‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 142 sur 208 · Marx, V Allemagne ett 1848, p. i38-i · texte numérisé non relu

Marx, V Allemagne ett 1848, p. i38-i

3. Briefe an S orge, Stuttgart, Dietz, igo6. Marx à Sorge, 27 septembre 1877, p. i56.

s'occupait à suscitera Londres des engagements volontaires dans l'armée ottomane ! Quant au Vorwàrts^ organe de la Sozialdemokratie allemande, son enthousiasme pour le Grand-Turc et ses bachi-bouzouk massacreurs ne connaissait pas de bornes, et l'historien socialdémocrate Mehring a dû, lui-même, convenir que l'attitude de ce journal était injustifiable * : le Yorwàrts alla jusqu'à soutenir que les Slaves des Balkans étaient tout à fait heureux sous la paternelle souveraineté du Sultan ! Chaque numéro du Yorwdrts glorifiait le Croissant : le Vorwàrts du 16 décembre 1877 crut même devoir offrir à ses lecteurs une ode enthousiaste, qualifiée d'excellent morceau de poésie {ausgezeichnetes Gedicht) à la louange d'un pacha turc ; il y était beaucoup parlé de la colère d'Allah et de l'étendard du Prophète ^ : comme l'on voit, Guillaume II peut chercher des modèles dans la littérature socialiste allemande.

Quant à Wilhelm Liebknecht, père de Karl Liebknecht, il faisait rage contre la Russie, déclarait audacieusement, à la tribune du Reichstag, que les prétendues atrocités en Bulgarie étaient dépure invention, et publiait une brochure dont le titre indique assez la tendance : la Question d" Orient ou : V Europe doit-elle devenir cosaque ? Un avertissement au peuple allemand. Un Serbe répondit à cet odieuxpamphlet par une autre brochure où la question était posée comme il convenait : la Question d^ Orient ou : le Parti socialiste ouvrier doit-il devenir turc ? Un avertissement à la Sozialdemokratie 3.

1. Mehring, Gescliichte der deuischen Sozialdemokratie , t. IV, p. 118.

2. James Guillaume, l'Internationale, t. III, p. 3o2, 21 5, 284-285.

3. W. Liebknecht, Die Orientdebatte im deutschen Reichstag vollstàndig nach dem amtlichen sténo graphischen Bericht, Leipzig, p. 5i sqq. ; id. Zur orientalischen Frage oder : Soll

L'avertissement était mérité, mais il devait rester inutile, non seulement à cause de la vieille haine antislave des socialdémocrates, mais à cause de leurs visées impérialistes sur VEm-pire ottoman. L'émancipation des peuples asservis par les Turcs et le partage de la Turquie auraient empêché l'Allemagne de réaliser le rêve socialdémocrate de la Turquie colonie allemande . La politique de Guillaume II dans l'Empire du Sultan, celle qui consiste à le faire gouverner par des généraux allemands et exploiter par des ingénieurs allemands , ne fait en réalité que m-ettre en pratique un très ancien projet des socialistes allemands . Il y a cinquante ans, Rodbertus-Jagetzow écrivait à Lassalle qu' « il espérait encore voir l'héritage turc dans les mains de l'Allemagne et des régiments de soldats ou d'ouvriers allemands sur les rives du Bosphore ». Et Ferdinand Lassalle, en donnant à ce projet impérialiste sa cordiale approbation, déclarait, à son tour, qu'il ne reconnaissait point l'existence de nations slaves, mais qu'il tenait les Slaves pour ce des races qui n'avaient point d'autre droit que celui d'être assimilées et développées par les grandes Kulturnationen ^ ! »

En 1882, les Serbes de Bosnie et d'Herzégovine se révoltèrent contre l'occupation autrichienne. Si l'Internationale défendait vraiment, comme le prétendent ses partisans obstinés, « le droit des nationalités à

Euro-pa Kosakisch werden ? Ein Mahnwort an das deutscke Volk, Leipzig. — Contra Zur orientalischen Frage oder: Soll die sozialistische Arbeiterpartei tûrkisch werden} Ein Mahnwort an die deutsche Sozialdemokratie, vott H. L. Zurich, 1878. Voir aussi l'extraordinaire lettre de Mme Marx à Sorge, 20 janvier 1877, Briefe, p. i52 : « Mon Marx est enthousiaste de l'attitude ferme et pleine d'honneur des fils de Mahomet en face de tous les charlatans chrétiens. »

I. Briefe von Ferdinand Lassalle an Karl Rodbertus Jagetzo%v, Berlin, 1878, p. 56-57. Cf. l'introduction du professeur Michel Dragomanof de Sofia à Michail Bakunins sozialpolitischer Briefivechsel mit Alexander Hersen und Ogarjow, Stuttgart, Cotta, 1895, p. io3.

disposer librement d'elles-mêmes », toute la sympathie de ses fondateurs aurait dû aller aux Serbes. Ce fut, naturellement, le contraire qui arriva : et Engels s'empressa, dans ses instructions à Bernstein, de mettre en garde la Sozialdemokratie contre la pitié qu'elle eilt pu ressentir pour ce malheureux peuple. « Dans toutes les questions de politique internationale, écrivait-il à ce moment, les journaux des politiciens sentimentalistes français et italiens doivent être lus avec ia plus haute mé&ance. l^ous autres Allemands, au contraire, nous devons, par un jugement critique, fournir également dans ce domaine la preuve de notre supériorité théorique^ ». La manifestation de cette « supériorité théorique » du socialisme allemand consiste à prononcer contre les Slaves des Balkans un arrêt de mort sans phrases - : « Nous tous, en tant que nous avons commencé par le libéralisme ou le radicalisme, nous avons gardé cette sympathie pour toutes les nationalités « opprimées », et je sais combien de temps et d'études il m'en a coûté pour m'en défaire, mais alors d'une façon radicale !... Nous avons à travailler à la délivrance du prolétariat de l'Europe occidentale et à ce but il faut subordonner toute autre chose. Même si les Slaves des Balkans, etc., étaient on ne peut plus intéressants, du moment où leur désir d'être libres est en opposition avec l'intérêt du i^xQ\h\.-àx\2X'^, je m' enfiche. Je suis assez autoritaire pour regarder V existence de pareilles peuplades primitives au milieu de l'Europe comme un anachronisme. » Et voilà l'oppression et le massacre justifiés d'un coup au nom de (( l'intérêt du prolétariat^ » !

1. Lettre d'Engels à Bernstein^ 9 août 1882, Mouvement socialiste, 1900, t. II, p. 52 1.

2. Lettre d'Engels à Bernstein, 22 février 1882, ibid., p. 5i8.

3. Comment? pourquoi ? Engels ne le dit pas, et pourcause. La vraie raison est que l'extermination des Slaves ferait très bien les affaires de la Sozialdemokratie pangermaniste.

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