait : 10 en mettant nos amis en liberté; 2^ en nous donnant un sauf-conduit pour que nous pussions nous présenter sans courir le risque d'ôtre arrêté et incarcéré. Bien loin d'être assez justes pour prendre de telles mesures, les autorités bourgeoises ont, dans plusieurs circonstances, proféré de nouvelles et sérieuses menaces contre nous.
chœur, tandis qu*un homme absurde est archevêque et duc avec vingt mille louis de rente ? >
Le garçon pâtissier ne sût que répondre. Un penseur, qui écoutait cette conversation, conclut que dans une patrie un peu étendue il y avait souvent des milliers d'hommes qui n'avaient point de patrie.
C'est ce qui arrive maintenant aux Français par la faute des bourgeois, et ce qui les rend nécessairement inférieurs aux Ailemands qui sont relativement unis et enthousiastes, parce qu'ils sont tous fortement animés d'un sentiment puissant, né de leur situation respective et qui leur fait désirer plus que toute autre chose l'unité politique de l'Allemagne.
O bourgeois, que la responsabilité que vo.us avez assumée est grande I ^f ais que parlons-nous de responsabilité ? c'est de trahison qu'il s'agit, car il est impossible d'expliquer autrement ce qui se passe autour de nous. Fassent les événements que nous n'apprenions pas bientôt à nos dépens que parmi ces républicains de salon, emprisonneurs, fusilleurs et calomniateurs des hommes du peuple, il se trouve des vendus^ faisant tout haut parade de leur patriotisme et donnant tout bas la main à Bismark et à sa valetaille d'aspirants au trône français !
La révolution sociale entrera-t-elle en ligne à son tour ? tious n'eu savons rien ; mais nous avons la conviction profonde que si ce grand jour arrive, comme tous les Français auront alors une patrie, il arrivera que la Prusse, l'Allemagne, Bismark, de Moltke, le roi Guillaume, Frédéric-Charles, les lauriers de Wœrth et de Sedan, tout cela disparaîtra comme un brouillard du Nord que dissipe au matin le soleil resplendissant du Midi.
C'est de l'idéalisme, dites- vous, messieurs les positivistes bourgeois : eh bien, faites du positivisme à votre façon et, comme nous l'avons dit en commençant, si la France s'en trouve bien, nous nous avouerons vaincus.
Après tout, si les événements nous donnent tort, si la France nous repousse, si le peuple nous condamne, s'il est absolument et indiscutablement prouvé que nous ne sommes tous que des monomânes ou des rêveurs, ou de vulgaires ambitieux, il faudra bien nous soumettre.
Alors, nous n'accuserons môme pas la France d'avoir perdu le sens de sa mission et de n'être qu'un pays d'égoïstes et d'hypocrites. Il est plus que probable que tout ce qu'il y a en France de vivant et de fort émigrera, pour se créer au loin une patrie qui continuera lu tradition française et qui n'aura pas à subir la pitié des Anglais ni le mépris des Allemands.
La poliliqua socialiate.
L'un des journalistes défenseurs des Prussiens du privilège disait, il y a peu de temps, dans une dégoûtante diatribe de sa façon, que, sous Tempire, les socialistes ne s'occupaient pas de politique» tandis que sous la clémente république, qui les traque comme des bêtes fauves, ils s'en donnent à cœur joie. Sous l'empire, nous ne faisions pas de la politique de journalisme, d'élections, de bavardage à tort et à travers ; c'est vrai : aussi n*étion8-nous pas aussi bien vus que l'organe en question, qui avait des bons points à la préfecture (certaines notes en font foi). Nous n'étions que de pauvres révolutionnaires, organisant tous les jours, et môme les nuits, l'œuvre de l'émancipation générale du prolétariat; nous crevions à la peine, et pour notre récompense nous avions la calomnie et la prison 1
Pour nous personnell^ent, le gouvernement avait pris une petite précaution. Un de nos amis, ancien membre du comité de sûreté générale, actuellement détenu à la prison de Saint-Joseph pour cause de socialisme, a eu entre les mains une pièce de la préfecture impériale, où il était soigneusement recommandé aux agents de la police secrète d'user de tous les moyens aûa de perdre dans 1! opinion publique le nommé Albert Richard, Du reste, les républicains bourgeois se sont toujours trouvés, sous ce rapport, en parfaite communion d'idées avec la police impériale *.
