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La Guerre sociale, citée par V Huniaiiité du 5 mars i9i

M. Albert Thomas infligeait à la Chambre des députés 1 un démenti formel à M. Andler : « Vous permettrez, disait-il, à un homme qui depuis dix ans retourne presque chaque année en Allemagne, de noter avec joie les progrès de la propagande socialiste et pacifique dans les masses allemandes. Il y a quelques jours un de nos camarades, un penseur socialiste, a ému certains d'entre vous en disant que nous nous trompions, qu'il y avait en Allemagne tout un néo-socialisme, un socialisme d'affaires, un socialisme miliiarisle. Vous nous avez cité les articles de mon professeur et camarade Andler. Andler s'est lourdement trompé... Je tiens à le dire, les hommes dont on a cité l'avis, dont on a résumé les théories, Hildebrand, Leuthner sont considérés par nos camarades d'Allemagne comme des hétérodoxes, comme des hommes qui ne sont pas suivis par la masse. L'un d'entre eux même a été expulsé du Parti socialiste allemand, et il est vraiment singulier que ce soient les idées de quelques hommes isolés que l'on nous représente comme celles de la grande masse socialiste allemande. » Ainsi parlait-on le 7 février 191 3 ; le 4 août 1914 les députés socialdémocrates votaient à V unanimité les crédits de guerre et <( la grande masse socialiste allemande » déferlait sur la Belgique. On put voir alors qui, de MM. Jaurès, Thomas, Longuet et Hervé d'une part, et de M. Andler d'autre part, s'était (c lourdement trompé ».

La Sozialdemokratie fit tout d'ailleurs pour maintenir les socialistes français dans cette sécurité trompeuse; les promesses, les protestations d'amitié ne lui coûtèrent pas ; elle les prodigua sans vergogne. En juillet 1905, la Neue Gesellschaft avait proclamé que la Sozialdemokratie allemande se donnait pour tâche de

I. Chambre des députés, séance du 7 février igiS. Débats ■parlementaires, p. 435, 436.

-protéger là République française contre les ambitions de la politique impériale allemande '. Et c'était aussi bien le thème constant des orateurs et des écrivains du Parti socialiste unifié ; on pourrait citer à ce propos des centaines de textes; il suffira d'en donner ici quelques-uns, dont les plus anciens remontent à 1910, date du Congrès de Copenhague, et dont les plus récents datent de 1914.

En 1910, M. Louis Dubreuilh, secrétaire du Parti socialiste unifié, écrivait 2 : (c II faut espérer qu'il en sera fini chez nous de cette légende qui représentait les socialistes d'outre-Rhin comme un troupeau sans énergie, sans vigueur, incapable d'esquisser fût-ce une simple protestation contre leurs gouvernants et maîtres. Le vrai, c'est que ces prétendus moutons sont parmi les militants les plus audacieux, les plus combatifs de l'armée socialiste ». Ils sont, en effet, très combatifs et plus audacieux encore : l'exemple de Siidekum le prouve assez : le malheur est que toutes les brillantes qualités dont les louait M. Dubreuilh sont mises au service de Guillaume II.

En 1910 encore, M. Jean Longuet s'élevait ^ contre les « déclamations patriotiques insensées » du socialiste anglais Blatchford, qui attirait l'attention de ses compatriotes sur le péril allemand. « Blatchford, écrivait le petit-fils de Karl Marx, est pris d'un accès de germanophobie vraiment inquiétant... Sans cesse il dresse devant ses lecteurs le spectre de l'invasion allemande. » On sait aujourd'hui combien l'idée d'une invasion allemande était chimérique!...

En 191 1, au meeting du manège Saint-Paul, le socialdémocrate allemand Grumbach célébrait la puissance des millions de socialdémocrates qui se dres-

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