Ibid
Grumbach, son rôle public suf&t à le qualifier. A partir de 1908, oii il fit son entrée dans la vie politique alsacienne lors des élections municipales, il n'a cessé de combattre par tous les moyens les patriotes protestataires. En 1910, c'est lui qui organisa et dirigea l'obstruction lors de la réunion constitutive du Parti national à Colmar et, grâce à ses efforts, la réunion dut être levée.
Un peu plus tard, un comité ayant été fondé entre parlementaires et journalistes alsacienspour la défense de leurs intérêts moraux contre les calomnies de la presse allemande, Grumbach, qui assistait à la première séance, attaqua avec véhémence les nationalistes alsaciens, les accusant de provoquer la presse allemande. En 191 1, il fit campagne à Colmar contre M. Blumenthal ^, et fut le principal agent électoral de l'Allemand Immer ; en 1912, il fut « à la pointe du combat » contre le Parti alsacien. En 191 3, il alla en Alsace-Lorraine recruter des adhérentspour la fameuse conférence de « rapprochement franco-allemand », à Berne, et organisa les manifestations pacifistes étroitement coordonnées avec la lutte qui se menait en France contre la loi de trois ans. En mai 1914, il reparut en Alsace, fit campagne aux élections municipales de Colmar pour le bloc libéral gouvernemental, se vantant publiquement d'avoir tenu en France huit réunions contre la loi de trois ans et de les avoir levées au cri de : « Vive l'Allemagne ! » Telle a été, pour s'en tenir à l'essentiel, l'activité de Grumbach en Alsace.
A Paris, il n'a cessé de cultiver les sentiments germanophiles de nombre de socialistes français abusés par ses impostures, et c'est en grande partie à sa né-
I. L'Humanité, ly îévrier igiS. Voir aussi les aveux cyniques renfermés dans la brochure de Grumbach, le Destin de l'Alsace- Lorraine, parue pendant la guerre à Neuchâtel, p. 20, 23, 3i- 36, 39, 52, etc.
faste influence qu'il convient d'attribuer le mauvais accueil fait par Jean Jaurès et par les milieux socialistes français aux utiles et courageuses révélations de M. Charles Andler sur l'impérialisme de la Sozialdemokratie allemande i. Au mois de juillet 191 1 eut lieu à Paris, au manège Saint-Paul, un grand meeting pacifiste où Grumbach prit la parole au nom du Club socialdémocrate allemand de Paris : V Himiànité rendait compte en ces termes de son intervention ' : (( Grumbach parle en allemand à ses compatriotes présents dans la salle. Il montre, se dressant contre le militarisme et l'impérialisme allemands (!) : 2 millions et demi de syndiqués, 600 000 socialistes organisés, 4 millions de voix socialistes. Une ovation enthousiaste est faite par toute la salle au représentant du socialtsjne allemand. On agite les cannes, les chapeaux, on applaudit, on acclame frénétiquement. Le spectacle est impressionnant ». Hélas!
Grumbach prit de même la parole, toujours au nom du Deutscher Soziâldemokratischer Leseklub , au meeting qui se tint à la salle Wagram le 3i mars 191 2 pour fêter la victoire électorale des socialistes du Kaiser en janvier 1912 : il y apporta les mêmes assurances trompeuses sur l'opposition irréductible que devait faire à tout projet guerrier la Sozialdemokratie ^. Enfin, le 22 juin 1914 — la date vaut d'être remarquée — le même Grumbach prenant part, quoique Allemand, aux débats du Congrès de la Fédération socialiste de la Seine, attestait que (( les Autrichiens et les Allemands sont aussi résolus que quiconque à lutter contre les dangers de guerre » ! Pourtant, cinq semaines après, le Reichstag adoptait à Vunanimité et dans un indescriptible enthousiasme les crédits mi-