I. Mouveineyit socialiste, 1902, p
scélérats » contre la Sainte Allemagne. La question est de savoir si l'on préfère l'Allemagne à la justice et à la paix, ou la justice et la paix à l'Allemagne.
Mines et travaux d'approche
Il était une fois un vieux bateau, qui, pour le plus grand profit de ses armateurs, servait à faire passer en contrebande dans les autres pays les idées et les intrigues allemandes. Il avait nom V Interna tionale\ il a été coulé le 4 août : Guillaume II et ses socialistes font des efforts désespérés pour le renflouer. Mais il faut plaindre, pour l'inintelligence qu'ils révèlent et les remords qu'ils se préparent, ceux qui, en France, eu Russie et en Angleterre, se cramponnent aux débris de cette épave germanique.
L'Internationale fut toujours une « machine » allemande; fondée en 1864, le socialiste prussien Karl Marx sut rapidement lui imposer, par des manœuvres hypocrites et terroristes, la domination absolue de l'esprit allemand. Plus tard dans les Congrès internationaux, la Sozialdemokratie marxiste parvint à soumettre à son contrôle le mouvement ouvrier dans tous les pays. L'action parlementaire du Parti socialiste français a été déterminée jusqu'à ces derniers temps par un ordre du jour Kautsky, voté en 1900, et parles résolutions d'Amsterdam, imposées par le socialdémocrate Bebel.
Depuis la guerre, l'Allemagne a multiplié les efforts pour conserver son influence sur le socialisme français. A la veille des hostilités, un émissaire de la Sozialdemokratie, nommé Millier, arrivait à Paris avec la promesse formelle du groupe socialiste au Reichstag de voter contre les crédits de guerre ! On se souvient aussi de l'incident du sergent français prisonnier en Allemagne auquel Sudekum fit rendre la
liberté, en le chargeant d'aller en France faire de la propagande révolutionnaire et pacifiste. Les syndicats allemands tiennent absolument à rester en rapports avec la France, et, ce qui est grave, ils y réussissent. Sassenbach déclare qu'ils a régulièrement des nouvelles des organisations françaises et communique avec elles. Wolfgang Heine affirme que l'Internationale syndicale, dirigée par le pangermaniste Legien, n'a point cessé de fonctionner pendant la guerre, et que les relations ont continué, non seulement avec les syndicats des pays neutres ^ mais encore avec ceux des -pays en guerre avec V Allemagne'' .
Que ces relations ne soient pas sans inconvénients pour la France, la preuve en est dans les efforts mêmes que fait l'Allemagne pour les établir ou les rétablir. Ayant vu repousser par les gouvernements, à Paris, à Pétrograd et à Londres, les suggestions perfides qu'elle leur faisait transmettre pour diviser les alliés par une paix séparée, elle tente maintenant, suivant une vieille tactique, d^ opposer V opinion publique aux gouvernements. C'est la méthode qui arrachait à Marx, en 1867, ce cri d'admiration : « Notre Bismarck a cela de bon qu'il pousse les choses en France à la crise » ; celle dont le kronprinz, en personne, a indiqué le principe dans une dépêche envoyée le 22 janvier à V Associated Press, où il exprime sa confiance dans le bon sens des (( peuples de Russie et de France » ; celle dont s'inspirent en ce moment systématiquement les manifestes, les articles et les discours des leaders de la Sozialdemokratie.
Dans un article récent de la Leipziger Volkszeitung, le député au Reichstag Eduard Bernstein explique que <( l'Allemagne étant en meilleure posture que ses ennemis, c'est à elle de faire le premier pas pour
