‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 193 sur 208 · JUNKERS · texte numérisé non relu

JUNKERS

« L'Allemagne ne veut pas mourir ! )> tel est le cri pathétique que faisait entendre ces jours derniers un journal socialiste français. Si jeune, si belle, si douce, et déjà périr! Telle la jeune captive de Chénier, Germania ne veut pas voir trancher le fil de ses jours, et déjà elle prend ses précautions pour qu'il ne lui soit fait nulle peine, même légère. Elle ne peut compter ni sur les peuples neutres, qui se détournent d'elle avec horreur, ni sur les gouvernements qui se sont juré à

eux-mêmes et promis les uns aux autres de mener la guerre jusqu'au bout, ni sur les peuples qui veulent être délivrés enfin de la menace allemande. Elle n'espère plus qu'en V Internationale, à laquelle elle a fait appel quatre fois depuis deux mois.

Dès que les affaires du pangermanisme vont mal — et l'intervention de l'Italie n'est pas pour les rendre meilleures — on peut être sûr qu'il va beaucoup être question des fameux (( Junkers » : c'est passé à l'état de loi de la nature. Ainsi les avocats de l'Allemagne cherchent à concentrer sur une « caste » la haine et le mépris qu'un ,peuple tout entier a mérités par ses crimes. La persistance avec laquelle, après plus d'un an de guerre, après les manifestations impérialistes de tous les partis en Allemagne, et notamment de la Sozialdemokratie pangermaniste, quelques-uns s'obstinent à charger la (( caste des Junkers » de tous les méfaits de la politique allemande, marque, plus clairement que tout autre signe, que les intérêts de parti continuent à passer dans certains esprits avant les vérités les plus évidentes et avant l'intérêt national. S'il y a un fait bien établi, c'est que les néfastes événements de 1866 et de 1870, dont la guerre actuelle n'est que le prolongement, ont été voulus et préparés par les libéraux et les démocrates allemands, et que les Junkers prussiens ont été tout au contraire les adversaires acharnés de la politique bismarckienne ^ Le 14 mars 1849, le grand théoricien du « parti de la Croix », Friedrich Julius Stahl, protestait d'avance contre l'acceptation de la couronne impériale par le roi de Prusse. Dans sa lettre au roi Guillaume de Prusse, en date du 9 mai i853, un des principaux chefs des Junkers, Senfft von Pilsach, exprimait toute l'horreur qu'il ressentait pour la guerre contre le Danemark : au contraire, nous avons

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