‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 17 sur 208 · Chap. VI · texte numérisé non relu

Chap. VI

2. Cf. Guillaume, <7^. czi., p. 62; Préaudeau, 0^. cit., p. 220-

intrigue de Bakounine, et qui, de son propre aveu, ne consentit à laisser placer la question à l'ordre du jour du Congrès que dans l'espoir de (( pouvoir assommer Bakounine d'un coup décisif ». Cet espoir fut déçu, car la contre-proposition de Marx sur l'héritage fut rejetée. Après le vote, Eccarius s'écria : « Marx sera très mécontent, Marx wird sehr unzufrieden sein ! »

Malheureusement le vote sur la modification des statuts allait lui fournir une revanche et lui donner le moyen d'étendre à toute V Internationale la domination despotique qu'il exerçait déjà sur le Conseil général dé Londres. Sans hésitation et sans prévoir les redoutables effets qu'allait avoir leur vote, les délégués augmentèrent considérablement les attributions et les pouvoirs du Conseil général, ce qui revenait en fait à augmenter ceux de Marx, Ils reconnurent au Conseil général « le droit d'admettre ou de refuser l'affiliation de toute nouvelle société ou groupe, sauf l'appel au prochain Congrès)), et même de suspendre une section de V Internationale jusqu'au prochain Congrès; il aurait (( le droit de décider sur les différends qui pourraient s'élever entre les sociétés ou branches d'un groupe national, ou entre des groupes de différentes nationalités ». Le Conseil général recevait ainsi des attributions disciplinaires que les fondateurs de l'Internationale lui avaient rigoureusement refusées ; il devenait un pouvoir audessus des groupes, des sections et même des fédérations nationales; simple organe de liaison jusqu'au Congrès de Bâle, il en sortait juge de l'orthodoxie, de la doctrine et de la conduite des divers éléments constitutifs de l'Internationale qui perdaient dès lors leur autonomie. Cette révolution juridique n'allait pas tarder à porter ses fruits.

Les premiers membres de l'Internationale, les ouvriers français comprirent dès cet instant que c'en était fait de leur œuvre. En vain à Bâle, contre les doctrines

germaniques, ilsavaient (( invoqué la raison, la nature, la logique, l'histoire, la science 1 » : ils z.vd.\ç.n\. succo7nbé. De ce Congres <( sortit toute armée V Internationale russoallemande-... C'est cette Internationale-là, bien plus que son aînée, que désormais le monde allait avoir à combattre.., 11 ne pouvait plus être question pour les Parisiens que de sauver le socialisme mutuelliste de ce naufrage général... ^ V Internationale des fondateurs français était 7norte, bien morte^ ! »

La dictature marxiste s'imposa dès lors à l'Internationale. En dépit de la pensée fondamentale, qui était que (( l'émancipation des travailleurs devait être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes », il fut désormais acquis que les travailleurs de tous les pays n'avaient rien de mieux à faire que d'obéir docilement aux ordres du « citoyen Marx ». Les marxistes ont tantôt avoué hautement cette dictature du socialiste prussien, comme si elle avait consacré et mis hors de conteste son unique génie, tantôt essayé de pallier l'impression mauvaise que faisait, même aux contemporains de la première Internationale, cette Association (( démocratique et émancipatrice » despotiquement manœuvrée par un homme. Mais, s'il est un fait bien établi, ne serait-ce que par l'irrécusable témoignage de Marx lui-

1. Fribourg, l'Association internationale des travailleurs, p. 140.

2. C'est le succès de la proposition de Bakounineà Bâle qui fait qualifier à Fribourg cette seconde période de russo-^XWmande : mais ce succès fut sans lendemain, Bakounine ne partagea jamais la dictature avec Marx, et d'ailleurs Bakounine était, on le verra, pour une bonne part, le disciple des socialistes français.

3. On verra dans le chapitre III que le mutuellisme survécut chez les ouvriers parisiens.

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