Chap. VI
2. Dans le parti ouvrier sud-africain il s'est également rencontré certains militants pour s'opposer à l'expédition contre les colonies allemandes et demander la paix immédiate; mais la plupart des membres du parti pensent, comme leur leader Cresswell, que les prolétaires du monde entier, ayant tout à craindre d'une victoire de l'Allemagne, devraient tout faire pour l'empêcher. Le Congrès du Parti ouvrier, réuni le 22 août igiS à Johannesburg, « reconnaissant que les destinées et les libertés des habitants de l'Afrique du Sud sont intimement liées au résultat de la guerre actuelle », a, par 83 voix contre 29, « approuvé complètement le gouvernement de l'Union d'assister de tout son pouvoir le gouvernement impé-
complices ou les dupes de l'impérialisme allemand la plupart des membres de Vlndependent Labour Party (20000 en tout), les 48 unions de trade-unions, représentant environ 3ooooo syndiqués, affiliées à V Union of Démocratie Control, et les quelques intellectuels socialistes qui, comme le u Fabien » Bernard Shaw dans ses articles du New Siatesinan, plaident la cause de l'Allemagne et osent rendre la Belgique responsable de ses malheurs, on laisse en dehors de son calcul l'immense majorité des ouvriers anglais. Sans doute, nous l'avons déjà dit, on retrouve au fond de plus d'une grève la main et l'or de l'étranger : il faut tenir pour suspects, en Angleterre, notamment ceux des mouvements que les grandes Fédérations ouvrières refusent de soutenir; au moment de la grève minière du Pays de Galles, le leader ouvrier Ben Davis disait nettement : c( Dans cette grève, nous aurons contre nous tout le monde, excepter Allemagne^ l'Autriche et la Turquie. » Mais, en règle générale, il serait absolument injuste de chercher ailleurs que dans les conditions mêmes du travail, la raison des revendications ouvrières que bien souvent l'opinion publique, le gouvernement et les patrons eux-mêmes, ont après examen reconnues justifiées.
Non seulement la classe ouvrière anglaise a fourni des centaines de milliers d'engagés volontaires, mais dans certaines localités l'enrôlement a dû être arrêté par ordre, afin de laisser aux fabriques de munitions les ouvriers <( qualifiés » dont elles ne pouvaient se passer. Si le Congrès syndical de Bristol s'est prononcé contre la conscription, il a décidé d'aider de toutes ses forces le ministre de la Guerre à trouver, par le système actuel de recrutement, le nombre d'hommes nécessaire pour l'armée; et, par la voix de son président,
rial (britannique) dans la guerre actuelle ». L'Humanité, 3 oct. 1915.
Seddon, il a proclamé qu'il ne pouvait être question de paix avant que le militarisme prussien ne fût écrasé. Dans les conférences qu'ils ont faites dans plusieurs villes de France, Hodge, au nom du Labour Party qui est la grande organisation politiquede laclasseouvrière anglaise, et Smith, au nom du c( Comité socialiste de défense nationale » ont décrit l'immense effort militaire et civil de la nation anglaise. La Commission executive des trade-unions des arrondissements de Derby et Nottingham, consacre 35oooo livres sterling à équiper un convoi d'ambulance destiné à la France. Dans divers manifestes, des membres du Parti socialiste britannique, tels que Hyndman, Will Thorne et Ben Tillett, ce dernier vice-président de la Fédération des ports et transports d'Angleterre, forte déplus de 25oooo membres, des élus du Labour Party , tels que Parker, Sutton, Clynes, Stephen Walsh, Barnes, Will Crooks, O'Grady, etc., ont mis la classe ouvrière anglaise en face de son devoir et l'ont adjurée de « ne pas se laisser circonvenir » par les intrigues allemandes.
Les ouvriers de la Grande-Bretagne se détournent de plus en plus des agitateurs germanophiles. Une manifestation particulièrement retentissante de ce « réveil de conscience >- est l'élection partielle qui eut lieu au mois de novembre 191 5 à Merthyr, dans le Pays de Galles, pour le siège laissé vacant par la mort de Keir-Hardie. Les deux candidats en présence étaient deux ouvriers : Winstone, patronné ofâciellement par la Fédération des mineurs du sud du Pays de Galles et par VIndependent Labour Party, hostile non seulement à la conscription, mais aussi comme on l'a vu, à la campagne pour le recrutement; et d'autre part, Stanton qui a déclaré publiquement : (( Si le gouvernement vient nous dire que la conscription est nécessaire, je répondrai que j'en suis, moi, deux fois partisan. » Malgré les difficultés de la lutte dans une circonscrip-
tion qui aux élections générales avait plusieurs fois donné ses suffrages à Keir-Hardie, le socialiste patriote Stanton a été élu par 10286 voix contre 6080 à son concurrent.