Entre les politiques des différentes nuances, il ne peut y avoii* que des questions de forme. Au contraire, entre les socialistes et tous les politiques sans exception, républicains ou non républicains, il y a une question capitale,. une question de fond à vider. Les politiques veulent conserver le système social actuel avec sa base inégalitaire et toutes ses injustices, tandis que noua, nous voulons le renverser. Est-ce assez clair ?
Les socialistes ne sont pas cependant dépouillés de toutes prétentions et de toutes visées politiques. Nous avons dit tout à l'heure que nous sommes panlatiniste. Noire horizon intellectuel est aujourd'hui si restreint qu'il paraîtra, sans doute» à bien des gens
* Le gouvernement tenait beaacoap à ce que nons flgurMSions dans le procès de BloU, et le juge d'instruction, toujours en fonctions, qui nous a interrogé à la maison d'arrêt, s'appuyant sur nos correspondances avec Varlin, de Paris, Bastelica, de Marseille, le conseil général de Londres et autres révolutionnaires, et surtom «ur un malheureux dictionnaire secret saisi dans notre domicile, faisait de consciencieux efforts pour y arriver. A la fin, on nous fit grâce du grand et ridicule complot : il ne s'agissait plus pour nous que de faire un an de prison pour société secrète, lorsque la république a été proclamée.
ET LU JACOBINlSMt:. 31:.
Kïdïcule el impossible qu'il vienne à se former uue république
Ellline tMimpronant In Frunce, ta Belgique, la Suisse romande, l'Es-
F'pagne, le Porlugal et l'Ilalie. G'esl là cependant, sauf le cas déses-
péi-ant de la mort de la France en tant que nation d'avenir, l'éven-
tnalitc dont la réalisation parait Jca aujourd'hui devoir clore, dans
nn délai plus ou moins éloigné, la crise actuelle. Les montagnes.
les mers, les divisions géographiques ontpujusqu'à présent eéparei'
trois grandes nations, malgré leurs ariinités ethnographiques et
■(■ historiques, mais aujourd'hui ceainQuencesphysiques doivent céder
' lo pus sus eausea morïiks.
Quand les Germnios s'unissent, quand l'Amérique et la Russie
prennent des proportions immenses, quand de nouveaux mondes
surgissent, quand les peuples de l'Afrique et de l'Asie entrent avec
^ de nouvelles forces dans le concert de la civilisation, que signi-
teroalk France, l'ilolie et l'Espagne si elles restent séparées ?l!Jlcs
I jalousoronl, s' in utiliseront et se paralyseront mutuellement,
rop heureuses que le grand empire teuton et le colosse russe
Kuillent bien leur laisser un reste d'autonomie, I^ république
fi'Satine. dont les purlisans sont déjà nombreux, aurait 90,U0Q,(J0O d'ha-
{ttitants. Marseille serait bien placée pour en âtre la capitale, au
étriment des prétenlioins dominatrices de Ttome, de l'aris et de
Madrid, sans préjudice, toutefois, de leur grand nlle exclusivement
isi que de celui de Lisbonne, de llruxelles et de Genève.
iL'Atrique tout entière, s'éteudant su sud de la république latine,
Bdcvicndrait lo déversoir de ses populations : les Français, les
■Salions et les Espagnols, revenus da toutes les Tclléités belli-
P^ensos, ne s'occuperaient plus que da s'établir solidement sur
toulea les rives de la terre africaine, la plus naturellement féconde
du giobe, si elle est aussi la plus difiicUo à coloniser, à causa de
Ms peuples belliqueux, de ses innombrablcft bêles sauvages el des
.énormes détritus de plantes qui pourrissent dons ses marais. U y
là 29,000.000 de kilomètres can-ée de terres incultes.
Cetto fois ucms n'aurions plus rien à envier ù la Russie, à l'Angleterre, à l'Allemagne et à l'Auiériquo.
