‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 168 sur 208 · U Humanité, 3 août iqiS · texte numérisé non relu

U Humanité, 3 août iqiS

3. Voir dans la Renaissance les opinions de l'abbé Wetterlé, du chanoine Collin,de MM. Laugel, Helmer, Zislin, etc.

4. Voir sur ce point Maxime Leroy, la France devra-t-elle faire ratifier par un flébiciste la conquête de V Alsace- Lorrainel dans VAbnanach de la Paix far le droit, igiS.

solution du plébiscite est enfin absurde : car elle exclut du droit de fixer le sort de l'Alsace-Lorraine les Alsaciens-Lorrains qui, par milliers, ont quitté le sol de la petite patrie pour échapper au joug allemand, et qui se sont fixés dans tous les coins de France, en Algérie et à l'étranger ; elle le confère au contraire aux milliers d'immigrés allemands, qui, après la conquête et par elle, se sont rués sur le pays pour l'exploiter et le germaniser : Metz, par exemple, est aujourd'hui peuplée d'immigrés teutons dans la proportion des deux tiers : leurs votes sont d'avance acquis à l'Allemagne. Il est regrettable que la Conférence de Londres ait paru admettre cette manière toute germanique de (( résoudre » la question d'Alsace-Lorraine.

Dans sa deuxième résolution la Conférence déclarait qu' (( à la conclusion de la guerre les ouvriers de tous les pays industriels auront le devoir de s'unir dans V Internationale en vue de supprimer les diplomaties secrètes, de mettre fin à l'influence des intérêts du militarisme et des fabricants d'armements et aussi d'établir un organisme international capable de régler les différends entre les nations par des méthodes de conciliation et d'arbitrage obligatoire, et pour imposer à toutes les nations l'obligation de maintenir la paix ». Nous n'avons pas à discuter ici en elles-mêmes ces propositions pacifistes : remarquons seulement ici, comme nous l'avons fait ailleurs^ qu'en admettant qu'il se crée un droit international supérieur aux nations et obligatoire pour elles, les violations de ce droit entraîneront des sanctions : contre un délit commis par une nation on n'aperçoit pas d'autre sanction que la guerre ; du moins, la nécessité d'assurer aux règles du droit international une efficacité, et aux décisions d'un tribunal international l'exécution, amène à créer une force

• I. Année sociologique, \..y,l\{\<^o()-\()\-2.)^. 11% sqq;lcs Socialistes du Kaiser, p. 26-27.

armée, la possibilité qu'une ou plusieurs grandes nations soient parmi les collectivités rebelles, amène à vouloir que cette force armée soit considérable; et la guerre peut ainsi se perpétuer et même trouver dans des institutions pacifistes un aliment.

Quoi qu'il en soit, ce n'est pas en introduisant dans l'Internationale ouvrière, au lendemain de la guerre, la Sozialdemokratie pangermaniste qui en porte à un si haut degré la responsabilité, que l'on assurera la paix du monde. Et l'on ne doit pas non plus oublier que les espérances internationalistes reposaient, non seulement sîir V attitude de la Sozialdemokratie , mais aussi sur celle des socialistes des pays neutres. Il était, en effet, entendu — c'est le sens et ce sont les termes de la résolution du Congrès de Limoges — que <( la classe ouvrière de tout pays menacé d'agression... a le droit de compter sur l'appui de tout le prolétariat international », que tout le prolétariat international doit soutenir le prolétariat d'un pays attaqué. Or, qu'est-il arrivé en fait ? Que, loin de pousser leurs patries à porter secours à la Belgique et à la France attaquées, les socialistes des pays neutres se sont, au contraire, montrés, soit favorables à l'Allemagne, soit partisans de la neutralité de ces pays. En Angleterre, en Italie et en Roumanie ce sont des (( bourgeois » qui se sont montrés partisans de l'intervention et les socialistes qui s'y sont pour la plupart opposés. C'est chez un Edward Grey plutôt que chez un Keir-Hardie, chez un Sonnino plutôt que chez un Trêves, et chez un Take Jonesco plutôt que chez un Racowsky que l'on a vu vivre et agir un véritable sentiment de la justice internationale et de la solidarité des nations civilisées contre la barbarie germanique. La Conférence de Londres eût dû tenir •compte de ces faits incontestables.

