Bedouce, le Vendredi tragique, l'Humanité, 9 août
répétant à ses familiers que (( Haase tenait du chancelier que le Kaiser ne voulait pas la guerre ! » (Sic.) Même quand arriva, le vendredi 3i juillet, la nouvelle que le Kriegsgefahrzustand était décrété en Allemagne, que les machines de la Compagnie de l'Est étaient détenues de l'autre côté de la frontière, les lignes téléphoniques et les voies de chemin de fer coupées, les routes barrées, « malgré tout Jaurès voulait espérer encore. Il fallut tout bouleverser pour lui trouver surle-champ un bon dictionnaire allemand, un dictionnaire extaordinaire : ceux de la Chambre ne lui suffisaient pas : le docteur Pottevin courut chez lui et rapporta le dictionnaire... Jaurès, tout près de la fenêtre, sondait les caractères typographiques, torturait les syllabes, voulait leur faire donner un sens moins grave au mot terrible. Au point que Sembat, se penchant à l'oreille de Vincent Auriol, lui disait tout bas : a Quel admirable optimisme M »
Puis Jaurès, à la tête d'une délégation socialiste, arrivait au quai d'Orsay oii il était reçu par M. Abel Ferry, sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Sur cet entretien suprême et vain pour la paix, à une heure où les hostilités étaient déjà commencées du fait des Alleinands , plusieurs versions également ont circulé. Dans un journal socialdémocrate suisse, la Berner Tagwacht du 3i juillet 191 5, le biographe de Jaurès, Charles Rappoport, a déclaré qu' (( interrogé par le sous-secrétaire d'État du ministère Viviani sur ce que les socialistes comptaient faire en face de la situation, Jaurès répondit : « Continuer notre cajnpagne <( contre la guerre » ; à quoi Abel Ferry répliqua : <( C'est ce que vous n'oserez pas, car vous seriez tué au prochain coin de rue. » A ce récit, Pierre Renaudel, qui assistait avec Bedouce, Cachin, Bracke,