I. Heine, die Sosialdemokratte im neuen Dcutschland, Sûddeutsche Monatshefte, mars 19 15, p. 862.
amener la conclusion de la paix avant une victoire ou une défaite décisive ». On reconnaît ici le thème du manifeste socialdémocrate que nous commentions plus haut, et le leitmotiv de toutes les intrigues allemandes ; pour faire réussir ces manœuvres, Eduard Bernstein ne compte guère que sur l'Internationale : <( Ne serait-il pas possible d'écouter û^ièj- maintenant la voix du bon sens? Dans tous les pays belligérants, seuls les socialistes y peuvent fréter Voreille, car les préjugés et les alliances ne permettent pas aux gouvernements de faire le premier pas vers la paix avant une victoire ou une défaite décisive. >>
Rien de plus clair que ce langage; mais sera-t-il permis de faire remarquer aux metteurs en scène de cette nouvelle comédie qu'ils ne pouvaient choisir plus mal le jeune premier chargé de faire aux peuples alliés des déclarations d'amour? Eduard Bernstein est le chef et le théoricien delà fraction dite révisionniste de la Sozialdemokratie, celle qui avant la guerre s'est toujours montrée la plus favorable à l'impérialisme et aux ententes fructueuses avec le gouvernement allemand; il est le principal rédacteur des Sozialistische Monatshefte, la revue oii paraissaient les articles pangermanistes et militaristes des Schippel, des Calwer, des Legien et des Leuthner; il a dit textuellement à Berlin, dans un discours reproduit par le Vorwàrts du 26 octobre 1914 : « Nous socialdémocrates, nous avons le plus vif désir que les armes allemandes soient victorieuses; si ce n'était pas le cas, ce serait un malheur pour toute la civilisation » ! Enûn, il a lui-même clairement indiqué le but de toutes ces tentatives intéressées de rapprochement avec les socialistes étrangers dans le Vorwàrts du 6 avril 191 5, ou il écrit : <( Si le parti socialiste allemand perd la confiance des démocraties étrangères, un important intérêt allemand sera compromis. »
La Sozialdemokratie attend des « camarades » étrangers toutes les complaisances : et elle le leur fait savoir dans un passage particulièrement audacieux du manifeste dont nous avons parlé : « A'ous savons, dit ce document, çue notre appel ne restera pas sans réponse. Nous saluons le rappel du devoir socialiste qui se fait entendre en France. » La Sozialdemokratie manie, comme on voit le pavé de l'ours avec une rare élégance. Si ses éloges étaient justiûés, il faudrait le déplorer, car il est évident qu'à ses yeux le devoir socialiste consiste à être pangermaniste quand on est Allemand et traître quand on est Français. Mais la magnifique attitude des ouvriers français les met à l'abri de ces compliments insultants, et nous avons la ferme confiance que nul socialiste n'a rien fait ni ne fera rien pour mériter cet infamant témoignage de satisfaction.
Il faut pourtant reconnaître que l'intrigue socialdémocrate a remporté de réels succès. Il s'est tenu à Berne, les 2 5 et 26 mars, « dans le plus grand secret », une conférence internationale des femmes socialistes : elle a réuni (( vingt-huit citoyennes d'Angleterre, d' Allemagne y de Russie, d'Italie, de Hollande, de Suisse et une Française"^ ». C'est la première fois depuis la guerre que l'on ose une manifestation réellement internationale . Bien entendu les travaux furent dirigés par une Allemande , V <( infatigable Klara Zetkin » que les lauriers de Siidekum ne laissent pas dormir. La motion votée par la conférence, sur la proposition de la citoyenne Zetkin, charge d'une responsabilité égale (( les gouvernements des différentes grandes puissances )) : les socialistes des pays alliés réunis à Londres avaient déjà proclamé qu'Abel a sa part de responsabilité dans le crime de Caïn. « Les femmes demandent
i.La Conférence internationale des femmes socialistes, V Humanité du 6 avril 191 5.
la cessation immédiate de cette lutte entre les peuples. Elles demandent une paix sans annexions , sans conquêtes )) et invitent catégoriquement <( les partis socialistes de tous les pays » à travailler une fois de plus pour le roi de Prusse. Et il s'est trouvé une Française pour mettre son nom au bas de cette résolution !
Comme toutes les cérémonies de ce genre doivent se terminer par un hommage à la Germanie, une déléguée anglaise, qui a sans doute cherché et évidemment trouvé le moyen de tuer à la fois le socialisme et le féminisme dans son pays, célébra dans un discours Klara Zetkin, « en qui elle personnifie l'idée internationale ». Le socialisme incarné en cette grosse Allemande, épaisse de corps et d'esprit, quel symbole de l'Internationale, quelle germanophilie intempestive, et aussi quelle faute de goiit !
On connaissait les Guèbres, adorateurs du soleil levant; il nous est donné maintenant de contempler les rites scandaleux oii se complaît la secte nouvelle des adorateurs du soleil couchant, composée de quelques Teutomanes attardés.
Les trois anabaptistes
Il pleut des manifestes! Coup sur coup nous avons eu celui du pseudo-Liebknecht, celui de Clara Zetkin, celui de la prétendue « minorité socialdémocrate ». Sûdekum se repose de ses tumultueuses randonnées à travers l'Europe; Scheidemann répare en cale sèche ses avaries. Un nouvel appel arrive d'Allemagne, signé Bernstein, Haase et Kaustky : le Landsturm et VErsatz des troupes socialdémocrates.
