I. Cf. V Humanité, i3 avril et i3 mai
sur le nom de Berne. » Et l'on priait Gompers de bien vouloir transmettre cette proposition « au président Legien à Berlin )> : par l'intermédiaire d'un syndicaliste américain, les syndicalistes anglais et français essayaient d'entrer en conversation avec le chef pangermaniste des syndicats allemands : mais leur proposition ne trouva en Allemagne aucun écho.
En revanche, Legien essaya d'organiser à Amsterdam, sous le nom bénin de Congrès international des arts et métiers, une réunion syndicaliste internationale. Il se heurta alors au refus des Anglais, qui exprimèrent le mépris et la haine que leur inspirait la conduite des Allemands. Ce fut ensuite le Parti socialiste <( officiel » d'Italie qui prit l'initiative de reconstituer l'Internationale afin de rétablir la communication entre le socialisme germanique et les socialistes des pays alliés : son envoyé Morgari, d'accord avec la Sozialdemokratie, passa à Berne, à Londres et à Paris : il dut avouer lui-même l'échec de ses démarches auprès de la Commission administrative permanente française et des socialistes belges : il se consola en déclarant qu'il avait pour lui les minorités pacifistes de France et d'Angleterre, et il souligna la sympathie témoignée par le journal français V Humanité aux camarades allemands. La Commission française se prononça contre la réunion du Bureau socialiste international demandée par le Parti italien. Quant à Vandervelde, il aurait répondu à Morgari : « 'Nous n avons ■pas Vintentlon de -permettre qu'on se serve de nous pour faire obstruction au combat de la liberté et de la justice contre le militarisme allemand dont la défaite est indispensable au triomphe du socialisme; le parti socialiste français ne pourra consentir à se rencontrer avec la majorité allemande^ ».
I. Sur la mission de Morgari, cf. l'ordre du jour du Parti « officiel » dans Popolo (fltalia, i" mai igiS; interview de
Mais le Parti italien ne se découragea pas; il se savait fort de l'appui des socialdémocrates suisses et serbes; il comptait sur celui des socialdémocrates roumains, bulgares, hollandais, norvégiens, danois, en majorité germanophiles, et aussi sur l'appui de certains éléments « antiguerriers » de France et d'Angleterre. La revue suisse Neues Leben faisait de la propagande pour la renaissance de l'Internationale. Le Laboîu Leader , organe de l'Independent Labour Party germanophile, écrivait le 12 août 1915 : « Nous préférerions de beaucoup voir la vieille Internationale reconstituée. Mais si cela est impossible, nous sommes d'accord avec nos camarades italiens : des efforts immédiats doivent être tentés pour construire une nouvelle Internationale représentant les partis neutres et les socialistes antiguerriers des contrées belligérantes. Nous ne devons pas oublier que Vandervelde et les chefs socialistes français se sont montrés disposés à rencontrer des socialistes allemands du type de Bernstein, Haase et Kautsky. C'est un grand pas pour chercher à sortir de l'humiliante impasse où nous sommes. »
Une conférence internationale des socialistes des pays neutres fut convoquée pour le 3o mai à Zurich; mais de nombreuses difficultés surgirent, les adhésions furent rares : le parti socialiste hollandais refusa même catégoriquement la sienne. Et finalement le projet de conférence, dont le but était Vactioji des pays neutres en faveur de la paix, dut être abandonné.
Ce n'était pourtant encore qu'un ajournement : on connaît, en effet, la ténacité germanique. Et au commencement de septembre 191 5 une conférence internationale se réunissait à Zimmerwald, petit village du canton de Berne : pour la première fois depuis la guerre,
Morgari dans la Tribima du 21 avril \()\l\ Journal de Genève, 10 août 1915.
on vit s'assembler des sociaiistes de tous les pays européens — ou à peu près — et notamment des socialdémocrates allemands et deux syndicalistes français^ Merrheim et Bourderon. Outre les Italiens et les Roumains, protagonistes de la Conférence, se trouvaient à Zimmerwald une marxiste hollandaise, intimement mêlée à la vie de la Sozialdemokratie allemande, la citoyenne Roland-Holst ; des socialistes autrichiens, des Russes, qui jouissent de l'hospitalité de la France, les citoyens Martoff, Tchernoff, Trotzky, dont le premier ne se cache pas de souhaiter la défaite de la Russie dans la guerre. Deux socialistes anglais, germanophiles de marque, devaient participer à la conférence de Zimmerwald : le député Jowett, président de Vlndefendent Labour Party, Bruce Glasier, rédacteur en chef de la Socialist Review ; le gouvernement anglais, dont le libéralisme en ces matières est pourtant traditionnel, leur refusa les passeports nécessaires pour quitter l'Angleterre : le danger avait paru trop grand sans doute au Home Office chargé de prévenir et réprimer les intrigues allemandes. Au contraire, le gouvernement allemand avait donné aux socialdemocrates Ledebour et Hoffman toutes facilités pour assister à une réunion dont le but véritable était exactement indiqué par le journal le National Suisse'^ : « Le gouvernement de Berlin interdit, par les mesures les plus rigoureuses, la propagande pour la paix en Allemagne : il la favorise au dehors. » Il faut remarquer que seuls les représentants de l'Italie et de la Roumanie agissaient au nom de leurs partis respectifs ; les autres ne tenaient que d'euxmêmes leurs mandats : les partis danois, suédois et norwégien n'étaient f)as représentés'^. Les résolutions de Zimmerwald n'eurent d'abord que l'approbation