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I. L Humanité, 6 décembre

Le Conseil national définissait ensuite les buts de la guerre; il demandait la libération duterritoire belgeet des régions de la France envahies; la « réparation du droit pour l'Alsace-Lorraine », le respect du principe des nationalités impliquant le rejet de toute politique d'annexion et le (( rétablissement du droit qu'ont les populations opprimées de l'Europe à disposer d'ellesmêmes et à faire retour à la nation dont elles ont été brutalement séparées », l'organisation de l'arbitrage obligatoire, la limitation des armements, la constitution d'une « force internationale de sanction ».

La résolution du Conseil national fut à bon droit saluée comme une fin de non-recevoir opposée à certaines manœuvres germanophiles. Mais en même temps elle nourrissait et réveillait les vieilles sympathies allemandes de certains socialistes en saluant, avec un candide optimisme, le prétendu « réveil de conscience qui se produit en Allemagne » dans la Sozialdemokratie. Elle paraissait autoriser par là des tentatives de rapprochement international contre lesquelles la Commission administrative du Parti se trouvait peu après obligée de protester.

Le 1 5 août, la C. G. T. réunit, à la Maison des Syndicats, une conférence des Fédérations nationales corporatives, des unions départementales et des bourses du Travail'. A laC. G. T. comme dans le Parti socialiste, la minorité demandait que fussent engagés immédiatement des pourparlers avec les syndicalistes et socialistes allemands et neutres, afin de contraindre les gouvernements à la paix : Merrheim était le chef de cette minorité. Jouhaux, qui avait pu à la veille de la guerre, dans son entrevue avec Legien, se rendre compte du véritable esprit des ouvriers allemands, parla au nom de la majorité qui n'entendait pas entrer

I. Cf. Daudé-Bancel, le Mouvement ouvrier français et la Guerre, p. 37-39.

(( sans garanties », et dans l'état actuel des choses, en conversation avec les Allemands. Après de vives discussions, la motion de la majorité fut adoptée par 78 voix contre 26 pour la motion de la minorité, i voix contre les 2 motions et i abstention. La Conférence commençait par rappeler, pour s'en faire un titre de gloire, la propagande antimilitariste menée avant la guerre par la C. G. T., les avances faites pour elle en 1906 et en 191 1 aux organisations ouvrières allemandes ; elle se félicitait d'avoir « dans l'intérieur du pays comme à l'extérieur, toujours tendu à affaiblir la force du militarisme » et d'avoir <( en agissant de la sorte rendu impossible toute agression française contre un pays quel qu'il fût )> : elle ne se demanda pas si c'était bien en France que cette action était utile et si elle était également propre à empêcher une agression allemande contre la France. Après s'être rendu le témoignage d'avoir (( en tous temps et en tous lieux agi en conformité des principes constitutifs de l'Internationale », la C. G. T. proclamait son désir de voir rétablir la paix, « une paix qui soit le triomphe définitif du droit sur la force » : elle condamnait toute politique de conquête, demandait l'arbitrage obligatoire, la (( suppression de la diplomatie secrète, la fin des armements à outrance », et la tenue « d'un Congrès [syndicaliste] international, aux mêmes lieu et date auxquels se tiendrait la Conférence des diplomates pour la fixation des conditions de paix » : ainsi l'Internationale, qui s'est toujours montrée docile aux inspirations germaniques, serait appelée à excercer sur les Etats belligérants une pression de nature à empêcher les Alliés de prendre pour l'avenir les précautions politiques et militaires indispensables.

Il faut remarquer que cet ordre du jour de la C. G. T. ne parle ni de l'Alsace-Lorraine ni de la destruction nécessaire du militarisme allemand, ni de l'obli-

gation où se trouvent les peuples alliés de mener la guerre jusqu'à la libération des territoires occupés par l'ennemi. Par là elle constitue un recul, non seulement par rapport aux résolutions socialistes précitées, mais par rapport au manifeste adressé par la C. G. T. ellemême à l'Internationale ouvrière quelques mois auparavant'. D'ailleurs l'ordre du jour de la majorité ne différait de celui de la minorité pacifiste que par le refus d'entrer immédiatement en conversation avec les (( frères allemands^ ». Mais la minorité, de plus en plus travaillée par les intrigues allemandes, ne se considéra point comme liée par les décisions de la Conférence nationale, et le ût bien voir.

Depuis plusieurs mois la Sozialdemokratie allemande essayait de reprendre le contact avec les socialistes des pays alliés. Une première proposition ferme en ce sens fut faite par le Bureau socialiste international. Celui-ci ne pouvait plus conserver son siège statutaire à Bruxelles, en raison de l'invasion allemande : il fut donc transféré à Amsterdam, et c'est le Parti socialdémocrate néerlandais, en étroit contact par son leader Troelstraavec la Sozialdemokratie allemande, qui en assura partiellement le service. Le nouveau Bureau proposa la réunion à La Haye d'un Congrès socialiste international : cette proposition avait, comme l'avoua le député socialdémocrate Quarck de Francfort, la pleine approbation du gouvernement impérial allemand. Sollicitée d'envoyer des représentants à La Haye, la Commission administrative permanente du parti socialiste français opposa un refus unanime, déclarant qu'une pareille réunion n'était « ni matériellement possible, ni moralement désirable » et qu' « il en serait de même d'un Congrès convoqué par

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