Enfin, la troisième résolution de Londres, contresignée par deux ministres français, blâmait Xz. politique

intérieure de la Russie et diminuait ainsi l'autorité morale de la Triple-Entente dans le monde en même temps qu'elle tendait à rompre l'union si nécessaire entre les Alliés. La Conférence, sans tenir compte des avertissements que Sembat avait lui-même donnés à Paris le 7 janvier, « protestait contre l'arrestation des députés de la Douma et contre la suppression des journaux et les condamnations des journalistes russes, ainsi que contre l'oppression des Finlandais, des Juifs et des Polonais russes et allemands ». Une Conférence des socialistes des pays alliés eût pu s'abstenir d'une pareille manifestation alors qu'elle s'était refusée à élever une protestation contre les atrocités allemandes en Belgique, et alors que l'Allemagne opprime depuis un siècle les Polonais, et depuis un demi-siècle les Alsaciens-Lorrains, sans que les abominations de Wreschen ou celles de Saverne aient suscité une condamnation prononcée par les Congrès socialistes internationaux. Rien de plus étrange qu'une semblable partialité, en pleine guerre, contre un pays allié de la France. La vieille haine marxiste contre la Russie paraissait dominer chez les congressistes de Londres sur les inspirations du patriotisme et du bon sens.

On aperçoit aisément les dangers des résolutions de Londres : on voit moins bien l'avantage qu'elles pouvaient procurer, soit à la cause des Alliés, soit à celle même du socialisme. On a prétendu, il est vrai, que la Conférence de Londres était nécessaire pour dissiper les idées germanophiles de certains socialistes anglais et l'on a même été jusqu'à soutenir en ce sens que la motion de Londres avait pour les Alliés l'importance de la bataille de la Marne^!! Le malheur est que les socialistes germanophiles de Vlndependent Labour Party, notamment Keir-Hardie, Bruce Glasier et Ram-

I. Charles Dumas, chef du cabinet de Jules Guesde, dans le Matin, 17 février 191 5 et la Paix que nous voulons, p. 5.

say Macdonald ne cessèrent nullement, après la conférence de Londres, leur propagande acharnée contre la participation de l'Angleterre à la guerre et contre les engagements volontaires.

Les socialistes unifiés ont prétendu que les critiques adressées à la Conférence de Londres provenaient des <( valets de la presse bourgeoise' » : de même avant la guerre les publicistes clairvoyants qui dénonçaient la menace allemande et les tendances pangermanistes de la Sozialdemokratie étaient traités de (( domestiques de plume de la bourgeoisie », ce qui ne les empêchait pas d'avoir raison. La vérité est, d'ailleurs, que l'œuvre de la Conférence de Londres a été blâmée, non seulement par les « bourgeois », mais par nombre de socialistes.

Le i8 février 191 5, le gouvernement fut interpellé sur la participation de deux ministres français à la manifestation de Londres, au Sénat par M. Gaudin de Villaine et à la Chambre des députés par M, Chaumet. Par la voix de M. Viviani, président du Conseil, et aux applaudissements des deux assemblées, il désavoua sur tous les points essentiels la Conférence de Londres. Il déclara « le gouvernement unanime- à penser... que les responsabilités des événements actuels incombent uniquement aux ennemis de la Triple-Entente. Si, ajoutait-il, l'on regarde dans le passé le plus lointain, on voit que la Triple Entente n'a fait que suivre et non provoquer l'augmentation des armements et des effectifs ». Il affirma la volonté des Alliés de poursuivre la guerre jusqu'au bout, jusqu'à la refrise de V Alsace-Lorraine. Rappelant le traité du 4 septembre 1914, il affirma que « le gouvernement n'envisagerait l'éventualité d'une solution pacifique que d'accord avec ses nobles alliées ^ l'Angleterre et la

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