Le Tcm-ps, 18 novembre igiS
« protestant véhémentement contre toutes les tentatives... qui, à l'exemple du Congrès de Zimjjterwald, apportent une tendance susceptible de jeter la perturbation dans les niasses populaires, à l'instant même où nos troupes ont besoin de paroles encourageantes, luttant pour le droit ». Rappelant courageusement que u plus que quiconque les syndicalistes et socialistes de France f tirent trompes par les sozialdemokrates pangermanistes d' Allemagne », ils dénonçaient comme « criminelles toutes tentatives de propagande pour la paix immédiate, conception trop intéressée au profit de l'envahisseur », « réprouvaient l'attitude de ceux qui, sans avis préalable et sans mission of âcielle des organisations représentatives, se sont associés aux vœux des protagonistes de la monarchie allemande » et, pour finir, « invitaient la fédération de la Seine à prendre toutes mesures... contre ceux de ses membres qui n'ont pas souci du respect de ses décisions ».
Mais les émissaires de Zimmerwald, sans craindre de détruire l'unité si précaire et si artificielle du Parti socialiste unifié, ne rendirent leur propagande que plus intense; ils continuèrent à agir pour « la paix allemande, la paix de la servitude * ».
La tenue d'un Congrès national fut décidée pour fixer la question du « socialisme et de la guerre », question qui implique celle de la reprise des rapports internationaux. Suivant l'usage, les Fédérations départementales furent d'abord appelées à examiner ces questions, afin de fixer le mandat de leurs délégués au Congrès national. La Fédération du Rhône par 5o voix contre 9, sur l'initiative de Manus, et malgré l'opposition des députés socialistes Rognon et Moutet, exprima sa sympathie pour les résolutions de Zimmerwald. La Fédération de l'Isère décida à l'unanimité de « demander
I. Hervé, les Funérailles de V Unité socialiste, Guerre sociale, 22 décembre igiS.
des explications à la Commission administrative permanente, au sujet de son ordre du jour concernant la conférence de Zimmerwald » et d'inviter la C. A. P. et le groupe socialiste parlementaire « à examiner s'il y a toujours lieu de conserver des délégués au gouvernement. » Au contraire, la Fédération de Seine-et- Marne vota par 8i mandats (contre 5 qui réclamaient la reprise des rapports internationaux) une résolution demandant la continuation de la guerre jusqu'à ce que les buts précédemment définis par le Parti aient été atteints.
Les débats, tenus à huis clos, de la Fédération de la Seine furent extrêmement vifs : la Commission chargée de soumettre au Congrès une résolution ne put se mettre d'accord sur un texte unique. Trois motions se trouvèrent en présence : la première, présentée et soutenue par Bourderon, l'un des émissaires de Zimmerwald , demandait la reprise immédiate des relations avec la Sozialdemokratie, un blâme contre le groupe socialiste parlementaire et la C. A. P., le retrait des ministres socialistes et le refus des crédits... c'était la thèse de la guerre sociale, de la division devant l'ennemi et de la paix atout prix : dans son discours devant le Congrès, Bourderon condamna expressément l'union sacrée entre Français. La seconde motion, présentée par M. Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx qui était allé enSuisse se rencontrer avec les socialdémocrates Bernstein et Kautsky, par Paul-Louis, Mayéras et Laval, demandait également la reprise des relations internationales avec toutes les sections de l'Internationale ouvrière, y compris la Sozialdemokratie pangermaniste, (( sous certaines garanties » ; Jean Longuet vint déclarer en séance plénière que « sans internationalisme, il ne peuty avoir de socialisme )),il affirma que les socialistes français devaient après la guerre fraterniser avec tous les socialdémocrates allemands, sans distinction de
tendances, même avec ceux qui se sont le plus ouvertement solidarisés avec la politique de proie du gouvernement impérial! La troisième motion présentée par Renaudel et Fiancette, et adoptée par la majorité de la Commission des résolutions, déclarait que « quelle que soit son horreur de l'effroyable boucherie dont l'Europe est... le théâtre, le parti socialiste ne conçoit même pas la possibilité d'une paix qui ne comporterait pas l'intégrité politique et économique de la Serbie, petite nation qui avait offert à l'Autriche l'arbitrage de La Haye, de la ^Belgique neutre qui s'est héroïquement sacri&ée en défendant son droit... et la libération des départements du nord de la France » ; la motion reprenait l'énigmatique formule de « la réparation du droit pour l'Alsace-Lorraine » ; elle disait souhaitable le (( réveil d'une Internationale loyale et agissante » et ajoutait que « la reprise des relations internationales pourra être envisagée, lorsque le mouvement de protestation qui s'est manifesté en Allemagne (^) aura produit pleinement tous ses effets, aura abouti à la séparation de ceux qui se sont liés à l'impérialisme et de ceux qui prononcent contre lui la condamnation nécessaire ». Nous savons ce qu'il faut penser de la Sozialdemokratie tout entière et ce que vaudrait une pareille (( scission » opérée dans le but unique de faire reprendre à l'Allemagne son empire sur l'Internationale.
Après de vifs incidents, la motion Bourderon, reproduction à peu près textuelle des résolutions de Zimmerwald, recueillit 545 voix ; la motion Longuet 3 826 voix et la motion Fiancette 6 121 voix. En conséquence la Fédération de la Seine fut représentée au Congrès national par deux mandats pour la première motion, seize pour la seconde et vingt-six pour la troisième.
Le Congrès national du Parti socialiste, le premier depuis le début de la guerre, se réunit le 25 dé-
cembre dans les locaux de la Maison des syndicats rue Grange-au-Belles. Il fut décidé que les débats seraient tenus secrets : les représentants de la presse ne furent point admis au Congrès ; les membres du Parti ne le furent chacun que sur la présentation d'un délégué qui répondait d'eux ^. Hubert Rouger, député du Gard et rapporteur du groupe parlementaire, vint défendre l'action du groupe à la Chambre et supplier le Parti de ne point se diviser. Compère- Morel déclara vouloir la paix, mais la paix par la victoire ; il développa éloquemment les raisons militaires, économiques, financières pour lesquelles les Alliés sont sûrs de la victoire; il protesta contre une paix boiteuse qui serait la condamnation du régime démocratique, le triomphe d'un (( étatisme rude et grossier » et qui préparerait pour nos enfants, dans le bruit des armes fourbies et préparées pour (c d'autres guerres, une existence tellement précaire et tourmentée qu'ils nous maudiraient à jamais... En demandant la paix, conclut-il, ou en favorisant les menées intéressées des pacifistes étrangers, nous serions responsables ! Le socialisme serait pour longtemps affaibli. »
Bourderon signala au Congrès qu'avant la réunion de Zimmerwald Renaudel et Longuet s'étaient rencontrés avec Bernstein et Kautsky : il demanda à connaître les motifs de cette rencontre et qtii en prit l'initiative : question en effet fort grave et qui mériterait d'être élucidée. Bourderon revendiqua son droit de se rencontrer avec des socialdémocrates allemands, ennemis de son pays, et termina en déclarant que ses amis et lui, blâmés ou approuvés par le Congrès, entendaient continuer leur action pour la paix immédiate.
Après lui, Edgard Milhaud s'ingénia à trouver un texte qui, parlant pour ne rien dire, pût satisfaire la