Bernstein est un vieux cheval de retour que nos lecteurs connaissent déjà. Haase est président dnParteivor stand et député au Reichstag : le 2g juillet, à
Bruxelles, il assurait que la Sozialdemokratie était (( décidée à manifester son hostilité contre la guerre jusque dans les casernes » ; le 4 août, il votait les crédits de guerre et lisait à la tribune du Reichstag la déclaration du parti justifiant ce vote : il est vrai que les amis de Haase en France — car il a des amis en France — affirment à sa décharge (!) que ce jour-là il a voté et parlé contre sa conscience, ce qui donne une haute idée du personnage. Quant à Kautsky, apôtre de l'annexion de l'Autriche par l'empire allemand, il é.zx\vàÀ'itni^o2{Mouvement socialiste , p. I733): (( Sauf la Sozialdemokratie, il n'y a plus en Allemagne de grand parti qui pense sérieusement à réunir toute la nation allemande en un organisme unitaire. » Cest la théorie 7néme du pangermanisme'^ . Grand pontife du marxisme, Kautsky a fait peser sur l'Internationale le joug de son pédantisme autoritaire ; les socialistes français subissaient docilement sa tyrannie : lorsque se posa, il y a quelques années, la question de leur participation au pouvoir, ils se tournèrent anxieux vers le magister teuton, demandant comme Thomas Diafoirus : « Baiserai-je, papa ? )>
Les auteurs du nouveau manifeste condamnent en principe les conquêtes et annexions. Pourquoi ce tardif réveil de conscience? Nous avons montré déjà qui tient la ficelle au bout de laquelle s'agitent les pantins de la Sozialdemokratie. Un diplomate allemand, de passage à Lausanne, n'a pas caché que l'appel des Trois est tout simplement « un ballon d'essai impérial en vue d'une paix honorable ». S'il a paru dans la Leipziger Volkszeitung, c'est nécessairement avec l'agrément de la censure. Et déjà tous les germanophiles de l'Internationale prennent prétexte de ce docu-
I. Voir plus haut, chap. v : V Internationale antislave et la Questio7i d^ Autriche.
ment pour assurer TAllemagne qu'elle n'aura point à subir de sanctions pour son équipée criminelle ^
La manœuvre est donc fort claire. Le manifeste de Hàase, Kautsky et Bernstein est destiné à agir à l'étranger et uniquement à V étranger. On a pris toutes les précautions pour qu'il ne puisse avoir en Allemagne une influence quelconque : dans une déclaration publiée par le Vorwàrts, organe officiel de la Sozialdemokratie , le comité directeur du parti et le groupe socialiste au Reichstag proclament que tous les socialdémocrates sont d'accord pour condamner toute guerre de conquête « natîirellement sauf respect des intérêts du pays et du peuple allemand comme devoir suprèine de V heure ». En d'autres termes, la Sozialdemokratie est opposée en principe à toutes les annexions, sauf à celles qui seraient avantageuses pour l'Allemagne ! Voilà qui est rassurant!
Ainsi la Leipziger Volkszeitîing^ organe sans autorité officielle, condamne les annexions. Mais le Vorwàrts, organe officiel du socialisme allemand, vient aussitôt préciser le sens du manifeste des Trois en limitant la portée de cette condamnation. Sont conformes aux principes de la Sozialdemokratie les annexions qui bénéficient <( au pays et au peuple allemand » : sont contraires aux principes du socialisme les annexions qui seraient faites aux dépens de l'Allemagne, le retour de l'Alsace-Lorraine à la France étant luimême considéré comme une « annexion » inadmissible.
Haase, Kautsky et Bernstein ont vraiment bien raison d'écrire que la Sozialdemokratie est la (( gardienne des intérêts matériels et 7noraux » du peuple allemand, de son avenir et de a son bien-être ». Elle a exactement le
I. Même à la séance de la Chambre des députés française du 25 juin igiS, M. Bedouce, député socialiste unifié, « prenant acte des manifestes que publient en ce moment même un certain nombre de socialistes allemands, s'est félicité que la France... fasse une guerre qui ne saurait être déshonorée par des annexions». (Pierre '^ç.\i2L\xù€\.,V Humanité du 26 juin igiS.)
même programme que le gêner alleuinant Tulff von Tscheppe und Werdenbach qui disait, dans sa proclamation datée de Vitry-le-François, 7 septembre 1914 : « Demain la totalité des forces de l'armée allemande devra être engagée sur toute la ligne de Paris à Verdun four sauver le bien-être et l'honneur de V Allemagne. )> Seulement, comme cet infortuné guerrier n'a pas la chance d'être socialdémocrate, personne en France ne lui a fait de compliments.
