I. Cf. les Socialistes du Kaiser, p
montré ailleurs * que Marx et Engels avaient réclamé V annexion du Slesvig-Holstein bien avant que la Prusse fût en mesure de la réaliser. Enfin, le représentant le plus authentique de la politique Junker, le célèbre Ludwig von Gerlach, détournait, en avril 1849, le roi de Prusse d'accepter la couronne impériale « souillée de la boue de l'usurpation » ; en 1866, il combattait âprement, dans l'organe des Junkers, la Kreuzseitung, la politique de conquête et d'annexions de Bismarck ^ ; et plusieurs années après la guerre de 1870, le 20 janvier 1877, comme on présentait au Landtag prussien un projet de loi pour la construction d'une Ruhmeshalle , destinée à perpétuer le souvenir des événements de 1866, Gerlach déclarait qu'il n'y avait point lieu pour l'Allemagne de se glorifier, mais au contraire de s'humilier et de faire pénitence, puisque son unité n'était le fruit que de la violence et de la spoliation, et parce que le crime des annexions prussiennes de 1869 n'était point encore expié 3.
Il est sans doute aujourd'hui tout à fait vain de se demander ce qu'aurait pu être l'histoire de l'Europe depuis cinquante ans, si les vues des Junkers avaient prévalu sur celles de Treitschke, de Miquel et de Bismarck. D'autre part, il est certain que les conservateurs prussiens ont cessé depuis bien longtemps de bouder l'Empire usurpateur. Mais c'est un fait reconnu de tous que, jusqu'à la veille de la guerre, l'antagonisme était resté très vif, dans la vie politique allemande, entre les intérêts agricoles, représentés par les Junkers, et les intérêts industriels et financiers, représentés surtout dans les grands centres de l'Allemagne occidentale et