‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 4 sur 208 · P. II · texte numérisé non relu

P. II

travaux préparatoires... Il s'est joint à l'Internationale au moment où V initiative des ouvriers anglais et français venait de la créer. Comme le coucou^ il est venu pondre son œuf dans un nid qui n^ était pas le sien ».

La résolution proposée par Wheeler fut adoptée à l'unanimité par le meeting, et un Comité fut nommé immédiatement. Ce fut le premier Conseil général de l'Internationale, qui devait avoir son siège à Londres. Les Anglais y étaient en majorité : c'étaient des tradeunionistes : Odger, président; Cremer, secrétaire général; Wheeler, trésorier; Lucraft et le socialiste Weston, disciple d'Owen. La France y était représentée par Le Lubez; la Pologne par Holtorg; la Suisse par Jung; l'Italie par deux disciples de Mazzini, Fontana et le major Wolff ; l'Allemagne par <( le docteur Marx » et le tailleur Eccarius, qui était à ce moment son âme damnée.

Ce comité, chargé d'élaborer un projet de statuts et de convoquer un Congrès ouvrier en i865, nomma, lors de sa première séance, une sous-commission qui reçut mandat de rédiger une déclaration de principes et des statuts provisoires; cette commission comprenait, d'après une lettre de Marx à Engels datée du 4 novembre 1864, Cremer, Weston, Le Lubez, Wolff et Marx lui-même : ce dernier allait^ des ce moment^ commencer ses efforts pour faire de l'Internationale, à la fondation duquel il n'avait point eu de part, son instrument et sa chose.

A la première séance, à laquelle Marx n'assistait point, la Commission se trouva en présence d'un projet de Weston et des statuts des sociétés ouvrières mazziniennes d'Italie, dont Wolff proposait de faire la base des statuts de l'Internationale. Le Comité chargea la Commission de remanier et de fondre en un texte unique ces deux projets. A la nouvelle réunion de la Commission, Le Lubez présenta une version nouvelle

des statuts soumis par Wolff et une déclaration de principes qui furent toutes les deux adoptées par la Commission, en l'absence de Marx, pour être soumises au Comité dont une séance plénière devait avoir lieu le i8 octobre. Marx a lui-même raconté comment il parvint à escamoter ces deux textes pour y substituer une déclaration et des statuts élaborés à sa fantaisie, bien que la Commission et le Comité n eussent jamais eu V intention de lui en confier à lui seul la rédaction ^ On saisira déjà là sur le vif ce génie pour l'intrigue et ce goût des manœuvres tortueuses qui caractérisent Marx en particulier et les socialistes allemands en général.

Voici le récit de Marx : « Eccarius m'ayant écrit qu'il y avait péril en la demeure, je vins [le 1 8 octobre] et je fus vraiment effrayé en entendant le brave Le Lubez lire un préambule d'une phraséologie à faire peur, mal écrit et tout à fait enfantin ; en outre les statuts italiens avaient été conservés dans leurs traits essentiels, et ces statuts, indépendamment de leurs autres défauts, instituaient quelque chose de tout à fait inadmissible, une sorte de gouvernement central (avec Mazzini dans la coulisse, naturellement) des classes ouvrières d'Europe. Je ûs quelques observations sans rien brusquer; et, après qu'on eut longuement discuté, Eccarius- ût décider que la Commission aurait à examiner à nouveau la chose pour rédaction ; toutefois les sentiments contenus dans la déclaration de Le Lubez furent votés )>,

Marx était pourtant, en dépit de ce vote, et selon ses propres paroles, « fermement décidé à ne pas laisser subsister une seule ligne, si possible, de tout le fatras » de ses collègues. Pour cela, il réunit chez lui, le

1. Cf. Marx à Kugelmann, 29 novembre 1864, Mouvement socialiste, \" octobre 1902; Puech, of. cit., p. 71; Guillaume, o^. cit., p. 6-8.

Page 1