Ce manifeste n'est pas le premier, et l'on peut être assuré qu'il ne sera pas le dernier. Plus l'Allemagne approchera de la ruine, plus elle aura intérêt à envoyer la prétendue « minorité socialdémocrate » mendier les sympathies et la pitié. Il règne dans la Sozialdemokratie comme dans toute l'Allemagne une merveilleuse division du travail : il n'y a, quoi qu'on en dise,;zi majorité ni minorité ^mais seulement deux équipes au travail alternant et savamment combiné. La preuve en est que le 4 août et pendant toute la première période de la guerre, celle où l'Allemagne se croyait sûre d'écraser ses ennemis et de conquérir le monde, il n'y avait ni majorité ni minorité, mais unanimité . La prétendue minorité se compose de pangermanistes et d'impérialistes comme Kautsky, lequel a insisté pour que fût lue, en séance publique, la déclaration justifiant le vote des crédits de guerre S comme Emmel qui fait régner à Mulhouse la terreur prussienne, jette en prison ses adversaires politiques et menace les mécontents de leur imposer le « blocus de la gueule » {Maulsperre). Il n'y a pas un acte de la prétendue majorité auquel la prétendue minorité n'ait collaboré. On nous abandonne k les socialistes impériaux, les Slidekum et autres Koster » : mais l'héroï-
I. Cf. P. G. La Chesnais, ^^ Groupe socialiste àii Reichstag et la Déclaration de guerre, Paris, Colin, 191 5, p. 6g.
que Liebknecht, le vertueux Bernstein, et l'austère Haase n'ont pas voté le 4 août autrement que Siidekum et Scheidemann : que ce soit par conviction ou par servilité, c'est leur affaire et non pas la nôtre. Si Haase ne pensait pas comme Siidekum, il a agi comme lui, leurs mains se sont levées en même temps pour le même vote et c'est cela seulement qui importe. Liebknecht est allé servir à Bruxelles le kaiser que Siidekum allait servir à Bucarest. Ou bien Siidekum est un coquin — loin de moi la pensée de le contester ! — et tous ceux qui ont agi comme lui sont des coquins. Ou bien Haase, Bernstein et Ledebour méritent le prix Montyon, et alors les Siidekum « et autres Koster » doivent en partager avec eux les arrérages.
Une « CONVERSION »
Eduard Bernstein a médité neuf mois, et au bout de neuf mois il accouche... du droit des nationalités. L'article qu'il a publié dans le Yorvàrts du i*"" mai 191 5 est « sublime » et sensationnel : aussi certains, chez nous, lui ontfaitl'honneur des manchettes flamboyantes qu'ils tenaient en réserve pour annoncer la proclamation de la République sociale à Berlin ! « Bernstein a lu, a vu, a touché du doigt les événements. Peu à peu la vérité lui est apparue. Aujourd'hui il n'a plus de doutes, les voiles sont tombés ! » Écoutez les révélations du prophète Bernstein. Ce citoyen subtil a découvert, le i®"" mai igiS, 1° qu' « il n'est pas indigne d'une grande puissance d'accepter, dans un conflit avec un petit État, la décision d'une courd'arbitrage »; 2* que <( la force ne saurait constituer un titre pour assurer la domination d'un État sur d'autres États » ; 3° que c( les principes de l'Internationale comprennent le droit de vie et le droit de libre disposition d'elle-
même de toute nationalité qui a le sentiment d'en être une et qui a développé sa vie propre ».
