‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 138 sur 208 · L'Humanité, 11 mai igi · texte numérisé non relu

L'Humanité, 11 mai igi

kratie autrichienne, proclamait son hostilité contre la Serbie. Le i6 juillet 1914, le Vorwdrls de. Berlin appelait la Serbie un « Élat perturbateur qui n'a pas peu de chose sur la conscience ». Le Vorwàrts du 23 juillet tonne contre les (( perturbateurs serbes » et ose écrire : « L'idée panserbe est aujourd'hui le vrai danger de guerre européenne ; de Belgrade vient la plus forte menace contre la paix de l'Europe. » Aucun pangermaniste officiel n'a jamais rien proféré de si audacieux. Dans un Manifeste publié par V Humanité le 28 juillet 1914, le Parti ouvrier allemand déclare un fois de plus (( condamner les projets du nationalisme panserbe )). Un article du député Quessel, plein d'acharnement contre la Serbie, paru dans les Sozialistische Monatshefte du 16 juillet 1914 (p. 899 à 9o3), coïncide exactement, dans les termes et dans l'esprit, avec l'ultimatum autrichien. On a essayé de soutenir ', à la décharge de la Sozialdemokratie, que Quessel avait pu c( subir l'entraînement national » : il suf&t de rapprocher les dates pour voir combien cette excuse est pitoyable; l'article est du 16 juillet, et l'ultimatum à la Serbie n'est que du 23 et a surpris tout le monde, sauf ceux qui, comme le citoyen Quessel, étaient dans le secret des mauvais desseins de la Wilhelmstrasse et du Ballplatz.

On a dit qu'en admettant la préméditation, (( celleci remonterait à quinze jours seulement ». La préméditation du crime par les socialdémocrates ne date pas de quinze jours : elle date au moins de soixante-sept ans] Voilà soixante-sept ans que ces prétendus pacifistes s'acharnent à jeter l'Allemagne contre les Slaves. En 1848, Karl Marx demandait une déclaration de guerre contre la Russie : toute la politique de la Neue

I. L'Humanité du i3 juin 190, article anonyme intitulé : « La méthode de M. Laskine ». Cf. Les Socialistes du Kaiser, p. 32, extraits de l'article de Quessel.

Rheinische Zeitung, le journal démocrate de Cologne dirigé par Marx, était orientée vers ce but. Le 4 février 1849, Marx écrivait : La haine des Russes était et reste chez les Allemands la -passion révolutionnaire fondamentale, et réclamait le plus rigoureux terrorisme contre les nations slaves {Nachlass, III, 247); à ce compte Hindenburg a droit à une place d'honneur dans le panthéon révolutionnaire!... En 1867, au Congrès de la Ligue delà Paix à Genève, le socialiste allemand Borkheim demandait une coalition de tous les États de l'Europe en vue d'une croisade d'extermination contre le peuple russe, qu'il conseillait de détruire en grande partie, sauf à refouler le reste derrière l'Oural ! Or le discours virulent de Borkheim, que celui-ci publia ensuite sous ce titre grotesque : Ma perle du Congres de Genève, avait été prononcé sur les instructions de Marx et inspiré dans les grandes lignes par ce dernier, ainsi qu'il résulte d'une lettre de Marx lui-même à Kugelmann en date du i5 octobre 1868*. Le 8 août 1870, Marx écrivait à Engels que l'Empire allemand ne serait « tout à fait achevé que lorsque les Prussiens et les Russes en seraient arrivés à se cogner ». (Briefw. IV, 3i3.) Bebel a répété vingt fois qu'il prendrait avec enthousiasme le fusil contre les Russes.

La guerre antislave, c'était la grande idée du socialisme allemand, l'alpha et l'oméga de la politique socialdémocrate. En déclenchant la guerre par un ultimatum allemand à la Russie, Guillaume II et François- Joseph étaient sûrs d'avance de la cordiale collaboration des disciples de Karl Marx.

Il faut insister sur ce point parce qu'il est capital dans la genèse de la grande guerre de 1914, et parce qu'en France les avocats de la Sozialdemokratie font des efforts désespérés pour atténuer ou contester

I. Cf. Hubert Lagardelle, les Opfositions nationales de Marx et de Bakounine, Mouvement socialiste, igiS, p. 288.

l'immense responsabilité de cette dernière à ce sujet. Mais les socialdémocrates allemands ne font, eux, aucune difficulté pour reconnaître que cette guerre, étant une guerre antislave, réalise par la même l'une des exigences principales de la Sozialdemokratie, et sans doute la plus ancienne.

C'est ce que le Vorwàris du 3 août 1914 était bien obligé d'avouer : « La guerre contre la Russie n'a-t-elle pas été une revendication socialdémocratique depuis toujours? Bebel n'a-t-il pas voulu prendre le fusil quand' il s'agissait de la Russie? Lassalle, Engels, Marx, en leur temps, n'ont-ils pas fermement demandé la guerre contre la Russie? »

Le député socialiste au Reichstag, Paul Lensch, est encore plus net à cet égard, s'il est possible* : (( L'Allemagne, c'est-dire l'Empire allemand et l'Autriche-Hongrie réunis, en guerre contre la Russie ! Le rêve des Allemands les meilleurs et les flus libres, qui sont descendus an tombeau sans le voir réalisé, ce rêve est maintenant devenu un fait. Cette guerre... était un héritage qui paraissait avoir été transmis à la Sozialdejnokratie allemande -par ses précurseurs de Marx et Engels en 1848 jusqu'à Bebel, mort en 191 3. »

Comme nous l'avons montré ailleurs, la haine de la Sozialdemokratie ne poursuit pas seulement le (( tsarisme » russe, mais au même degré et peut-être plus encore les révolutionnaires qui luttaient en Russie contre le <( tsarisme ». Et elle ne poursuit pas seulement le grand peuple russe, mais toutes les nations slaves en général'.

1. Paul Lensch, Die deutsche Sozialdemokratie und der Weltkrieg. Eine politische Studie, Berlin, Buchhandlung Vorwàrts, Paul Singer, igiS, p. 28.

Page 1