‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 105 sur 208 · I. Cf. Ch. Rappoport, /<?aw /az/rt'j, p · texte numérisé non relu

I. Cf. Ch. Rappoport, /<?aw /az/rt'j, p

çais. D'autre part, le vote avait été obtenu dans des conditions fort paradoxales, chaque nationalité disposant de deux voix, et les petites nationalités, où quelques centaines de socialistes se réunissaient en groupes-fantômes, ayant ainsi la même représentation numérique que les grands pays oii les partis socialistes comptaient des dizaines de milliers de militants : vérification faite, il se trouva que la voix qui avait déterminé l'adoption de l'intransigeante motion de Dresde était celle du délégué japonais, le citoyen Katayama, représentant d'un pays où le socialisme existe à peu près uniquement sur le papier. Gérault-Richard put railler l'unique Bulgare et l'unique Japonais qui cherchèrent à « nous imposer la conception et la tactique à laquelle ils doivent leurs éclatants succès* ».

Par une aberration à jamais regrettable, les hommes qui avaient à Amsterdam réclamé l'autonomie pour le socialisme français, brûlèrent en un jour ce qu'ils avaient adoré, adorèrent ce qu'ils avaient brûlé et consentirent à une capitulation dont les conséquences allaient être extrêmement graves.

A peine rentrés d'Amsterdam, les membres du Conseil national du Parti socialiste français rédigeaient une déclaration qui, en opposition formelle avec toute l'attitude antérieure du Parti, constituait une abdication complète et inconditionnée : a Le Parti socialiste français entend se conformer ^ avec la plus entière bonne foi, à la motion du Congres d' Amsterdam. Il atoujours observé les décisions des Congrès de l'Internationale comme des règles obligatoires. » Quant aux bases proposées pour réaliser l'unité, elles comportaient, selon les paroles de M. J.-L. Breton 2, l'abandon absolu de la ligne politique jusqu'alors suivie par le Parti

i.Cité par Bourdeau, Entre deux servitudes^ p. 210.

2. J.-L. BreUjn,!' Unité socialiste, Paris, Rivière, 1912, p. 46.

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socialiste français et par les élus au Parlement, notamment de la tactique réformiste.

Dès le 3o août 1904, le Conseil central du Parti socialiste de France, puis le Conseil national du Parti socialiste français nommaient deux délégations qui, après cinq séances de discussions, aboutissaient à la déclaration suivante : <( Les délégués des organisations socialistes françaises : Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, Parti socialiste de France, Parti socialiste français. Fédérations autonomes des Bouches-du-Rhône, de Bretagne, de l'Hérault, du Nord et de l'Yonne, mandatés par leurs partis respectifs et leurs fédérations pour réaliser l'unité sur les bases indiquées par le Congrès international d'Amsterdam, déclarent que Vaction du -parti unifié doit être dirigée par les principes qu'ont établis les Congres internationa?ix, en particulier les plus récents, ceux de Paris et d'Amsterdam. » Les principes généraux du nouveau Parti devaient être les suivants : (( Le Parti socialiste n'est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte de classe et de révolution. Les élus du Parti forment un groupe unique en face de toutes les fractions politiques bourgeoises ; ils doivent refuser les crédits militaires, les crédits de conquête coloniale, les fonds secrets et V ensemble du budget. »

Le groupe socialiste parlementaire n'acceptant pas ce programme d'action adopté par le Conseil national du Parti socialiste français, la difficulté fut soumise au Congrès du Parti qui se tint à Rouen au mois de mars igoS. Comme l'écrit M. Breton, u la tendance réformiste pouvait encore se ressaisir, imposer ses conditions à l'unité, repousser la capitulation honteuse qu'on prétendait lui imposer. Si Jaurès l'avait voulu, s'il avait fait dans ce sens le plus petit effort, il aurait facilement entraîné la majorité du Congrès. Mais il abandonna ses amis, renonça à la politique qu'il avait défendue avec tant d'ardeur... Le pacte fut ap-

prouvé, la déclaration adoptée, la tactique réformiste sacrifiée ». Pourtant, au Congrès même de Rouen et dans le pays, des voix nombreuses s'étaient élevées contre cet abandon soudain de toute une tradition et de toute une politique françaises, a Je me demande, disait V. Augagneur parlant pour la FédérationduRhône, au nom de quel intérêt supérieur on viendrait vous demander de renoncer à une tactique qui a assuré, en réalité, la prédominance de notre Parti dans notre payskVhg2.xà des autres organisations socialistes, et qui a assuré au socialisme, en général, un développement inconnu auparavant.» (( Certains^ s'écriait V>x\z.x\à,vont è l'unité misérablement et bassement... Ils veulent nous jeter comme des tapis sous les pieds de nos adversaires d'hier » et il déclarait ne point vouloir d' « une unité ainsi réalisée dans l'humiliation des uns et la haine triomphante des autres ».

M. Albert Orry, dans son petit livre sur les Socialistes indépendants ', rappelle quelques-unes des protestations les plus retentissantes qui s'élevèrent contre l'œuvre du Congrès d'Amsterdam et delà Commission d'unification. Paschal Grousset, ancien membre de la Commune de Paris, demeurait fidèle au programme socialiste de 1893 sans y vouloir rien changer. Augagneur et CoUiard, dans une lettre au secrétaire de la Fédération du Rhône, annonçaient leur résolution de « ne pas faire partie du nouveau groupe de l'unité. La tactique propre du Parti socialiste français, ajoutaient-ils, nous parait aussi utile, aussi nécessaire aujourd'hui qu'hier... En se fondant dans l'unité, le parti socialiste français condamne, non seulement tout ce qui était sa raison d'être, mais tout ce qui faisait sa force au service du socialisme ». A. Zévaès déniait toute autorité en France à « la résolution

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