Ibid
raie du travail, Jouhaux, quittait Bruxelles sans illusions. Jouhaux et Demoulin, ce dernier secrétaire adjoint de laC. G. T., s'étaient rencontrés à Bruxelles, à l'occasion du Congrès syndical belge, avec Legien, député socialdémocrate au Reichstag, secrétaire de la Confédération allemande du travail et du Bureau syndical international. A plusieurs reprises, dans la journée du 24 juillet, Jouhaux demandait à Legien : « Que comptez-vous faire pour éviter la guerre qui se prépare'^ Nous sommes prêts à répondre à votre appel ou à marcher en même temps que vous. » A cette question anxieuse du syndicaliste français le chef du syndicalisme allemand ne répondait que par un silence obstiné : et c'était là d'ailleurs la plus éloquente des réponses. Jouhaux rentra à Paris convaincu que la confiance des ouvriers français dans les organisations allemandes devait diparaître et que de Vautre côté du Rhin il ne serait rien fait pour empêcher la guerre*^.
Revenu de Bruxelles, Jaurès continue à faire pression sur le gouvernement français pour amener ce dernier à conserver « une attitude résolument pacifique »; à son instigation, il est décidé que « malgré l'orage formidable qui s'accumulait sur l'Est, nos troupes de couvertures resteraient à 8 kilomètres de la frontière pour éviter l'étincelle fatale )> : on abandonne ainsi sur toute la frontière une bande de 8 kilomètres de profondeur aux entreprises ennemies! Et Jaurès, sortant du quai d'Orsay, dit alors à Bedouce, son collègue socialiste au Parlement, qui a rapporté ce propos 2.- « Vous savez, nous serions à leur place, je ne sais pas ce que maintenant nous pourrions faire de plus pour assurer la paix. » Il est encore en pleine chimère,
1. Jouhaux, art. dans la Bataille syndicaliste du 26 sept. 1914 et lettre au Temps, i5 avril igiS ; Daudé-Bancel, le Mouvement ouvrier français et la Guerre, p. 35.