‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 165 sur 208 · I. Le Temfs, 8 août içiS · texte numérisé non relu

I. Le Temfs, 8 août içiS

Le premier acte du Bureau socialiste international, après le début des hostilités, avait été une circulaire montrant que la violation du Luxembourg et de la Belgique établissait de quel côté avait été la volonté agressive : les auteurs de la circulaire pensaient que si les socialistes allemands s'étaient associés aux autres partis, le 4 août, c'est faute de connaître exactement les faits. Aussi avaient-ils, le 14 août, lancé un suprême appel au peuple allemand, informant la Sozialdemokratie des atrocités commises parles armées allemandes en Belgique. Ces deux documents recevaient de la Sozialdemokratie le plus mauvais accueil ^ : persuadée à ce moment, comme tous les Allemands, que les Alliés seraient, en quelques semaines, écrasés sans rémission et condamnés désormais à subir le joug allemand, elle se souciait fort peu du maintien de liens internationaux qui, servant à préparer la conquête pangermaniste, perdaient tout intérêt une fois celle-ci réalisée. Sur le ton le plus cassant, le Vorwàrts et \ç.Parteiv or stand allemands déclaraient que le Comité exécutif de l'International n'avait aucune qualité pour s'adresser aux autres sections, en émettant un u jugement unilatéral » dans un document à la rédaction duquel n'avaient pas pris part les membres allemands et autrichiens du Bureau ; ils dénonçaient donc les deux manifestes comme des « manœuvres franco-belges pour agir sur les neutres ». Le Vorwàrts écrivait textuellement : (( Les soldats qui par millions ont passé par V école du Parti ne sont pas des barbares. Si des soldats allemands ont, à tort, dépassé les bornes de \z. défense permise {sic), pourquoi taire les excès commis de l'autre côté, pourquoi s'adresser au peuple allemand sans avoir consulté le comité directeur de la Sozialdemokratie? »

1. Cf. Bernstein, Die Internationale âer Arbeiterklasse, p. 52.

La fin de non-recevoir était catégorique et même brutale. Mais après les défaites allemandes de la Marne et de l'Yser, qui marquaient l'avortement définitif de la grande entreprise pangermaniste, l'Internationale commença à reprendre du prix aux yeux des Allemands et ceux-ci reparlèrent de fraternité ouvrière, de principes du socialisme et de (( paix sans annexions ». Ils eurent pour auxiliaires les socialdémocrates germanophiles de Suisse et d'Italie.

En Suisse c'est Hermann Greulich, de Zurich, qui assume avec le plus de zèle le rôle d'entremetteur entre la Sozialdemokratie allemande et les socialistes des pays alliés, profitant du prestige que lui donnent son âge, sa qualité de survivant de la première Internationale ^, et le rôle joué par lui dans le passé : il présida, eni9i2, la conférence internationale de Bâle. L'activité de Greulich est éminemment suspecte : cet internationaliste de marque jouit, auprès des autorités militaires et de la police allemandes, d'un crédit sur lequel le journal socialiste russe Rossiya i Svoboda a utilement attiré l'attention. Un socialdémocrate russe, Parvus, agent des gouvernements turc, autrichien et allemand, dont il sera encore question plus loin, a, depuis le début de la guerre, quitté Constantinople pour Copenhague, oii il a fondé un « bureau littéraire » dont le but avoué est de réunir ((dans un intérêt scientifique » tout ce qui paraît sur la guerre dans tous les pays : on a les meilleures raisons de penser qu'il s'agit, en réalité, d'une vaste agence d' « information » et d'espionnage. Or, deux collaborateurs yz/j-i-*?^- de Parvus ayant eu besoin, pour passer de Suisse en Danemark par l'Allemagne, de passeports délivrés par VOberste

I. La section de. Zurich fut la (iernière en Europe qui continua à entretenir des relations avec le Conseil général marxiste (ie New-York, après 1872. Cf. Greulich, Krieg und Internationale, GenossenschaftS(iruckerei Zurich, 191 5.

Militàrbeh'ôrde de Berlin, il suffit d'un simple certificat de Greulich, attestant que les citoyens Zouraboff et Perazitch étaient des << socialdémocrates russes » et des (( hommes honorables >>, pour que l'autorité militaire allemande fît aussitôt parvenir au secrétariat de Greulich, par les soins du consulat allemand à Zurich, des passeports accordant aux protégés de Greulich le droit de passage par l'Allemagne avec séjour à Berlin : faveur proprement extraordinaire si l'on songe qu'il s'agissait de sujets russes !

C'est le même Greulich * qui, comme l'a révélé VAvanti du i^'*août, et comme il l'a lui-même avoué dans le Yolksrecht, se présentait le i6 mai 191 5, au moment où la déclaration de guerre de l'Italie à l'Autriche était imminente, devant le Congrès national du parti socialiste unifié italien réuni à Bologne, et déclarait que, connaissant les difficultés financières des socialistes italiens, et désireux de les aider pécuniairement dans leur propagande contre l'intervention, il leur présentait le camarade Nathan, chargé par une dame socialiste de Chicago (?) de mettre à leur disposition, pour leur action neutraliste, la modeste somme de 200000 francs; cette offre fut d'ailleurs repoussée. Il faut encore noter qu'au mois de février précédent, un autre chef de la socialdémocratie suisse, le député Grimm, de Zurich, était allé à Milan porter, dans un meeting pacifiste, aux socialistes italiens le salut de la Sozialdemokratie allemande.

A côté des socialdémocrates allemands et suisses, le parti socialiste unifié d'Italie fit aussi de continuels efforts pour rapprocher les « camarades » allemands des socialistes français et anglais : Oddino Morgari, député de Turin, est allé plusieurs fois, pendant la

I. Cf. V Huviaitité, 17 août igiS ; le Temps, 2 août igiS Journal français de Genève, 7 août igiS.

guerre, à Berne, à Paris et à Londres, préparer des conciliabules internationaux.

Dès le mois de septembre 1914 (27 septembre), les socialistes suisses et italiens se réunissaient à la conférence de Lugano : Greulich et Turati invitaient les neutres à entreprendre immédiatement une campagne pour la cessation des hostilités et la paix sur la base dn statu quo. Guesde et Vaillant répondaient à Turati que les Italiens avaient dans leurs mains un moyen de hâter la paix, et que ce moyen était de sortir de leur neutralité.

Peu après, les socialistes américains proposèrent la réunion d'un Congrès socialiste international aux États- Unis, afin d'obtenir l'application de la décision de Stuttgart, c'est-à-dire d'obtenir le plus rapidement possible la paix : ils offraient de prendre à leur charge les frais de voyage des délégués ! Ce projet fut abandonné, mais, à l'instigation des socialistes hollandais et Scandinaves, une conférence des socialistes des pays neutres se réunit à Copenhague le 17 janvier 191 5. Les socialistes français et anglais y avaient d'abord été invités * : chose étrange, pour une conférence des socialistes des pays neutres. D'autre part, les socialistes belges n'étaient pas conviés et ils élevaient aussitôt une protestation formelle contre a l'attitude des organisateurs de la conférence qui, sous prétexte {sic) de réunir les sections des différents pays neutres, n'ont pas jugé nécessaire d'en informer la section belge, ni de l'inviter au Congrès, bien que cette section belge existât dans un pays neutre de par les traités, son origine et son caractère ». La conférence se plaçait donc dès l'abord sur le terrain allemand.

Les débats en furent entourés du secret le plus complet : ce qui n'empêcha d'ailleurs pas les congressistes

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