I. L' Humanité, 26 décembre igiS
majorité sans mécontenter la minorité ; Guesde, vivement attaqué, essaya d'établir une continuité entre son attitude pendant la guerre et l'intransigeance de son marxisme avant la guerre. Cachin adjura le parti socialiste de continuer son concours à un effort national que le succès couronnera certainement. M. Albert Thomas déclara que si on le forçait à opter entre le Parti et sa collaboration à la Défense nationale, il ne choisirait pas le Parti.
Les discours des orateurs défendant les motions Bourderon et Longuet n'ont pu être résumés par la presse, la censure s'y étant opposée. On a pu se demander si cette interdiction était provoquée par des raisons d'intérêt général ou par le désir évident du Parti socialiste unifié, représenté par trois de ses membres au ministère, de ne pas laisser apercevoir au public ses plaies et ses ulcères. En effet, le Parti unifié avait décidé de ne pas laisser la presse assister aux débats du Congrès et de n'en publier lui-même aucun compte rendu. Bien plus, son organe officiel, l'Humanité, annonça qu'il entendait ignorer absolument, sans les démentir chacune en particulier, toutes les informations et indiscrétions qui pourraient être publiées par d'autres journaux sur le Congrès national.
A la fin du Congrès deux motions se trouvèrent en présence : l'une, qui recueillit seulement quelques dizaines de voix, s'inspirait des résolutions de Zimmerwald. L'autre, résultat d'une sorte de compromis entre les motions Fiancette et Longuet de la Fédération de la Seine, fut adoptée à une énorme majorité. Elle affirmait le caractère défensif de la guerre du côté des Alliés avec les obligations qui en résultent pour les socialistes français. Elle déclarait attendre de la « minorité socialiste allemande » des « actes » qui permettraient la reprise des relations internatio-
•nales. En quelques phrases assez obscures, elle semblait indiquer qu'une fois l'Alsace-Lorraine rentrée dans le giron de la patrie française, elle devrait être appelée, sous des formes que l'on ne précisait pas, à fixer elle-même son sort : les journaux de la Sozialdemokratie purent à bon droit souligner la bizarrerie de cette solution.
Le reste de la résolution du Congrès, fort longue, verbeuse et souvent amphigourique, prétendait définir les conditions d'une paix durable et les relations futures des nations : elle réclamait une fois de plus l'institution de l'arbitrage obligatoire, la suppression de la diplomatie secrète, etc.
Toute la France se réjouit de voir le Congrès socialiste, tout en persistant dans certaines utopies pacifistes, proclamer avec netteté le bon droit des Alliés et la nécessité de pousser la défense nationale jusqu'à la victoire finale.
Malheureusement la minorité « zimmerwaldienne » ne cessa nullement ses menées et continua ses agitations souterraines : celles-ci pourtant semblent n'avoir qu'une action insignifiante sur une classe ouvrière trop intelligente pour ne pas tirer de la guerre tous les enseignements qu'elle comporte, et trop généreuse pour consentir à pactiser avec le pangermanisme. Dans un livre célèbre, antérieur de peu de mois à la guerre, le futur ministre socialiste de la Défense nationale Sembat disait aux Français : (( Faites un roi ou faites la paix. » Attaqués injustem.ent par l'Allemagne, les Français n'ont pas fait un roi, mais ils ont fait la guerre de manière à mériter le respect et l'admiration du monde.