Ibid,.,\. IV, p. i53-i
€t développés par l'histoire pour qu'ils émancipent le monde. Je déplore le silence qui pourrait être imposé à cette grande voix de la France, qui annonçait, à tous ceux qui souffraient et étaient opprimés, la liberté, l'égalité, la fraternité, la justice. Il me semble que si ce grand soleil de la France s'éteignait, il y aurait éclipse partout, et que toutes les lanternes plus ou moins bigarrées qu'allumeront les savants raisonneurs de l'Allemagne ne sauraient compenser cette grande et simple clarté que versait sur le monde l'esprit de la France. Enân, je suis convaincu que la défaite et l'asservissement de la France et le triomphe de l'Allemagne assujettie aux Prussiens, feraient retomber toute l'Europe dansles ténèbres, dans lamisèreet dans l'esclarage des siècles passés. J'en suis tellement convaincu que je pense que c'est aujourd'hui un devoir sacré pour tout homme qui aime la liberté, et qui veut le triomphe de l'humanité sur la brutalité, de venir, quel que soit son pays, qu'il soit anglais, espagnol, italien, polonais, russe, — même allemand — , prendre part à cette lutte démocratique du peuple français contre l'invasion du despotisme germanique. »
« Ce que je déplorerais, dit-il encore, comme ua malheur immense pour l'humanité tout entière, ce serait la déchéance et la mort de la France comme grande nature nationale, la mort de ce grand caractère national, de cet esprit français, de ces instincts généreux, héroïques... Si cette grande nature historique qui s'appelle la France venait à nous manquer à cette heure, si elle disparaissait de la scène du monde; ou, ce qui serait pis encore, si cette généreuse et intelligente nation, de la hauteur sublime où l'avaient placée le travail et le génie héroïque des générations passées, tombait tout d'un coup dans la boue, continuant de vivre comme esclave de Bismarck, un vide immense se ferait dans le monde, ce serait plus qu'une catastrophe
nationale, ce serait un malheur, une déchéance universelle*. »
A mesure que la guerre de 1870 se prolongeait et que la victoire allemande s'annonçait plus certaine, le désespoir s'emparait de Bakounine. Il ne pouvait envisager de sang-froid le triomphe de cette odieuse « KultuD) qu'il a si puissamment caractérisée dans son petit livre sur V Empire Knoutoger^nanique et la Révolution sociale, à& ce gouvernement despotique et militaire que la prétendue Réforme protestante a couronné par une sorte de mysticisme de la servilité. « La patrie des Allemands, disait-il fortement 2, s'étend aussi loin que l'esclavage des peuples et elle cesse là où commence la liberté. » Il prévoyait que le monde allait être exposé pendant de longues années à la brutalité des Allemands et à (( leur fantaisie omnivore ». Il prévoyait le règne de cette religiosité sauvage qui fait d'un Guillaume II une sorte de Dieu; (( l'absolutisme du souverain, sanctionné par le protestantisme et transformé par lui en objet de culte' », c'était à ses yeux clairvoyants tout l'essentiel delà foi germanique : « Depuis l'époque oii elle reçut le baptême de Melanchthon et de Luther, qui l'inféodèrent religieusement au pouvoir absolu de ses princes, l'Allemagne perdit déûnitirement ses derniers instincts de liberté^... Le mouvement de la Réforme devait nécessairement devenir l'ennemi irréconciliable de la liberté de l'esprit et de la liberté des peuples^. »
Il prévoyait enûn les conséquences qu'allait avoir pour le développement du socialisme la victoire de l'esprit germanique. « Je ne veux pas partir de Lyon,