Paris, Colin, iqi
2. Bulletin périodique du Bureau socialiste international, IIP année, n" 9, p. 18-19,
avoir des communications avec V intérieur de la Russie K » La police autrichienne, après avoir arrêté au moment de la déclaration de guerre les sujets russes, s'empressait de renvoyer en Russie ceux qu'elle connaissait comme révolutionnaires . Le préfet de police de Lemberg remettait en liberté trois socialistes de passage danscette ville, leur donnait des billets de chemin de fer et le meilleur itinéraire pour gagner la Russie au plus vite. De même, dans un village du Tyrol autrichien, un émigré russe, arrêté sans passeport, déclare au commissaire de police qu'il est réfugié politique ; le policier lui demande c( à quelle fraction du parti socialdémocrate russe il appartient, si c'est à une fraction extrême ou à unefraction modérée ». «Je suisdel'extrême-gauche, répond le russe, je suis partisan de Lénine » et le commissaire, devenu aussitôt aimable, lui donne un passeport pour la Suisse : le fait est attesté par le VorwàrtSy journal socialdémocrate juif de New- York (i8 septembre 1914) et le Golos, organe socialdémocrate russe de Paris (12 octobre 1914).
Le Lénine dont il vient d'être question est le chef d'un petit groupe socialdémocrate russe qui déclare ouvertement souhaiter la défaite de son pays et la victoire des empires du Centre; il va jusqu'à interdire aux socialistes russes de soulager les misères causées par la guerre ; et il a accusé un député révolutionnaire du Caucase d'être privé de l'cc honneur le plus élémentaire », parce que celui-ci collaborait à l'organisation de points de ravitaillement pour les réfugiés des régions envahies !
Le gouvernement autrichien a créé et entretient une prétendue « Union pour la libération de l'Ukraine », dont le siège est à Vienne, 79 Josephstàtterstrasse, qui publie en allemand les Ukrainische Nachrichien,
I. La Suisse, journal genevois, 2 mars igiS, citée par Alexinsky, of. cit. p. 248.
VUkràinisches Korrespondenzblatt çX. YUkrainische Rundschau, et en français la Revue ukrainienne de Lausanne. Le rédacteur de ce dernier organe, un certain Arthur Seelieb, avoue cyniquement (n" i, juillet igiS, p. 49) que la Ligue reçoit des subsides de V Autriche : mais, par un ingénieux euphémisme, il appelle cela (( accepter des munitions». La Ligue a pour chefs un agent de la police secrète viennoise et les réfugiés russes Dontsof, Dorochenko, Melenevski, Jouk, Zalizniac. Une des filiales de la Ligue fonctionne à Vienne sous le nom d'Union ukrainienne des socialistes révolutionnaires, l'autre à Constantinople, sous le nom de Parti socialdémocrate ouvrier ukrainien : celle-ci a une imprimerie dont les publications sont dispensées par le gouvernement turc du contrôle de la censure ; elle a édité en russe et en petit-russien une proclamation de Parvus, grand théoricien marxiste, oti ce socialdémocrate célèbre « le pacifisme du kaiser », reproche à la France d'être « imbue d'un parlementarisme qui mène à la vénalité politique » et exprime l'espoir que « la Sozialdemokratie allemande, marchant contre l'armée russe, sera soutenue par les socialistes moscovites ». En novembre 1914, les délégués de cette officine remirent à un révolutionnaire russe demeurant en Suisse un passeport et de l'argent, et le dirigèrentsur Vienne et delà sur Constantinople, où Parvus lui expliqua longuement la nécessité d'organiser une insurrection en Russie et l'invita à entrer dans une « légion » créée par Enver Pacha pour soulever le Caucase contre les Russes. Alexinsky rapproche le rôle de Parvus de celui de Siidekum donnant des instructions au prisonnier français Tison, renvoyé en France «pour y faire de la propagande pacifiste » ; mais Parvus est encore plus infâme que Siidekum : quoique membre notable de la Sozialdemokratie allemande, il n'est point Allemand, comme le croit à tort
Alexinsky : (( Parvus », c'est le pseudonyme du docteur I. Helphant, qui est Russe !
Mais les manœuvres de la Sozialdemokratie ont échoué. L'infamie sans rémission oi^i elle s'est plongée le 4 août a cela de bon qu'elle a émancipé du joug allemand les socialistes des a-utres pai.ys. La Sosialdemokratie ne -peut -plus faire de dupes. Elle ne peut plus avoir que des complices : sauf quelques intellectuels sans conscience, elle n'en a point trouvé en Russie. Révolutionnaires russes, polonais, géorgiens, Israélites, sont tous unanimes poyxx libérer le slavisme et l'Europe de l'hégémonie germanique. Dans un intéressant volume intitulé Yoïna (la Guerre), d'éminents socialistes russes, Georges Plekhanoff, Alexinsky, I. Axelrod, Dnernitsky, Olguine, Kakhéli et Léo Deutsch, ont abondamment développé cette idée que la victoire des Alliés serait la victoire du droit, et que le devoir de tous les socialistes était de lutter de toutes leurs forces contre le militarisme allemand, le salut du prolétariat étant lié à la défaite de l'Allemagne et de l'Autriche. Plekhanoff dresse dans ce livre un éloquent réquisitoire contre la Sozialdemokratie complice des crimes allemands. Et Léo Deutsch conclut sa remarquable étude sur la Guerre et les Socialistes par ces paroles : « La guerre actuelle ne peut pas se terminer en queue de poisson... c'est seulement dans le cas d'une défaite de l'Allemagne que l'humanité ne sera plus menacée de nouveaux et incroyables malheurs. C'est seulement alors qu'elle marchera à grands pas vers la conquête de l'ordre nouveau dans lequel laguerresera impossible ». Et dans un appel signé en commun par les leaders des différents courants du socialisme russe, ceux-ci exhortent tous les socialistes à donner tout leur concours, corps et âme, contre les entreprises d'un impérialisme dont l'ambition est de faire de la Russie « une colonie allemande ». Cet appel se termine
par ces paroles justes et courageuses: « Le tout ou rien des anarchistes est indigne de vous. V état-major allemand serait trop heureux si vous adoptiez cette tactique. . . Il est prêt à soutenir quiconque se mettra à la prêcher chez nous: il lui faut des désordres en Russie, des grèves en Angleterre... Vous ne lui ferez pas ce plaisir. Vous n'oublierez pas les paroles de notre vieux Kryloff : Ce que l'ennemi conseille, c'est mal. » Les ouvriers ont fait des prodiges: dans une usine de Petrograd on les prévint qu'une commande urgente pour l'armée pouvait être exécutée en un jnois,si le travail était aussi intensif que possible : le travail fut fait en douze jours. Latoile d'araignée est déchirée : ce n'est pas avec le gros fil fourni par Haase, Bernstein et C'* qu'on la réparera.