‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 195 sur 208 · Les Socialistes du Kaiser, p · texte numérisé non relu

Les Socialistes du Kaiser, p

2. Cf., L. V. Gerlach, Die Annexionen und der norddeutsche Bund, Berlin, 1866.

3. AUgemeine Deutsche Biographie, art. Stahl (t. XXV, p. 396), Senfft von Pilsach (t. LIV, p. 320), Kleist-Retzow (t. LI, p. 391), Gerlach (t. IX, p. 12).

méridionale : or, ce sont incontestablement ces derniers qui ont le plus encouragé la politique d'expansion navale, coloniale et économique de l'Empire allemand. Ce qu'il faut retenir de tout cela, ce n'est point, cela va sans dire, qu'il faille avoir pour les Junkers aucune sympathie ou tendresse spéciale, mais c'est qu'il serait absolument puéril d'avoir pour eux aucune antipathie ou haine particulière. Ce qu'il ne faut jamais oublier, c'est l'avertissement salutaire qu'Henri Heine donnait dès i838 aux démocrates français : « Vous avez plus à craindre de l'Allemagne délivrée que de la Sainte-Alliance tout entière. »

Il n'y a pas en Allemagne une (( caste de proie » : il y a un peuple de proie dont toutes les classes sont unies dans la même entreprise de rapine, de même que, dans le Reichstag, élu au suffrage universel, tous les partis ont été unis pour voter à V unanimité les crédits de guerre réclamés par l'homme au <( chiffon de papier ». Caste de proie les Junkers? Peut-être. Mais caste de proie aussi les classes industrielles et commerçantes qui, par l'organe de Herr Ballin et du député libéral Paasche, réclament l'annexion définitive de la Belgique. Et caste de proie la classe ouvrière alletnande, dont les représentants, en assurant le vote de la contribution de guerre en 191 3, sont les auteurs responsables de la guerre de 1914; caste de proie cette classe dont les hommes de confiance ont par trois fois depuis le début de la guerre, accordé les crédits militaires au kaiser, et dont les syndicats demandent que les usines belges soient confisquées et exploitées désormais par des coopératives ouvrières allemandes.

Le vote des députés socialistes engage la classe ouvrière en Allemagne plus qu'ailleurs. En France, par exemple, les militants des syndicats ouvriers ne se mêlent guère à la vie politique, et il peut arriver que des députés socialistes soient élus par des circonscrip-

tions où ies ouvriers sont en minorité. Mais le groupe socialdémocrate au Reichstag est plein de fonctionnaires des syndicats ouvriers qui, avant de solliciter les suffrages du pays, ont obtenu ceux de leurs compagnons de travail : par exemple Karl Legien, président de la commission centrale des syndicats et député de Kiel; Gustave Bauer, vice-président de cette commission et député de Breslau; Josef Simon, secrétaire des cordonniers ; Karl Deichmann, secrétaire des ouvriers des manufactures de tabac; Hermann Sachse, secrétaire des mineurs, etc. Comme l'a écrit Kautsky ^ <( il existe entre les syndicats et la Sozialdemokratie l'entente la plus étroite. Ce sont, la plupart du temps, les mêmes hommes qui se trouvent groupés dans l'une et l'autre organisation. Les socialdémocrates se montrent les meilleurs syndiqués et presque tous les syndiqués vraiment actifs sont aussi de bons socialdémocrates. » Les députés socialdémocrates représentent directement et à un double titre le prolétariat allemand, dont leurs votes traduisent les sentiments pangermanistes. Et ils seraient certainement désolés de savoir que leurs (( camarades » français les prennent pour des <( Junkers » !

Que le peuple allemand se démène pour éviter de « payer la casse », et pour obtenir la paix déiisoire et meurtrière qui lui permettrait de recommencer la guerre dans cinq ou dix ans, rien de plus naturel. Mais laisserons-nous l'intérêt allemand se cuirasser de contre-vérités historiques et de mensonges tendancieux? Le peuple français entend que soient prises, pour désarmer l'Allemagne, un certain nombre de précautions militaires, politiques et économiques indispensables. Je ne sais si ce sont là des « calembredaines chauvines », de (( délirantes billevesées », et des « projets

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