Ibii., 7 septembre içiS
que d'un socialiste allemand. » (( Notre Internationale est morte, dit-il encore. Elle s'est brisée la tête contre la dure réalité. La lutte de classe était le principe fondamental sur lequel nous avons voulu bâtir dans tous les pays notre grand Parti ouvrier. Le grand cataclysme auquel nous assistons vient de révéler que dans chaque pays y il y a quelque chose de plus fort que la lutte de classe, c est la solidarité des classes. »
Sous une autre forme, un des chefs du Labour Pariy anglais, G. S. Barnes, exprime la même idée : « Nous autres Anglais, nous n'avons jamais mis une confiance illimitée dans la fraternité universelle des peuples. Mais il est un beau progrès que nous espérons voir surgir de cette guerre... On ne pensera plus autant à la fraternité universelle, mais on vivra plus fraternellement entre homme du même pays. » Par là s'écroule, en même temps que le dogme marxiste du Klassenkampj , un certain internationalisme.
« L'Internationale des travailleurs est morte, dit le Parti socialiste réformiste d'Italie dans son manifeste du I*' mai 191 5. » <( L'Internationale est morte, reprend le socialiste révolutionnaire Benito Mussolini, car il y a aujourd'hui au moins deux Internationales : celle des peuples qui ont attaqué et celle des peuples qui se défendent. »
Qui a tué l'Internationale? Le même peuple criminel qui, en violant la foi des traités, a tué le droit des gens. La foi en la (( société des nations » comme la foi en l'Internationale reposait sur une sorte de postulat : le respect des engagements et des promesses solennellement faites. On a souvent dit avec raison que c'est en définitive sur le serment que repose la vie des sociétés humaines : la confiance morte, il n'y a plus rien. Le jour oii il a cru pouvoir le faire impunément et avec profit, le peuple allemand a répudié l'autorité de
toutes les lois de droit naturel comme de tous les engagements de droit écrit. Par là l'Internationale est morte, comme beaucoup d'autres beaux rêves.
La Sozialdemokratie allemande avait pris la tête de l'Internationale, elle avait réussi à imposer aux socialistes de tous les pays ses théories, sa tactique, ses chefs : et la guerre a montré comment cette hégémonie germanique devait servir les plans de conquête de l'Allemagne. Maîtres du mouvement politique international, maîtres du gouvernement syndicaliste international, les Allemands s'apprêtaient, au moment où la guerre éclata, à s'emparer également de l'alliance coopérative internationale et à en transférer le siège à Hambourg ^
Ainsi les maîtres du mouvement socialiste se trouvaient être, par un tragique paradoxe, les pangermanistes. La direction suprême d'un mouvement destiné à l'émancipation du monde appartenait à des hommes qui ne poursuivaient que l'asservissement du monde. L'entreprise pangermaniste pouvait réussir; elle a échoué : mais il n'a pas tenu à la Sozialdemokratie allemande qu'elle ne réussît.
C'est de ce fait qu'il convient de tirer les conséquences. Est-il possible, est-il admissible que les pangermanistes continuent à participer au mouvement socialisée? Y at-il jamais eu des socialistes en Allemagne ? On en peut douter. Ce qui est sûr, c'est que depuis le 4 août 1914 il n'y en a plus.
(( Tous les Allemands sont solidaires, disait loyalement la Bataille syndicaliste'*-, et tous portent la responsabilité des actes de leur gouvernement. » « Au début de la guerre, ils ont marché coimne un seul homme », constate à son tour Gustave Hervé 3. A la Conférence des