Ibid., p
3. Cette expression bizarre signifie que la guerre hâte l'évolution.
— 3oi —
mande est close par cette guerre. Une époque nouvelle commence dans l'évolution de la politique mondiale^ »
On ne saurait assez méditer ces pages qui révèlent tout un état d'esprit et toute une politique. Un des principaux docteurs de la Sozialdemokratie, loin de maudire la guerre, d'y voir une régression fatale et un attentat contre la civilisation, célèbre « les progrès qu'elle entraînera à sa suite » et suppute les « profits » qu'en pourra tirer le peuple allemand. Il considère comme une période d' « impuissance et de servitude >> pour l'Allemagne celle où elle a fait régner sur l'Europe tout entière la terreur par ses menaces continuelles contre la paix, celle où elle a constitué tout son empire colonial, celle où elle a humilié la Russie par l'annexion de la Bosnie-Herzégovine et la France par l'entreprise de chantage qui a commencé parla démission de M. Delcassé, qui s'est continuée par la cession à l'Allemagne d'un immense territoire congolais, et à laquelle la guerre seule a mis fin. La Sozialdemokratie trouve conforme aux « principes de l'Internationale » l'absorption par l'Allemagne de tous les Slaves et de tous les Latins d'Autriche, que nulle parenté de race, nulle communauté d'aspirations nationales n'unit aux Germains. Elle préconise une organisation nouvelle de l'Europe centrale qui anéantirait l'indépendance de quatorze Etats européens et amènerait la confiscation au profit de l'Allemagne de toutes leurs colonies sous le couvert hypocrite d'un ZolLverein, d'une union douanière qui, l'histoire le prouve, n'est jamais que la préface de l'annexion politique.
Enfin la Sozialdemokratie pangermaniste, qui poursuit depuis plus de soixante-quinze ans précisément l'anéantissement de l'Autriche au profit de l'Alle-
Lensch, Die Sozialdemokratie und der Welikrieg, p. 63. Cf. Frédéric Engels, Deutsche Brûsseler Zeitung du
lui rester d'influence dans l'Internationale pour faire accepter cette « solution de la question allemande ». Elle invoquera le fameux (( principe des nationalités» dont elle fait par ailleurs si bon marché; elle tentera d'accréditer une version des origines de la guerre qui en ferait porter à l'Autriche toute la responsabilité en innocentant l'Allemagne autant que possible ; elle cherchera enfin à exploiter, comme le fit déjà Bismarck en 1866, les antipathies démocratiques et anticléricales contre l'Autriche (( absolutiste » et « obscurantiste ». Mais il suffira de ne pas oublier le programme exposé par Lensch, qui attend de l'absorption de l'Autriche la naissance de la Grande Allemagne, de l'Europe centrale allemande, et de la Fédération de 1' » Europe moyenne » sous le contrôle allemand, pour juger la solution que les Socialistes du Kaiser prétendent apporter au problème autrichien.
Pour la Sozialdemokratie pangermaniste, il s'agissait, non point de sauvegarder l'existence de l'Autriche, mais de la germaniser entièrement afin d'en rendre plus aisée la fusion dans la Grande Allemagne. Ceux-là même, parmi les socialdémocrates allemands d'Autriche, qui examinaient le problème dans un esprit relativement modéré, tels que Karl Renner, l'un des principaux collaborateurs de Y Arbeiterzeitiing de Vienne^ ne doutaient pas que la nationalité allemande n'eût des droits à la primauté et à l'hégémonie, ne serait-ce que pour avoir introduit le marxisme en
27 janvier 1848, reproduite dans le Kampf de Vienne, mai 1913 et dans le Mouvement socialiste, juin içiS, t. XXXIII, n°» 25 1- 232, p. 2S4 : (( Pour nous Allemands, la chute de VAutrichea une importance particulière. »
I. Et auteur de divers ouvrages de politique et de science sociale sous les pseudonymes Joseph Karner et Rudolf Springer.
Autriche. Et pendant plusieurs années on put penser que la germanisation des socialistes slaves se ferait sans encombre à l'abri des doctrines internationales. Le docteur Adler croyait déjà pouvoir pousser un cri de victoire : (( Nous avons triomphé de la grave question des nationalités'. » Mais l'œuvre pangermaniste allait bientôt se heurter à l'énergique résistance des socialistes tchèques.
Lorsque le parti autrichien se constitua, en 1889, tous les socialistes, sans distinction de nationalité et de langue, se mêlèrent les uns aux autres et constituèrent un parti unique et centralisé. Mais, dès 1891, les socialistes tchèques purent s'apercevoir à leurs dépens que le -prétendu internationalisme des camarades allemands n était, en réalité, qu'un pangermanisme sournois : la direction du parti unifié était en fait allemande, et seuls les intérêts des ouvriers allemands étaient pris en considération ; de toutes les parties du territoire les cotisations étaient envoyées à Vienne, où les Allemands les appliquaient exclusivement à la propagande et à l'action du parti chez les ouvriers allemands et dans les provinces allemandes. Au second Congrès du Parti, qui suivit celui d'Hainfeld où le Parti avait été constitué, les Tchèques demandèrent qu'un usage moins partial fût fait des ressources communes, et que le mouvement ouvrier fût décentralisé. Mais les socialistes allemands n'eurent garde d'accéder à ces demandes, avec quelque modération qu'elles fussent présentées; et, en présence du rejet de toutes leurs revendications, les socialistes tchèques quittèrent le Congrès. Un an après, en 1893, ils déclarèrent aussi sortir du Parti autrichien unifié, et fondèrent un Parti indépendant sur la base de l'autonomie nationale, le Parti socialiste démocrate tchécoslave. Celui-ci réunis-