Est-ce pour Victor- Emmanuel el pour ses descendants que
li el Garibaldi, ces deux hommes si grands, si bérolque-s, si
admirable», ont fuit l'unité it^ilienne? Est-ce pour aboutir à un
d'AosIc quelconque '|ue l'Eepogne a vei'sj; tant de sang l't
K^esl ai pôoililimieul agitue depuis Ferdinand VU'.' Est-ce pour
Irécompenser tes avocats du laleut qu'ils auront mouLiô diius leurs
^ykido^ers que la Franco a fait 89, 'J3, 1830 el iMB 1
Arriére les ignominies et les obominutions cléricales et monarlea iuipuissanccs et les vanités bourgeoises. A wns la justice sociula dans U république latine.
La guerre contre la Prusse.
Nous avons 350,000 prisonniers en Allemagne ; il y a 900,000 Pruss>iens en France ; Paris est assiégé depuis deux mois et demi; vingt-sept de nos départements sont occupés, en tout ou en partie^ par l'ennemi, sur lesquels dix-huit sont à peu près complètement ruinés ; les pauvres enfants de la France, nos frères, nos parents, nos amis luttent, se font tuer ou s'épuisent en efforts impuissants; les socialistes sont poursuivis, et nous sommes gouvernés par les bourgeois : voilà la situation !
Que faire ?
La guerre ! 11 n'est pas un Français qui ne la demande.
I^a France doit être ou ne pas être. La France humiliée ou dégradée serait bien plus morte que la France saignée à blanc. Bismark et son roi veulent la mort de la France et de la révolution, ce n'est pas douteux; leurs soldats automates exécutent avec une froide cruauté la volonté de leurs maîtres. Entre nous et eux il y a un abhne qui doit être comblé do cadavres. La paix pourra venir après, mais pas avant.
Pourvu, ô peuple, que les démocrates bourgeois ne te soient pas plus funestes que l'armée prussienne elle-même I
11 est avéré que c'est le perfectionnement des moyens scientifiques, le développement de la puissance matérielle de la physique, de la mécanique et de la géométrie appliquées à l'art de la guerre, qui ont fait la plus grande force de l'armée prussienne. Quelqu'un a dit avec justesse que l'armée française, en face de l'armée prussienne, ressemblait à un cavalier intrépide, se précipitant, l'épée à la main, contre une locomotive lancée à toute vapeur. Nos redoutables ennemis, si supérieurs en tout ce qui est ordre, organisation, méthode, légalité, discipline, ont élevé à un tel degré la puissance de leurs facultés systématiques, en ce qui concerne leur organisation militaire, que malgré tous nos efforts, notre infériorité sous ce rapport ne peut qu'aller en augmentant, à mesure que les débris de notre vieille organisation se disloquent davantage. Il faut surtout remarquer que le premier principe de tactique des généraux allemands, principe qui a toujours été mis à exécution avec un soin pour ainsi dire méticuleux, depuis le commencement de la guerre, c'est de tenir le plus possible les Français à l'écart : de là cette prodigieuse artillerie, faisant pleuvoir sur nos soldats une grêle de boulets, d'obus et de mitraille. L'armée allemande, vaste machine qui ne peut être brisée que par un choc direct, doit, avant tout,
éviter ce choc, c'est logique; et nos généraux, qui comptaient beaucoup trop sur leurs chassepots et sur leurs mitrailleuses, se sont constamment prêtés à cette tactique, qui paralyse complètement l'impétuosité naturelle des Français.
Il faut nous créer une méthode à nous, conforme à notre tempérament et à notre caractère ; il faut a tout prix trouver le moyen de ramener le combat corps à corps, ou nous sommes perdus ! A la guerre mécanique, systématique et brutalement scientifique des Allemands, il faut répondre par la guerre furieuse, échevelée de rintelligence révoltée contre la matière. La baïonnette est insuffisante ; il faut organiser, comme en Pologne, des corps de faucheurs, tenant leur faux de la main droite et un revolver de la main gauche; il n'y a point d'arme aussi terrible, disent les Russes, que la faux large et bien aiguisée. Des corps spéciaux, ayant pour la lutte corps à corps des boucliers, des haches et des massues, ne seraient pas moins utiles. Enfin, il ne faut pas compter que sur les tirailleurs et sur l'artillerie pour faire avancer l'armée ; on a parlé de remparts ambulants de toutes dimensions, en fer et en bois, qui seraient mus à l'aide do roues adaptées à leur partie inférieure, et que les compagnies ou les pelotons pousseraient ou attireraient devant eux. Il faut au plus tôt étudier ce système. Que le peuple se méfie et qu'il veille.