La Guerre sociale, 28 juin
syndicats anglais de Bristol, le délégué du syndicat des fondeurs décrit les sentiments des travailleurs qui ont leurs enfants sur le front et <( sont bien placés pour savoir ce dont les Allemands sont capables en fait d'atrocités ». Et tous les orateurs insistent sur la responsabilité écrasante qui incombe à la classe ouvrière allemande dans cette guerre. « Je me trouvais, dit un syndiqué, en Allemagne en mai 1914; ce que j'ai vu et entendu a emporté ma conviction que les ouvriers allemands étaient en parfaite sympathie avec leur gouvernement pour la guerre d'agression. » v< J'ai visité l'Allemagne en juin 1914, dit le secrétaire de la fédération des syndicats, Appleton; j'ai vu de mes propres yeux les préparatifs faits en vue d'une grande campagne, avec le concours de la classe ouvrière. » (( Les syndiqués allemands, à.\\. le leader ouvrier Ben Ti\lett,se sont vantés ouvertement dans leurs cafés de ce qu'ils feraient une fois la grande guerre venue. L'Allemagne entendait écraser la France, puis l'Angleterre, et c'est en connaissant cet état d'esprit que nous devons poursuivre la lutte aujourd'hui. »
Les socialistes italiens qui rédigent le Popolo d'Italia proclament la même vérité que les congressistes de Bristol : « Tout était prémédité. Les socialdémocrates ne peuvent être considérés que comme les alliés du kaiser et du militarisme prussien. Nous avons affaire à tout un peuple qui tend, sans distinction de partis, à asservir la moitié du monde. Nous ne sommes pas en face d'un phénomène de classe : nous nous trouvons devant le bloc d'un peuple, dont les bourgeois aspirent à conquérir l'hégémonie indiscutée sur toute l'Europe, et les prolétaires à établir une Internationale qui signifierait la germajîisation du monde. »
Au mois d'avril 191 5, à l'assemblée de la Confédération du travail italienne, Lodovico Calda, secrétaire de la Bourse du travail de Gênes, qualifie de trahison
la conduite des socialistes allemands qui ont ruiné la solidarité internationale ouvrière, et affirme que le devoir du prolétariat italien est d'intervenir pour écraser le peuple qui a déchaîné le fléau de la guerre. Le président de la Fédération italienne des travailleurs du bâtiment, F. Quaglino, déclare ' que pas un démocrate sincère en Italie n'approuve l'attitude du peuple et des socialistes allemands, et il se demanda s'il sera possible, après la guerre, de reprendre avec eux des relations amicales.
Et de même tous ceux des socialistes français que n'égare point on ne sait quel obscur intérêt de parti, n'hésitent pas à déclarer, avec Paul Louis 2, que <( la responsabilité de la Sozialdemokratie allemande apparaît écrasante dans la grande guerre... La Sozialdemokratie a violé ses engagements vis-à-vis du socialisme international. Son geste correspond à la parole désormais fameuse du chancelier : Les contrats sont des chiffons de papier. »
Il faudrait, au surplus, une germanophilie bien intempérante pour contester ce dont conviennent les socialdémocrates allemands eux-mêmes. Tardivement, quand la vaste opération pangermaniste eut échoué, et (( dans V intérêt allemand », comme l'expliquait Bernsteindans le F^j^-z^ar/j-, certains s'avisèrent, pour rentrer en grâce auprès des socialistes des autres pays et regagner leur confiance, de pleurer sur l'Internationale qu'ils avaient tuée de leurs propres mains. Ainsi Liebknecht déclarant que la Sozialdemokratie devait « faire (( quelque chose » pour pouvoir décemment reparaître devant l'Internationale; ainsi Franz Mehring écrivant à un journal socialiste anglais : « Il serait puéril de nier que la majorité de notre groupe parlementaire a
1. Lettre à Auguste Winnig citée par Bernstein, Die Internationale der Arbeiterklasse, p. 47.