‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 166 sur 208 · I. Cf. l'Humanité, 25 janvier igiS · texte numérisé non relu

I. Cf. l'Humanité, 25 janvier igiS

de protester contre la « diplomatie secrète ». La conférence refusa de « se faire juge entre les nations belligérantes » et, avec une singulière impartialité, elle attribua au (( capitalisme », c'est-à-dire à tous les Etats contemporains, la responsabilité de la catastrophe déchaînée en réalité par la seule Allemagne. Elle vota trois résolutions : dans la première elle déclarait « considérer comme un devoir pour tous les partis socialistes de travailler à l'avènement prochain de la paix », et elle « invitait le Bureau socialiste international à réunir..., au plus tard au début des négociations relatives à la paix, un Congrès des partis socialdémocrates pour délibérer sur les exigences que ceux-ci auront à formuler quant aux conditions de la paix ». Ainsi, elle demandait aux socialistes des pays alliés de délibérer les clauses du traité de paix de concert avec la Sozialdemokratie pangermaniste : elle protestait, sans doute à l'instigation du socialiste suédois Branting, contre la violation de la neutralité belge; mais elle voulait que le traité de paix fiJt discuté par les socialistes des pays alliés avec ceux qui avaient approuvé cette même violation ! La seconde résolution « engageait la sozialdemokratie des pays neutres à demander, par l'intermédiaire de ses représentants... aux gouvernements de ces pays, de considérer... la possibilité d'offrir... leurs bons offices de médiation aux gouvernements des pays belligérants, en vue d'une paix prochaine et durable » : or l'on sait que cette idée de médiation, plusieurs fois mise sur le tapis par l'Allemagne, qui engagea tour à tour Benoît XV, le président Wilson et le roi d'Espagne à se charger du rôle de médiateurs, a au contraire toujours été catégoriquement repoussée par les gouvernements alliés. Enfin, dans une troisième résolution, la conférence sortait de son attitude de neutralité absolue entre les belligérants pour attaquer le gouvernement russe, c'est-à-dire l'un des gouvernements alliés, à l'oc-

casion de l'arrestation de cinq membres socialdémocrates de la Douma russe : Petrovsky, Badaev, Chagof, Samoïlov et Mouranov : quoi que l'on pense de cette affaire*, il convient d'observer que le gouvernement turc a fait pendre de nombreux socialistes arméniens, et que le gouvernement allemand a fait emprisonner de nombreux socialistes polonais sans que la conscience révolutionnaire des socialistes des pays neutres, si chatouilleuse lorsqu'il s'agit d'un des pays adversaires de l'Allemagne, ait paru s'en émouvoir outre mesure.

Les socialistes des pays neutres (Hollandais, Suédois, Norvégiens, Danois) s'étaient réunis à Copenhague ; les socialistes des pays alliés décidèrent de se réunir à Londres au mois de février 191 5. Avant le départ pour Londres, les délégués des fédérations composant le parti socialiste unifié se réunissaient à Paris le 7 janvier en (( une conférence nationale » : dans une brève harangue*, Jules Guesde déclara qu' «il ne saurait être question de paix tant que l'impérialisme allemand n'aura pas été écrasé; le devoir qui s'impose aux socialistes, à ceux qui veulent réellement débarrasser l'humanité de ces cauchemars de sang, est de continuer la lutte jusqu'au bout » ; il crut nécessaire d'ajouter que (( cette guerre qui nous a été imposée, nous ne la faisons pas à la nation allemande à laquelle nous sommes prêts à tendre une main fraternelle (j-zV), dès qu'elle en aura fini avec son kaiser et l'impérialisme prussien dont elle n'est pas moins victime que nous » : théorie contraire à la réalité des faits, qui nous montrent toute la nation allemande unie contre nous au mois d'août 1914, et le kaiser obéissant à l'impulsion de tout un peuple imbu d'ambitions

1. Alexinsky présente dans la Rtissie et là Guerre, Paris, Colin, 1915, p. 227-238, un plaidoyer éloquent pour les cinq députés socialdémocrates.

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