‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 145 sur 208 · Cf. Andler, le Pangermanisme, Paris, Colin, igiS, p · texte numérisé non relu

Cf. Andler, le Pangermanisme, Paris, Colin, igiS, p

nimc des crédits de guerre par le Reichstag allemand dans un article lyrique : <( De quelque façon, s'écriaitelle, que tournent les dés du destin, et avec les vœux les plus ardents de notre cœur, nous espérons la victoire pour la cause sainte du -peuple allemand ; l'image du Reichstag allemand se dressera dans l'histoire comme la journée de l'élévation la plus puissante et la plus fière de V esprit allemand... Ni mort ni diable ne réussiront à vaincre ce grand peuple intelligent, notre peuple allemand... Les socialistes allemands, sans en excepter un, ont voté le projet... Jamais parti n'a eu conduite plus grande et plus sublime que cette Sozialdemokratie allemande... Donc maintenant, le peuple allemand s'en va lutter uni... De l'autre côté, rien que des raisonnements misérables, d'étranges coalitions, d'oij toute idée morale est absente*. «Ainsi parlait l'organe de la (( section autrichienne de l'Internationale ouvrière ».

Le principal lieutenant d'Adler, Engelbert Pernerstorfer, comme lui député socialiste au Reichsrath, a été lui aussi l'un des promoteurs du mouvement pangermaniste en Autriche, et il a siégé au groupe national allemand : c'est lui qui, trouvant que le Deutschtum était en danger, émettait, en 1 880, l'idée singulière de fonder en Autriche une société protectrice des Allemands^! Pernerstorfer a écrit sur la guerre, dans le Berliner Tageblatt, ces lignes qui méritent de passer à la postérité : « Ce qu'il y a de plus épouvantable dans cette guerre, c'est la haine écumante de rage qui s'est élevée de tous côtés contre nous; seules quelques rares exceptions élèvent la voix en faveur de l'Allemagne, en laquelle elles reconnaissent le plus noble représentant

1. Cf. dans le Mercure de France, i^juin 191 5, la traduction des principaux articles de VArbeiterseitung, du 22 juillet au 5 août 1914, par P. G. La Chesnais.

2. Cf. Georges Weil, le Pangertnanisme en AtUriche, Paris, Fontemoing, 1904, p. 240.

de la culture universelle moderne. Il est du reste à espérer qu'après la guerre nos ennemis reviendront également àce sentiment. Nous pouvons dès maintenant, en toute modestie, et sans nous vanter aucunement..., affirmer que la culture générale propre à notre peuple, ainsi o^'une certaine disposition spéciale de caractère qui nous pousse très peu à la brutalité, à la cruauté et au mensonge systématique sont une garantie que dans l'avenir, nous ne deviendrons pas plus mauvais. » Ainsi parle un (( internationaliste » autrichien.

Le but que poursuit la Sozialdemokratie austro-allemande depuis toujours, c'est l'absorption de l'État autrichien dans la Grande Allemagne : de ce but, elle n'a fait mystère ni avant ni pendant la guerre; et il sufût d'établir ce fait pour prouver par là même que les variétés les plus dangereuses du pangermanisme, celles qui menacent de la façon la plus directe l'équilibre et la paix de l'Europe, sont les variétés démocratiques et socialistes. Sur ce point, on va le voir, la tradition de la Sozialdemokratie est constante et continue depuis Engels jusqu'aux leaders actuels. Engels considérait comme u momentanée la séparation de l'Autriche allemande », et il supputait que « les provinces allemandes d'Autriche devront sans beaucoup tarder échoir à l'Empire d'Allemagne^ ». Dans ses Mémoires ^, Bebel écrit : (c L'exclusion de l'Autriche allemande {Deutsch-Œsterreich) hors de la communauté de l'Empire {Reichsgejneinschaft) — pour ne point parler de l'abandon du Luxembourg — a mis dix millions d'Allemands dans une situation presque sans espoir. Nos patriotes, qui tombent dans des accès de fureur nationale si un

1. Der Briefivechsel swischen Friedrich Engels und. Karl Marx, Stuttgart, Dietz, iQi3, Engels à Marx, 25 juillet 1866, t. III, p. 336.

2. August Bebel, Aus meinem Leben, t. I, Stuttgart, Dietz, 1911, p. i65.

Allemand est maltraité à l'étranger, ne s'indignent pas de cet assassinat perpétré contre la culture de dix millions d'Allemands d'Autriche. » Bebel trouve les pangermanistes trop tièdes et les invite à protéger les Allemands d'Autriche, alors que, dans la monarchie dualiste, des millions de Tchèques, de Slovènes et d'Italiens sont livrés pieds et poings liés à la domination sans contrôle de ces mêmes Allemands d'Autriche ! Kautsky pense de même, et il n'admet pas qu'un certain patriotisme autrichien vienne contrecarrer les plans du pangermanisme : « Sauf la démocratie socialiste révolutionnaire, écrit-il, il n'y a plus de grand parti qui pense sérieusement à réunir toute la nation allemande en un organisme unitaire. » « Même les braillards pangermanistes, ajoute-t-il avec amertume, se montrent la plupart du temps bons patriotes autrichiens, quand il leur faut faire leurs preuves i. »

Depuis la guerre, le programme de la Sozialdemokratie pangermaniste, en ce qui concerne l'Autriche, a été exposé avec une particulière netteté par Paul Lensch, député socialiste au Reichstag. Ce dernier déclare catégoriquement : « Quand nous parlons de l'Allemagne, nous entendons par là l'Empire allemand et V Autriche-Hongrie'^. » (( L'Allemagne, c'est-à-dire V Empire Allemand et V Autriche-Hongrie réunis"^... » « Avec cette guerre se clôt définitivement une période, qui ne fut pas toujours glorieuse, du passé allemand. Cest seidement dans cette guerre que naît V Allemagne {Erst mit ihm wird Deutschland gebor en). L'E^npire Allemand et V Autriche-Hongrie se fondent en une unité supérieure... Seule cette guerre fournit les conditions matérielles pour une solution définitive de la question allemande... La guerre russo-allemande achève l'évo-

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