Ainsi il a fallu neuf mois au citoyen Bernstein pour s'apercevoir que Louvam n'est pas en Poméranie, et que pour entrer à Liège les armées allemandes devaient franchir la Meuse ! Encore n'est-on pas sûr qu'il s'en doute, car il garde sur ce point un silence prudent. Où donc étaient les (( principes de l'Internationale » quand le citoyen Bernstein votait avec tous ses collègues socialistes du Reichstag les crédits de guerre pour la violation de la neutralité belge ? A-t-il trouvé un mot de blâme pour Son Excellence Herr Doktor Karl Liebknecht, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Impériale et Royale à Bruxelles, et pour Son Excellence Herr Doktor Albert Sùdekum, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Rome et à Bucarest ? Bernstein pense aujourd'hui qu'« iln'estpas indigne d'une grande puissance d'accepter, dans un conflit avec un petit État, la décision d'une cour d'arbitrage ». Que ne le disait-il le 4 août, quand l'Allemagne déclarait la guerre à la Russieetà laFrance pour permettre à l'Autriche d'écraser tranquillement la Serbie ? Que ne plaidait-il alors la cause du « petit État» qui proposait de soumettre au tribunal de La Haye son différend avec Vienne? Si toutes les nationalités ont le droit de vivre, pourquoi la revue de Bernstein, les Sozialistische Monatshefie, publiait-elle, le i6 juillet 1914, un article féroce du député socialdémocrate Quessel contre l'irrédentisme serbe, article dont les termes se retrouvent textuellement dans l'ultimatum autrichien à la Serbie? Et, plus récemment, que faisait Bernstein du droit des nationalités, lorsque, le 26 octobre, il proclamait, dans un. grand meeting à Berlin, que si les armées du kaisern'étaient point victorieuses, ce serait « unmalheur pour toute la civilisation » {ein Ungliick fur die ganze Kuliur) ?
Il traçait alors en ces termes le programme de l'impérialisme économique : « Les ouvriers allemands veulent que le commerce et l'industrie de l'Allemagne, et, par conséquent, la prospérité allemande, ne se bornent pas à revenir à l'état antérieur à la guerre, mais reçoivent encore de nombreiix et notables encouragements. Y espère que le gouvernement allemand agira en conséquence lors de la conclusion de la paix. »
Oh ! ces principes à éclipse que l'on relève soudain, après les avoir foulés aux pieds, pour s'en faire à V heure du péril un bouclier et une sauvegarde !
Mais la Sozialdemokratie, qui de son vote unanime approuva les plus grandes infamies qu'aucune nation ait jamais commises ou puisse commettre aux siècles des siècles, ne trouvera plus,commepar le passé, les peuples attentifs au vain bruit qui sort de sa bouche menteuse. Bernstein peut avoir l'impudence d'invoquer « les libres traités des nations civilisées» après qu'il en a applaudi et subventionné la violation : son article n'aura point d'autre effet que de révéler dans le cynisme germanique des profondeurs insoupçonnées.
Le droit des nationalités, qui n'a pas mis la Serbie, la Belgique et la France à l'abri des attentats allemands, ne mettra pas le peuple allemand à l'abri de sanction nécessaire de ses crimes.
L'Allemagne pensait que la force prime le droit : elle est mal venue à demander que la force abdique au moment précis où elle va se trouver au service du droit. L'assassin, lorsqu'il monte sur l'échafaud, se souvient un peu tard que la vie humaine est sacrée. A l'heure de la victoire décisive, ce n'est pas à la Sozialdemokratie pangermaniste et à ses complices de l'Internationale que les Alliés iront demander la règle et la mesure de leurs actions.
Leur morale
Un fait capital vient confirmer d'une manière éclatante tout ce qui a été dit ici sur la Sozialemokratie. Le docteur Quarck, député socialdémocrate, avoue dans la Yolksstimme de Francfort que, lorsque la Sozialdemokratie réclamait ou faisait demandeT par ses compères italiens la réunion du Bureau socialiste ou d'un Congrès socialiste international, ç!k\.-â.\X. d'accord avec le gouvernement du Kaiser : « Nous, Allemands, écrit-il, nous déclarons sans cesse que nous sommes prêts à venir en Hollande faire un premier essai pour amener des pourparlers de paix. Le gouvernement impérial a eu connaissance des efforts faits -pour se rencontrer en Hollande et il ne nous a jamais fait les moindres difficultés. Cela est d'un bien autre poids que tous les cris de conquête de personnes irresponsables. » De l'article de Quarck' il résulte que, si des ((personnes irresponsables » parlent encore de conquêtes en Allemagne, le gouvernement impérial qui, lui, connaît la situation réelle de l'empire, ne désire plus qu'une chose : une paix « honorable » qui lui permette de sauver la mise pour recommencer bientôt la guerre sur de nouveaux frais et dans des conditions plus propices. La Sozialdemokratie a reçu mandat de formuler certaines propositions de paix et de déterminer dans les pays alliés une agitation en faveur de la paix allemande. Que le docteur Quarck soit béni pour son tranquille cynisme! D'un seul coup il dévoile le bluff germanique et montre les socialistes du Kaiser dans leur vrai rôle de courtiers impériaux, d'entremetteurs... et de terre-neuve.
Dans le même sens, le journal socialdémocrate Echo du Neckar écrit cyniquement à propos du fameux Mani-